Marie-Ève Riverin dans le rôle de Marie-Jeanne et Emy Fournier (en arrière-plan) dans le rôle de Cristal ont livré un renversant duo lors de la chanson Monopolis.

Starmania: aussi bon… et même un peu mieux

CRITIQUE / Même s’il y a encore place à quelques améliorations, ceux et celles qui verront Québec Issime chante Starmania cette année auront droit à un spectacle aussi bon, voire quelque coches au-dessus de la version 2018. On sent assez rapidement la maturité et l’aisance acquises au fil des représentations de l’été dernier et de la tournée qui a suivi, malgré les plafonds de verre qui n’ont pas été défoncés.

Le spectacle qui reprend l’affiche de la place Nikitotek jusqu’au 17 août comporte en somme les mêmes forces et faiblesses : des voix magnifiques, superbes et admirablement maîtrisées, des interprétations musicales très réussies et vraiment efficaces, un jeu d’acteur qui aurait encore pu être poussé davantage et une mise en scène correcte, qui fait de son mieux avec les limites spatiales et budgétaires données.

Que la production se rassure : les améliorations apportées paraissent. Marie-Jeanne (Marie-Ève Riverin) ne chante plus sa douleur avec le sourire, la mort de Cristal a été mieux symbolisée, les projections dans le fond et sur les côtés de la scène, plus variées et mieux définies, se font davantage remarquer, la production entière dégage davantage d’assurance.

Mais tout le monde à l’exception de Michaël (Ziggy Starduts), qui excelle toujours autant dans le chant comme dans le jeu, pourrait augmenter la dose dans la livraison des personnages. Les Zonards Johnny Rockfort et Sadia (Redgee et Rosa Laricchiuta) pourraient mordre davantage, Marie-Jeanne pourrait sombrer plus profondément dans son mal-être, Zéro Janvier (Pierre Doré), qui assume en plus le rôle de pianiste et de directeur musical, peut difficilement avoir toutes l’aisance souhaitée avec tous les chapeaux qu’il porte.

Mais il y a une belle découverte, celle d’Emy Fournier, qui enfile le rôle de Cristal cette année et dont la présence se fait instantanément remarquer, aidée par une voix puissante et bien contrôlée. L’artiste se tire aussi très bien d’affaire comme comédienne.

La prestation de Sylvie Tremblay dans la peau de Stella Spotlight apporte aussi une touche colorée, à cause de son attitude maniérée qui fait ressortir davantage la déchéance du personnage. Si les envolées vocales conviennent parfaitement aux Adieux d’une sex-symbol — non, elle ne rate pas la note finale —, elles font perdre un peu de profondeur au Rêve de Stella Spotlight, qui demeure quand même une lettre de suicide.

COINCÉS PAR LA CAISSE

Les belles trouvailles musicales sont encore au rendez-vous, tels de puissants duos et même trios vocaux (Marie-Jeanne et Cristal dans Monopolis, Cristal, Rockfort et Sadia dans Les uns contre les autres), il y a aussi les limites physiques imposées par la scène, qui privent probablement les interprètes de toute leur liberté de mouvement. Les Zonards sont ainsi confinés autour de leur caisse de bois au lieu de pouvoir traduire leur rage dans une chorégraphie plus brusque et plus étendue. En même temps, on comprend les chanteurs de ne pas vouloir s’essouffler et de risquer d’affecter leur performance vocale.

On ne peut aussi que remarquer la puissance des chansons dans l’appréciation du public. Le blues du businessman a ainsi suscité beaucoup plus de ferveur que celle de la Chanson de Ziggy, même si, artistiquement parlant, la prestation de Michaël était plus complète.

Quelques chansons mériteraient aussi d’être élaguées pour mieux ramasser cette soirée somme toute assez longue. Bien que certaines aient probablement été gardées pour soutenir la trame narrative et pour que chacun ait un temps de glace intéressant, plusieurs font entendre assez vite pourquoi elles ne se sont pas retrouvées sur disque.

On pourrait mettre L’air de l’extraterrestre dans le lot. Son absence n’amputerait en rien l’histoire. Mais il faut admettre que l’interprétation de la jeune Lee-Ann Viens (quelle puissance dans ce petit bout de femme, quand même!) vient apporter un petit plaisir supplémentaire juste avant la fin. Attention toutefois à l’orchestre de ne pas jouer trop fort pour ne pas l’enterrer.

C’est bien le seul reproche que l’on pourrait d’ailleurs faire aux neuf musiciens, d’une enviable solidité, enrobant le tout d’une ampleur sonore impressionnante.

TOIT QUI COULE

L’orage qui a éclaté à l’entracte et a retardé de vingt minutes le début de la deuxième partie lors de la représentation d’hier soir a révélé de nombreuses fuites dans la toiture, plusieurs spectateurs se faisant mouiller par l’eau s’infiltrant à plusieurs endroits du plafond. Les « sinistrés » se sont fait prêter des imperméables de fortune par l’organisation, mais certains ont dû opter pour un autre siège plus sec, la place Nikitotek n’étant heureusement pas pleine.