Temps fort pour Kevin Parent

Le temps qui passe est bon pour Kevin Parent. Le chanteur gaspésien, qui vient tout juste de célébrer ses 47 ans, le répète une fois. Deux fois. Trois fois, même : vieillir lui est doux.

« Je suis plus calme en dedans. Ça se cultive, le calme. On est dans un monde compétitif, c’est facile de se laisser happer par tout et n’importe quoi. Là où je suis rendu, j’accorde moins d’importance aux choses qui n’en ont pas. »

Là où tu es rendu, quelque chose s’est apaisé?

« Je me suis cherché pendant bien longtemps. J’étais un anglophone qui vivait dans un milieu francophone, j’étais le gars qui n’arrivait pas à rester dans une relation stable, j’étais le père qui était souvent parti et qui se sentait terriblement coupable de ne pas être suffisamment là pour son garçon. Ma vingtaine a été tough, j’étais tiraillé à travers tout ça. Finalement, avec le temps, on réalise qu’on s’en fait souvent pour rien. Et que ce qu’on fuit nous suit. Mais avec de la patience, les choses se règlent souvent d’elles-mêmes. »

Du moment qu’on se donne aussi un petit coup de pouce pour traverser les tempêtes. 

« Ça vient aussi avec une certaine hygiène de vie, c’est vrai. Je ne joue plus au hockey cinq fois par semaine… et je fais un peu plus de yoga et de méditation », dit le chanteur en riant et en précisant qu’avec le temps, les priorités changent. Ce à quoi on accorde de l’importance aussi.

Une chanson à la fois

Lui qui est entré par la grande porte dans le monde de la musique a connu les belles heures de l’industrie. Ses premiers albums, Pigeon d’argile et Grand parleur, petit faiseur, ont cartonné et l’ont vite propulsé à l’avant-scène du monde artistique. C’était à la fin des années 1990. Quand Spotify et les autres plateformes d’écoute en ligne n’avaient pas encore changé la donne. 

« Ça a beaucoup bougé depuis, mais bon, les oiseaux vont continuer à chanter, philosophe-t-il. J’aime faire mon métier en y mettant le plus d’amour possible et pour moi, le succès ne se mesure pas à l’argent. Est-ce que je fais une différence? Est-ce qu’il y a un sens à ce que je fais? C’est ça l’enjeu véritable », dit celui dont le dernier album complet, en anglais,... and her name was... Kanji, est sorti il y a trois ans déjà.

Depuis, l’auteur-compositeur a continué d’écrire et de proposer un extrait par-ci, par-là.

« Avec le réalisateur John Nathaniel, on travaille une chanson à la fois. Il me sort de ma zone de confort tout en gardant l’essence de ce que je suis, de ce que je fais, mais en enrobant un peu tout ça musicalement. » 

Au nom du père

Beau malheur, la plus récente chanson signée Parent, lancée cet automne, est particulièrement significative. 

« Je l’ai composée pour mon père, décédé il y a quatre ans. C’est un hommage, une façon de le garder vivant… Elle a été un peu difficile à écrire parce qu’elle est en français alors que mon père ne me parlait qu’en anglais. C’est une chanson qui parle de résilience, qui dit aussi qu’il faut embrasser et accueillir les phases de la vie », exprime celui qui a vu passer l’ombre de la faucheuse plus souvent qu’à son tour. 

« J’ai perdu plusieurs amis. Des suicides, des accidents, des maladies. Pendant un bout de temps, j’avais un kit juste pour les funérailles. Ce contact-là avec la mort, ça donne envie de profiter de la vie. Maintenant, pas plus tard. Ça te donne du carburant pour ne pas perdre ton temps, ça te donne aussi le goût d’être cool avec les autres, de t’employer à être quelqu’un de gentil. J’aime la paix, et ce sentiment, on le trouve en faisant ce qu’il faut pour être bien, le plus possible. »

Cette sérénité n’est pas neuve. Mais elle n’a pas toujours été là. 

« Dans mes chansons, il y a toujours une quête, un calvaire à traverser. Je pense que mon calvaire, je l’ai vécu quand j’étais plus jeune. Je me sens beaucoup plus libre aujourd’hui. Je suis plus heureux, aussi. » 

Il l’a dit, Kevin : le temps qui passe est bon pour lui.

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Une Saint-Valentin sur scène

Si on monte sur scène un 14 février, il faut oser la carte de la Saint-Valentin. Pas le choix. Et c’est bien ce qu’entend faire Kevin Parent au Théâtre Granada.

« Je vais jouer le jeu et ajouter un petit enrobage chocolaté à mes chansons. Je ne me gênerai pas pour faire une couple de reprises, peut-être du Elvis ou du Cohen. Je veux m’amuser avec le concept et je trouve que le Granada, c’est l’endroit parfait pour le faire parce que cette salle-là est habitée par une certaine sensualité, avec ses grands rideaux de velours, ses courbes, ses rondeurs, son ambiance feutrée », exprime celui qui aura peut-être aussi du nouveau matériel à présenter lors de cette représentation estrienne. 

Quelques nouvelles chansons sont dans le collimateur. 

« Je suis allé en studio, les grandes lignes sont tracées, mais il reste encore beaucoup à faire. Je pourrais imager en disant que la charpente est faite, mais on n’a pas encore choisi les essences du plancher. Depuis deux ans, je suis des cours de musique en ligne. Je fais de la théorie, de la lecture de notes. Je n’avais aucune formation du genre et j’éprouve une certaine fierté à la compléter. Ça me fait beaucoup de bien et ça change ma façon d’écrire, de composer. » 

Avant de revenir à Sherbrooke et avant de retourner en studio, l’interprète filera dans sa Gaspésie natale pour fêter Noël avec sa mère, son frère, son grand-père (qui a 103 ans!) et ses copains qui habitent toujours là-bas. 

« Je suis porte-parole du 150e anniversaire de la ville de Nouvelle. On prépare un spectacle de Noël qu’on présentera à l’église. Ce sera une belle fête rassembleuse, il y aura beaucoup d’ambiance. Et pour moi, Noël, c’est indéniablement associé à la Gaspésie. »


Vous voulez y aller ?
Kevin Parent
Théâtre Granada
14 février 2020, 20 h
Entrée : 40,50 $