La présentation du documentaire Sur les traces d'Arthur demain au Cégep de Sherbrooke, pour le Festival Cinéma du monde, sera accompagnée d'une exposition d'une partie des oeuvres d'André Montpetit (notre photo).

Sur les traces d'Arthur

La vie nous amène souvent sur des chemins que l'on n'avait pas prévu emprunter. Les films aussi. Même quand vous en êtes le réalisateur.
C'est un peu ce qui est arrivé à Saël Lacroix. Le réalisateur voulait d'abord faire un documentaire sur Fusion des arts, un regroupement d'artistes toutes disciplines confondues que son père, le peintre-graveur Richard Lacroix, avait cofondé à la fin des années 1960 avec son ami Yves Robillard.
Mais, voilà, plus il avançait dans ce projet premier, plus il était intrigué par cet André Montpetit, aussi surnommé Arthur, dont il avait déjà entendu parler à la maison, et dont le nom ne cessait de revenir au gré des aventures narrées par tout un chacun. De toute évidence, l'homme avait une personnalité particulière, un talent hors du commun et un dégoût pour la réussite et la notoriété qui l'a poussé à s'éclipser. Depuis le début des années 1990, plus personne ne l'avait revu, on n'avait plus aucune nouvelle.
Saël Lacroix a changé sa caméra d'épaule et est parti Sur les traces d'Arthur. Personne n'arrivera à expliquer avec précision pourquoi Montpetit portait aussi ce surnom, mais de tous ses amis d'autrefois, du caricaturiste Serge Chapleau aux cinéastes Dorothy Todd-Hénaut et André Gladu, en passant par le producteur Nardo Castillo, l'homme de lettres Claude Haeffely, les artistes Richard Lacroix et Marc-Antoine Nadeau ou l'ancien conservateur de la Cinémathèque Robert Daudelin, aucun n'a oublié Montpetit, « le plus doué d'entre tous », s'entendent-ils.
« Il aurait pu être une figure marquante qui aurait modifié le cours de l'évolution artistique au Québec », laisse entendre le réalisateur, mais aussi les intervenants de son documentaire sorti en 2015 et présenté en première aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal l'automne dernier.
« Il s'élevait au-dessus du cercle, c'était une étoile montante, reprend Saël Lacroix. Durant mes recherches, je suis tombé sur des planches qu'il avait dessinées pour Perspectives, la plus grande chance pour les bédéistes de l'époque au Québec. C'est fou ce qu'il a fait là. Il aurait pu continuer, inspirer des générations de dessinateurs, mais il a préféré partir, se mettre dehors plutôt que de faire face au succès. »
Détruite à 95 pour cent
Idem lorsqu'il sera appelé comme dessinateur pour l'ONF d'où il repartira sans crier gare. Pire, il aurait détruit 95 pour cent de ses dessins, gravures, affiches ou écrits. De son passage à Fusion des arts, à l'Atelier libre, au Printemps de la bande dessinée ou à Chiendent, il ne reste que quelques vestiges et des souvenirs.
Quand Saël part Sur les traces d'Arthur, personne ne sait s'il vit toujours. Ce n'est plus un secret aujourd'hui, le cinéaste a fini par retrouver le mystérieux artiste disparu. Il avait toute sa vie habité à moins d'un kilomètre de chez Saël. Sauf que, quand ce dernier l'a retrouvé, Arthur était alité à l'hôpital Notre-Dame. Cancer incurable.
« C'était un mois avant sa mort, souffle Saël. C'est moi qui l'ai accompagné dans sa fin de vie, alors qu'il était coupé de tous depuis 26 ans. Il a vécu toutes ces années en véritable ermite. »
À la première rencontre, quand Saël lui a confié préparer un documentaire sur lui, Montpetit ne s'est pas opposé et a même laissé entendre qu'il accepterait d'accorder une entrevue.
« Peut-être parce qu'il sortait d'une mauvaise nuit où il avait failli mourir, note Lacroix. Il était d'une humeur positive que je ne lui ai jamais revue. Le lendemain, ça ne l'intéressait plus. Il n'était pas contre le film, mais ne voulait pas témoigner à la caméra. »
Quelque chose à faire
N'empêche, Saël Lacroix s'est présenté à son chevet tous les deux jours pendant un mois. Les deux hommes discutaient, échangeaient. Montpetit ne voulait voir personne d'autre, hormis son propre frère.
« J'ai pris des notes très précises de nos conversations, explique Lacroix, à qui Montpetit avait dit : «Si tu penses qu'il y a quelque chose à faire, fais-le! »
Et Saël Lacroix en a fait quelque chose, épaulé entre autres par le scénariste Frédéric Julien et le dessinateur Rodolphe Saint-Gelais, grâce à qui on entre graduellement en contact avec André Montpetit, dit Arthur.
Et on en savoure les quelques traces.
Vous voulez y aller?
Sur les traces d'Arthur
En présence du réalisateur
Jeudi 6 avril, 19 h
Salle Alfred-Desrochers