Le luthiste et guitariste Sylvain Bergeron

Sylvain Bergeron, champion de luth

C'est une histoire d'amour qui n'a rien en commun avec celles qui se multiplient sur grand écran ou entre les pages de petits et grands romans. Autodidacte de la guitare folk et classique, Sylvain Bergeron s'éprend dans les années 1980 du luth et de la guitare baroque. Trente ans plus tard, l'idylle s'est mutée en une passion qu'il répand auprès d'une relève curieuse et d'un public chaque fois rapidement conquis.
« Nous avons construit le présent concert sur une thématique très large qui permet de jouer sur les contrastes, tout en restant dans l'intime et la finesse. Ça plaît beaucoup au public qui a le sens de la découverte, car c'est accessible, les pièces sont courtes, simples et transmettent ce qu'elles ont à transmettre. Ça parle aussi au public qui n'est pas familiarisé avec le baroque », explique le luthiste au sujet du Concert de l'amour présenté le dimanche 12 février, à l'église Plymouth Trinity, par la Maison d'opéra et de concerts de Sherbrooke.
Formé auprès des plus grands maîtres du luth et de la guitare baroque, collaborateur à de multiples projets au Québec et ailleurs dans le monde, enseignant à McGill et à l'Université de Montréal, Sylvain Bergeron figure parmi les sommités de son art un peu « champ gauche ».
« Ce n'est pas très mainstream, le profil est un peu différent, confie-t-il en riant. Disons qu'il faut des gens un peu particuliers parce qu'il y a une grande part de fouilles, de recherche et de création dans ce domaine. On parle d'un champ musical dont les musiques datent de plusieurs siècles et dont les partitions sont souvent très sommaires. Il faut non seulement les décoder, mais souvent aussi les recréer, les réinventer. Les élèves doivent être intéressés par cet aspect et les professeurs, les encourager dans ce sens. »
Sans bénédiction
Lui-même féru d'histoire autant que de musique, Sylvain Bergeron a remplacé sa guitare folk de jeune musicien par une guitare classique au jeu plus raffiné, qui lui a ouvert les portes à peine entrouvertes du baroque.
« C'est parce que je voulais jouer ces musiques qui m'appelaient que j'ai choisi le luth. Je ne l'ai pas fait avec la bénédiction des professeurs de musique plus traditionnels, mais j'ai fait la preuve que j'avais fait le bon choix. »
L'agenda de Sylvain Bergeron est chargé. Cofondateur et codirecteur artistique de La Nef, membre de l'ensemble Anonymus pendant une décennie, il est sollicité aujourd'hui par de nombreux ensembles et orchestres auxquels il prête son talent au gré d'environ 80 concerts par année, que ce soit avec les Violons du Roy, la Compagnie nationale d'opéra du Canada et d'autres encore.
« C'est beaucoup, 80, note Sylvain Bergeron. Disons que j'espère prochainement donner un peu moins de concerts et me consacrer davantage à l'enseignement. Les choses ont beaucoup changé depuis l'époque où j'ai moi-même fait mes apprentissages. L'arrivée de l'internet a permis une plus grande visibilité de la musique baroque et la création de réseaux découlant de ces échanges. Une fraternité s'est installée et je connais désormais des luthistes dans chaque ville où nous donnons des concerts. Nous ne sommes plus aussi isolés. »
Plaque tournante du luth
« Il y a par conséquent un intérêt grandissant et soutenu pour l'instrument, explique encore le luthiste montréalais. Je viens tout juste de faire passer des auditions à de jeunes candidats américains qui viendront étudier à McGill. Les guitaristes d'un peu partout regardent vers Montréal pour parfaire leur apprentissage de luthiste. C'est une plaque tournante et la relève est bien vivante. »
Avant de retrouver l'ensemble des Violons du Roy pour une série de concerts, Sylvain Bergeron passera donc par Sherbrooke demain pour y parler d'amour en compagnie de la soprano Marie Magistry, avec qui il a monté le spectacle en 2011. Lully, Charpentier et De La Barre, entre autres, seront au programme.
« Nous proposons des enchaînements de pièces qui gagnent à être regroupées dans leur façon d'aborder l'amour et la musique. Il y a là un agencement naturel en plus des textes. »
Les auditeurs seront d'abord entraînés dans la Renaissance de la fin du XVIe siècle avant de plonger ensuite « les deux pieds dans le baroque », précise-t-il.
« Nous offrirons deux visions de l'amour de l'époque, soit celle très idéalisée, puis celle plus populaire et grivoise. »
Vous voulez y aller
Concert de l'amour
Avec Marie Magistry et Sylvain Bergeron
Dimanche 12 février, 15 h
Église Plymouth Trinity, Sherbrooke
Entrée : 35 $ (25 ans et moins : 15 $)