Nouvelle création du Théâtre du Double signe, l’originale pièce Stallone se déploie en deux temps. Pendant la première partie, qui marie vérité et fiction en empruntant les codes de la conférence, le comédien Gabriel Cloutier Tremblay se sert de Stallone pour raconter sa relation complexe avec son père.

Stallone : L’effet Rocky sur nos vies

CRITIQUE / On a tous un Stallone dans le fond de l’imaginaire, du fantasme ou de la source d’inspiration qui nous motive à repousser nos limites, faire des changements dans nos vies, être meilleur que le paresseux, le lâche ou l’égoïste qui sommeille en nous. La pièce Stallone traite de la place de nos idoles dans nos vies et de l’influence de certains personnages de fiction dans nos réalités.

La nouvelle création du Théâtre du Double signe et première réalisée sous la direction artistique d’André Gélineau est présentée en deux temps. La première partie, qui prend la forme d’une conférence théâtrale où se mélangent fiction et faits vécus, sert à présenter l’acteur hollywoodien aux plus jeunes, ceux qui n’ont pas connu la vedette du grand écran des années 1980. On découvre la star à travers des extraits de films et des citations de certains de ses proches. Ceux qui ont vu Rocky en salle replongent dans les souvenirs rattachés à cette époque où le monde entier a applaudi le boxeur parti de rien pour se transformer en champion.

En parallèle, le comédien Gabriel Cloutier Tremblay, qui a participé à l’écriture, se sert de Stallone pour raconter sa relation complexe avec son père. Au fil de ce témoignage, on sent une volonté de connaître ce paternel disparu alors que le comédien avait 16 ans, lui laissant en héritage des cassettes VHS de films dans lesquels Stallone était souvent la tête d’affiche.

Sur un ton touchant, le fils tente de connaître un père absent, d’interpréter ses silences. Le contraste entre ce père calme, exploitant un spa avant que ce soit la mode et prônant le végétarisme et les probiotiques avant que ce soit tendance, et le Rocky ou le Rambo qu’il admire est intéressant. L’acteur fait exploser des visages ou des villages, mais il incarne aussi celui qui repousse les limites pour vaincre l’adversité. Le texte nous ramène à notre Stallone. Ce personnage qu’on admire, en secret ou à voix haute, parce qu’il réussit à faire quelque chose qu’on rêve de faire. Séduire la voisine next door. Chanter devant une foule en délire. Jouer du Tchaïkovski. Monter dans un ring et en redescendre victorieux. Le faire après avoir connu des épreuves, c’est encore mieux.

Séisme Stallone

La seconde partie du spectacle est une adaptation du roman Stallone d’Emmanuèle Bernheim. Sur un ton plus humoristique, on suit l’histoire de Lise, interprétée par Monika Pilon, qui avance dans la vingtaine un peu engourdie par ses habitudes. Son quotidien est bouleversé par le visionnement de Rocky III, son premier Rocky à elle. La secrétaire dans une clinique médicale a une épiphanie. Comme la vedette de Rocky III, elle recommencera tout à zéro. Pour trouver son chemin, elle reprendra ses études en médecine laissant le confort et les compromis de côté. La chanson Eye of the Tiger lui donnera le courage nécessaire. Elle se musclera le rêve. Enverra un coup de poing direct à ses peurs. Elle connaîtra l’euphorie de se savoir sur son X. Elle devra s’éloigner de son passé pour se créer un présent qui lui ressemble. Elle se mettra même à la boxe, comme son acteur préféré qu’elle continuera de suivre au grand écran, en cachette, même quand elle aura rencontré l’amour et se sera construit une famille.

Le comédien Nicolas Drolet joue tous les personnages de l’entourage de Lise. Le parent, chum, collègue. Alors que Gabriel Cloutier Tremblay assure la narration.

Le récit aurait pu se terminer lorsque Lise est si heureuse dans sa vraie vie que la place de son idole est réduite. Ou lorsque Lise tente de partager son admiration pour la star hollywoodienne avec les siens. Mais non, dans les derniers instants du spectacle, une série d’événements se succèdent jusqu’à une fin qui laisse perplexe. Mais l’ensemble du spectacle a sa valeur.

La mise en scène est réussie. La présence du percussionniste Sébastien Hinse enrichit la prestation. Le jeu des comédiens est excellent. Gabriel Cloutier Tremblay est charismatique. Monika Pilon est une naturelle. Nicolas Drolet est très polyvalent et attachant. Le temps passe vite, surtout dans la deuxième partie où les répliques s’enchaînent et provoquent sourires et quelques rires.

Le spectacle est présenté au Centre Jean-Besré devant une salle de 75 spectateurs. Les représentations du 22 et 23 février à 20 h sont complètes, mais il reste encore quelques places pour la supplémentaire du 23 février à 14 h.