Le spectacle Sutra, dans lequel est mis à l’honneur le kung-fu des moines bouddhistes du temple Shaolin en Chine, termine sa tournée canadienne à Sherbrooke.

Sutra : le kung-fu dévoilé par la danse

C’est la rencontre de deux mondes : le premier, celui de deux chorégraphes-interprètes occidentaux, tente toujours de saisir le deuxième, celui de la spiritualité des moines du temple Shaolin, en Chine. Le fruit de cette jonction, c’est le spectacle primé Sutra, de la compagnie de danse Sadler’s Wells, lequel s’arrête à Sherbrooke mardi.

Il y a dix ans que l’aventure a commencé. Sidi Larbi Cherkaoui et son chorégraphe adjoint, Ali Ben Lotfi Thabet, tous deux de la Belgique, se rendaient en Chine avec une curiosité éveillée et l’envie de donner naissance à un nouveau projet.

« Nous n’avions aucune idée de ce que nous allions faire. Tout ce que nous savions, c’est que nous étions très intéressés par le temple Shaolin et par le kung-fu », raconte Ali Thabet, reconnaissant de l’accueil qui leur a été fait dans le célèbre monastère bouddhiste.

Au fil des mois, un spectacle mettant en scène les moines et leur art martial a pris forme. « Nous avons commencé à doucement les inviter. Il y en a qui étaient curieux, d’autres qui tournaient la tête. Nous sommes montés à deux participants, cinq, dix, puis nous sommes arrivés à vingt », ajoute M. Thabet, qui danse également sur scène en alternance avec M. Cherkaoui. Le « rôle de l’Occidental », qu’ils se partagent, tend plutôt vers la danse contemporaine, contrastant par sa théâtralité.

« Le spectacle représente de manière symbolique et artistique l’expérience que nous avons eue là-bas. Nous voulions faire tomber les préjugés, qu’on retrouve par exemple dans les films de kung-fu, et faire comprendre que la culture de Shaolin est beaucoup plus que la démonstration martiale », explique M. Thabet.

Enfants moines

Dans Sutra, comme dans la visite qui lui a fait voir le jour, « il y a une sorte de lien qui se crée entre les deux mondes, par les enfants », rapporte-t-il. C’est pour cette raison que la distribution compte deux jeunes moines se partageant le même rôle, afin d’évoquer le ludisme de ceux qui ont favorisé leur insertion dans le temple.

S’est aussi ajouté au projet le sculpteur Antony Gormley. « Il a eu l’idée aussi simple que géniale de créer des boîtes de bois qui sont un peu à l’image d’un cercueil, mais aussi d’un cercle d’intimité, souvent perdu dans les limbes de la communauté chinoise. Il y a une individualité chez tous les êtres humains, que ce soit chez les Chinois, dans une vie monacale, ou chez les Occidentaux », explique le chorégraphe adjoint.

Ces 21 grandes boîtes permettent aussi d’évoquer des symboles et des décors de la culture chinoise qui ont marqué le chorégraphe et son assistant. Tantôt pont, mur, gratte-ciel ou cimetière, les structures de bois s’animent sur scène et alimentent l’imaginaire du public dans sa rencontre interculturelle. Une trame classique du compositeur polonais Szymon Brzóska, jouée sur scène par cinq musiciens, « ajoute une dimension et une résonance au spectacle ».

Sutra a visité 66 villes de 33 pays différents à ce jour. L’œuvre est extrêmement bien reçue, selon M. Thabet. Les tournées s’effectuent de manière intensive, mais sont de courte durée, une adaptation faite en fonction du mode de vie des moines. « Tout le but du spectacle était de les respecter. Ils ont une vie à côté. Ils font ça parce qu’ils trouvent que le spectacle a un sens, pas parce qu’ils en tirent un salaire, nourrissent un ego ou obtiennent une quelconque reconnaissance », soutient-il.

La représentation à Sherbrooke sera la dernière avant une longue pause. Sidi Larbi Cherkaoui et Ali Ben Lotfi Thabet retourneront sûrement bientôt au temple Shaolin, comme ils le font chaque année, afin de poursuivre leur découverte de la vie monacale et de pratiquer, eux aussi, le kung-fu.