Le réalisateur Michel Poulette a adapté Maïna, le roman à succès de Dominique Demers, pour en créer un long métrage qui prendra l'affiche vendredi prochain.

Sur les traces des Premières Nations

Les échos élogieux qu'il reçoit des cinéphiles et les prix que récolte son tout nouveau film confirment l'intuition qu'avait Michel Poulette : l'histoire de Maïna devait être racontée sur grand écran.
Adapté du roman à succès de Dominique Demers, le long métrage qui prendra l'affiche vendredi prochain dans les salles du Québec nous reporte 600 ans en arrière. Dans les pas de Maïna (Roseanne Supernault), jeune Amérindienne au tempérament de feu faite captive par le peuple des glaces, on découvre comment le territoire était partagé par Innus et Inuits. C'est-à-dire pas toujours dans l'harmonie.
«À cette époque-là, il y avait aussi du racisme, des frictions. La peur de l'autre, de l'étranger et de la différence est au coeur du récit. Ça lui confère un caractère universel et contemporain», explique le cinéaste, qui a porté ce projet longtemps avant de pouvoir le tourner.
Belle histoire d'amour, grand film
«Ce film, c'est une belle histoire d'amour imprévue. Au départ, on m'avait demandé de réaliser une télésérie sur le sujet. J'ai proposé d'en faire un film. Le projet était sur les rails, Pierre Billon travaillait sur le scénario, mais la compagnie qui avait initié le tout a laissé tomber. Moi, je suis devenu obsédé par ce personnage-là, par son histoire. J'étais tombé sous le charme du roman et de l'héroïne de celui-ci.»
Il a donc bataillé fort pour pouvoir porter à l'écran l'histoire ancrée dans le passé de l'Amérique du Nord, avant l'arrivée des Européens.
«Je trouvais le sujet d'autant plus intéressant qu'il n'avait jamais été exploité. Les Amérindiens sont la plupart du temps racontés selon la vision des conquérants. Là, on allait en amont de la conquête pour montrer comment ça se passait entre les différents peuples autochtones. Et au-delà de tout ça, la trame s'arrime autour d'une belle histoire d'amour et d'aventure, vécue par un personnage féminin fort. La quête de Maïna est à la fois personnelle et épique. Ça donne un film grand public au sens noble du terme.»
Expérience immersive
En tournant dans le Nord, à Mingan et Kuujjuaq, avec une narration en français, mais des dialogues en innu et inuit sous-titrés en français, Michel Poulette n'a ménagé aucun effort et n'a emprunté aucun raccourci pour faire le film dont il rêvait.
«Je voulais en faire une expérience immersive, un long-métrage enveloppant, avec des images à couper le souffle et la musicalité des langues autochtones, qu'on a rarement l'occasion d'entendre de nos jours.»
Pour que sa reconstitution historique et culturelle soit le plus possible fidèle à la réalité, le cinéaste a fait énormément de recherches, qu'il a validées auprès de spécialistes, dont des anthropologues, des historiens et des représentants des Premières Nations. Ceux-ci se sont d'ailleurs associés au projet en cours de route.
«Le film met leur culture en lumière, il fait écho à ceux qui les ont précédés. Ce qui m'a frappé, c'est la spiritualité de ces peuples et la relation qu'ils entretenaient avec la nature.»
S'il a respecté l'essence de la fiction imaginée par Dominique Demers, le réalisateur a quand même fait quelques entorses à l'histoire, notamment en la décalant de trois millénaires. Alors que le roman se déroulait il y a 3500 ans, le film fait un bond en arrière de 600 ans seulement. Rien pour agacer l'écrivaine.
«C'est la quatrième fois qu'un de mes romans est porté à l'écran, je savais à quoi m'attendre. Et je suis bien contente du résultat. Je me trouve très chanceuse: cette adaptation, c'est un grand cadeau», exprime la romancière, qui a consacré deux ans de sa vie à l'écriture de Maïna.
«Ce projet m'habitait complètement. Je me sentais dépositaire d'un sujet en or, d'une histoire plus grande que nature.»
Le personnage de Maïna s'est imposé à l'imaginaire de l'auteure au hasard d'un séjour à Lyon, dans un lieu aussi improbable... qu'un musée de textiles!
«Je l'ai visité parce que j'avais quelques heures à tuer avant de prendre mon avion. Et là, sous un bloc de verre, j'ai vu un lambeau de tissu. Il était mentionné qu'il avait appartenu à une jeune fille il y a 7000 ans. À part les Pierrafeu, je ne connaissais rien à la préhistoire, mais ce bout de tissu-là a fait naître en moi l'image très nette d'une jeune fille vêtue de fourrures qui courait au sommet d'une montagne. Cette jeune fille-là m'a hantée jusqu'à ce que j'écrive son histoire.»
Une fois publiée, en 1997, l'histoire a fait boule de neige. Vendu à près de 50 000 exemplaires, le livre vient d'ailleurs d'être réédité. Un bonheur pour l'auteure, qui en a profité pour revisiter ses écrits.
«Je suis retournée jardiner dans mes propres plates-bandes», explique-t-elle, en soulignant qu'il arrive qu'on lui présente de petites Maïna, nommées ainsi par leurs parents qui avaient lu et aimé le roman.
«C'est très touchant. Personnellement, Maïna a changé ma vision de l'existence. Parce que, une fois qu'on a réalisé à quel point ces humains étaient des survivants, ils deviennent une inspiration. J'ai eu un cancer et pendant que je combattais celui-ci, je pensais entre autres à Maïna. Ceux de son peuple étaient à la merci des éléments et de la nature, ils devaient se montrer héroïques chaque jour s'ils voulaient survivre.»