« J’aime me dépayser, aller dans des endroits que je ne connais pas, parce que la nouveauté stimule la créativité. Les visages, l’architecture, la lumière, les paysages : tout est différent quand on voyage et ça ravive le regard qu’on porte sur ce qui nous entoure », explique Stéphane Lemire.
« J’aime me dépayser, aller dans des endroits que je ne connais pas, parce que la nouveauté stimule la créativité. Les visages, l’architecture, la lumière, les paysages : tout est différent quand on voyage et ça ravive le regard qu’on porte sur ce qui nous entoure », explique Stéphane Lemire.

Stéphane Lemire : une invitation au voyage

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
 Sur la dizaine de photos qu’expose Stéphane Lemire près du Marché de la gare, c’est le regard des gens qui nous happe en premier. Et puis leur expression. Après, on remarque le décor, qui nous transporte au Sénégal, à Cuba, ou au cœur du blanc Nord, dans le méconnu Nunavik.

« J’ai fait de tout pendant ma carrière, mais ce que j’aime le plus, ce sont les photos qui naissent des rencontres fortuites. Photographier les gens dans leur environnement permet de capter autre chose, de toucher à une vérité à laquelle on n’accède pas autrement. Il y a un naturel qui s’exprime. Quand on fait des portraits dans ces conditions-là, ce sont d’ailleurs souvent les première et deuxième photos qui sont les meilleures », résume le photographe sherbrookois, qui a fait ses premières armes professionnelles à La Tribune, où il a œuvré pendant une douzaine d’années.

« La photographie de presse est un métier où on touche à tout, où on apprend à faire vite et bien parce qu’il faut constamment s’adapter au contexte, aux sujets variés, aux conditions particulières des événements qu’on couvre », souligne celui qui a quitté le rythme effréné du journal quotidien en 1992 pour se lancer dans la photo commerciale.

Il a fait de tout, depuis. Des portraits et des paysages autant que des images en studio. Dans sa mirette, les Cantons-de-l’Est ont été immortalisés sous toutes leurs coutures. Passionné de voyages, Stéphane Lemire a aussi multiplié les séjours à l’étranger, caméra au cou. 

« Avant l’arrivée du numérique, j’ai bien sûr travaillé en argentique. Je prenais l’avion avec 50 rouleaux de film qu’il fallait traîner dans des sacs de plomb pour les protéger de la chaleur et des rayons X aux douanes. Aujourd’hui, c’est autre chose, il n’y a plus cette lourdeur du matériel. »

Les doyens de Kangiqsujuaq, Nunavik, 2004

Sans flash ni trépied

Le croqueur d’images voyage d’ailleurs léger. Pas question de s’embarrasser de tout un attirail de lentilles. Un petit appareil Nikon, c’est tout ce qu’il lui faut pour saisir l’instant. 

« Je pense que le fait d’avoir du matériel moins imposant permet de rentrer plus facilement en contact avec les gens, parce que c’est moins intimidant. En 2019, je suis allé passer quelques jours à La Havane où j’ai fait énormément de portraits. Je ne parle pas espagnol, mais avec des gestes, des regards, j’arrivais à entrer en contact avec les Cubains, qui ont été très chaleureux et ouverts. » 

Deux images de ce récent périple figurent dans le circuit photographique en plein air. Les autres photos signées Lemire sont aussi une invitation au voyage. Même les cinq clichés réalisés au Québec nous dépaysent un brin en nous plongeant dans le versant polaire de la province. 

« J’ai effectué des contrats pour la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik. Je partais plusieurs semaines là-bas, j’ai ramené des tas de photos qui documentent le quotidien des Inuits. C’est un peuple accueillant, qu’on connaît peu, même si on partage le même territoire. J’ai aimé aller à sa rencontre, comme j’ai aimé découvrir ce coin du Québec où l’espace est tellement immense qu’on s’y sent un peu perdu », exprime celui qui a eu la piqûre pour la photographie lorsqu’il était au collège.

 « J’étudiais en graphisme et, pendant le trimestre où on explorait la photo, j’ai vraiment découvert la magie de la chambre noire. Voir apparaître les images dans les bacs me fascinait. J’ai su dès lors que c’était ce que je voulais faire. J’admirais le travail des photographes qui publiaient dans National Geographic, je m’imaginais faire de grands photoreportages à l’étranger. »

L’air du large

Cet appel du large n’a pas faibli avec les années. 

« J’aime me dépayser, aller dans des endroits que je ne connais pas, parce que la nouveauté stimule la créativité. Les visages, l’architecture, la lumière, les paysages : tout est différent quand on voyage et ça ravive le regard qu’on porte sur ce qui nous entoure. Pour un photographe, c’est très nourrissant. Je devais d’ailleurs aller au Mexique en avril, mais avec la pandémie, tout a été mis sur la glace. J’ai hâte de repartir. J’aimerais notamment découvrir l’Asie, mais je vais attendre que la situation revienne à la normale avant de planifier un séjour au loin. »

Dans le carnet de ses projets mijote une idée de rétrospective. 

« J’ai quantité de disques durs remplis d’images. J’aimerais bien monter une exposition qui, découpée en différents thèmes, me permettrait de montrer mon travail des 40 dernières années », dit celui qui a publié quelques ouvrages au fil des ans, dont la trilogie Arborescence, ancrée au thème de l’environnement.