T'es où, Youssef? s'intéresse au sort d'un des trois Sherbrookois qui auraient rejoint les rangs de l'État islamique. Une série en baladodiffusion de 8 épisodes accompagne le documentaire. Les deux premiers épisodes seront offerts sur tesouyoussef.telequebec.tv

Sur les traces de Youssef Sakhir

« Qu'est-ce qu'il y a dans l'eau de Sherbrooke pour que tous ces jeunes se radicalisent? »
C'est l'une des questions que pose Raed Hammoud, un journaliste parti à la recherche de son ami Youssef Sakhir dans le documentaire T'es où, Youssef? Youssef est un des trois jeunes sherbrookois qui auraient fui le Canada pour joindre les rangs de l'État islamique, possiblement aux côtés de Zakria Habibi et de Samir Halilovic.
Raed Hammoud, devenu ami avec Youssef alors qu'il étudiait au Cégep, s'est rendu jusqu'en Turquie pour mieux comprendre pourquoi l'ex-étudiant de l'Université de Sherbrooke se serait enrôlé au sein de Daech.
Dans le documentaire qui sera diffusé à Télé-Québec le 6 février à 21 h, on suit Raed Hammoud jusqu'au Moyen-Orient, où il dit avoir eu accès à des documents secrets.
On peut y voir, dans le cas de Zakria Habibi et de Samir Halilovic, le numéro de téléphone des gens à contacter en cas de décès. L'indicatif régional est le 819; la mention de Sherbrooke est inscrite en arabe, selon lui.
Il n'a cependant pas eu accès à la fiche de Youssef, qui aurait été aperçu à Manjib, en Syrie, il y a plus d'un an. « Après un an de recherches intensives, aucun indice de son implication personnelle dans une activité violente n'a encore émergé », indique-t-on également.
C'est autour de Zakria Habibi que le mystère plane le plus : ses allées et venues sont inconnues.
L'information selon laquelle Samir Halilovic serait décédé n'a jamais été démentie, avance-t-il.
Il n'y a pas de remède miracle pour éviter la radicalisation, note Raed Hammoud, qui s'est aussi intéressé à l'ex-étudiant de l'UdeS Assane Kamara, qui a été arrêté au Sénégal. Il s'est aussi arrêté à La Tribune pour recueillir les propos du journaliste Alain Goupil.
On voit les témoignages, entre autres, de l'ex-copine de Youssef, qui fait part du sentiment d'exclusion qu'il a pu ressentir, et de sa soeur, sur qui l'on peut voir les contrecoups d'une telle désertion. On entend également dire l'ancien président de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE), Mohammed Kounna, qu'on ne peut nier « que Sherbrooke avait sa part dans les événements du radicalisme », mais que des dispositions avaient été prises à la suite de ces départs.
Même si les noms des trois Sherbrookois ont été dévoilés dans les médias, le journaliste a décidé de ne pas les nommer complètement, pour des raisons de sécurité et pour leurs familles.
« On ne blâme personne, on apporte des nuances. On essaie de comprendre », commente Raed Hammoud, qui raconte avoir dû recoller des pots cassés avec la communauté musulmane en raison de la couverture médiatique.
« C'est dans la peur et dans le repli qu'on crée des amalgames. On est dans une société qui n'a plus le temps de poser les bonnes questions... » commente-t-il.
Québec ayant été le théâtre d'un attentat dans une mosquée dimanche, Raed Hammoud estime que son documentaire arrive « à point nommé ».
« J'avais vraiment cette appréhension qu'il y avait une cellule quelconque djihadiste à Sherbrooke. Je suis même allé à pleins endroits sans caméra, pour voir, écouter. Je suis peut-être passé à côté de tout... mais je te jure que je n'ai rien vu de tel. Je n'ai jamais vu quelqu'un qui aurait participé activement à leur recrutement (...) »
« Je pense que ces jeunes-là, comme ça arrive aux quatre coins de la planète, manquent de repères, de but, de finalité (...) Quand ils étaient jeunes, ils n'étaient aucunement religieux », dit-il en énumérant d'autres facteurs.
« Je pense que ces jeunes se sont ''entremontés'' dans la tête. Vraisemblablement, ils ne se sentaient plus chez eux au Québec (...) Je ne dis pas ça en excuse... peu importe ce qui peut être dit sur la place publique, ça ne justifie pas leur geste. Mais je pense que c'est un peu tout ça... »
« Notre conclusion n'était pas d'accuser l'un ou l'autre, mais de dire attention, on est en train de construire des murs entre nous. »