Judi Richards et ses filles, Karine et Sarah-Émilie Deschamps, ont livré une prestation empreinte d’humour et de tendresse, quoique encore verte, samedi soir au Cabaret Eastman. Il s’agissait seulement de la quatrième représentation de ce spectacle de Noël suivant la parution de leur album Héritage en novembre dernier.

Tendresse, humour et quart de tour

CRITIQUE / Plus infusé de Noël que l’album qu’elles ont fait paraître à la fin de novembre, le spectacle de Judi Richard et de ses filles Karine et Sarah-Émilie se révèle meublé d’autant d’histoires que de musique. Un peu comme à l’époque des spectacles solos que donnait Judi dans les années 1990, quand l’humoriste Pierre Légaré l’aidait à écrire des monologues entre les chansons.

La prestation que les trois femmes ont offerte samedi soir au Cabaret Eastman, complet pour l’occasion (la salle compte environ 200 places), s’est ainsi déroulée en majeure partie dans les souvenirs de cette famille tant aimée du public québécois : avec beaucoup de nostalgie et de tendresse, mais aussi d’humour et de folie (pas étonnant avec un mari et papa comme Yvon Deschamps, qui assistait d’ailleurs à la soirée). Même s’il n’est pas totalement encore sur la coche (ce n’était que la quatrième représentation), le spectacle est en bonne voie de devenir un classique du temps des Fêtes.

Mais il faut évidemment ne pas être las du répertoire, composé de pièces maintes fois entendues, de Vive le vent aux Anges dans nos campagnes, en passant par Mon beau sapin. Le trio réussit à en renouveler quelques-unes. Dont Au royaume du bonhomme hiver, livrée à la façon des Lennon Sisters du Lawrence Welk Show, dans une hilarante chorégraphie, quasi robotique, les paupières de ces dames battant comme des ailes de papillon.

Le Feliz Navidad sera également interprété avec une Judi qui se démène au milieu, presque comme une chanteuse de flamenco, pour fraterniser, raconte-t-elle, avec la belle-famille de sa fille. Les Deschamps-Richards auraient en effet pu jouer dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, les trois frangines ayant trouvé des conjoints mexicain, cubain et coréen.

Le spectacle est construit comme une enfilade de souvenirs, en ordre chronologique, dans lesquels s’insèrent les chansons, depuis l’enfance de Judi jusqu’à l’arrivée des premiers petits-enfants, en passant par la messe de minuit avec un âne. Plusieurs éléments de décors entrent ainsi en jeu, du sapin de Noël jusqu’aux vieux bricolages d’enfance. Les trois chanteuses ont eu aussi beaucoup de textes à apprendre.

Bref, une mise en scène très élaborée, qui manque encore de peaufinage dans les déplacements et les enchaînements pour éviter une certaine cacophonie. Le trio a été très généreux et s’en est beaucoup demandé, mais il reste un dernier quart de tour à donner pour que l’ensemble soit nickel.

Retour des petites tortues

Mère et filles pourraient se permettre aussi de s’éloigner davantage du répertoire traditionnel et suivre le filon développé sur l’album, soit des chansons moins associées à la fête et plus rattachées aux valeurs de Noël.

Ce sont d’ailleurs ces chansons (River de Joni Mitchell, Up Where We Belong de Jennifer Warnes et Joe Cocker, Aimons-nous d’Yvon Deschamps, cette dernière ingénieusement réarrangée) qui ont suscité les plus fortes réactions de la salle. On aurait d’ailleurs bien aimé réentendre leur Bridge over Troubled Water.

Judi Richards a eu peine à retenir son émotion en dans I Will, chanson originale dans laquelle elle exprime tout son amour envers ses filles. À l’autre bout du spectre, Karine et Sarah-Émilie ont lâché leur fou dans un délirant pot-pourri de Noël de François Pérusse, celui des petites tortues.

Ce Noël chez les Deschamps s’est d’ailleurs amorcé par un court numéro de stand up par Annie Deschamps. L’aînée y explique notamment que les fées qui se sont penchées sur son berceau ne lui ont pas fait le don de chanter en harmonie. Si l’humoriste du clan a certes de la graine d’Yvon, il y a là aussi un resserrage de vis à faire pour que la performance soit au poil.

Accompagnées au piano par l’ancienne musicienne d’Harmonium Monique Fauteux, musicienne hors pair qui s’est aussi permis des contributions à l’accordéon et au chant, Judi, Karine et Sarah-Émilie, outre leurs superbes harmonies vocales, ont aussi gratté de la guitare et du ukulélé pour étoffer l’atmosphère. Elles ont tâté autant de l’anglais que du français, reflet de cette famille biculturelle, et même de la langue des signes, que Judi connaît sur le bout des doigts.

La soirée s’est d’ailleurs terminée par un mélange trilingue de Quand les hommes vivront d’amour et What a Wonderful World, laissant l’assistance sous un édredon ouaté.