Spectacles en Estrie : 2015 en dix temps

Encore une fois, l'année aura été très riche sur scène en Estrie. Pas facile, entre la dernière visite de Juliette Gréco, la flamboyance de Pink Martini et l'excellent premier spectacle humoristique des Morissette, de déterminer ce qui est vraiment sorti du rang. Parfois, c'est l'évidence même. D'autres soirs se pose une magie supplémentaire, reliée davantage à l'instant, et qui tatoue la mémoire. Voici dix de ces moments, du point de vue de notre chef des pages culturelles, qui ont laissé une empreinte un peu plus indélébile au cours des douze derniers mois.
L'importance d'être constant
20 janvier, salle Maurice-O'Bready
Il y avait cette immense tasse de thé, ce biscuit Social Tea géant servant de table, ce sachet d'Earl Grey se transformant en coussin, mais il y avait aussi ce personnage de lady joué par un homme, cette enfilade de vacheries entre deux jeunes filles de bonne famille, cette modernisation d'un texte qui aurait pu être ennuyeux autrement, et surtout la préservation du fin esprit d'Oscar Wilde qui, sur certains aspects, n'avait pas pris une seule ride. Merci au Théâtre du Nouveau Monde et au metteur en scène Yves Desgagnés.
Dumas
14 février, Théâtre Granada
C'est dommage que le dernier album de Dumas n'ait pas connu le succès escompté, parce que l'artiste reste toujours aussi intéressant sur scène. Son énergie constante, sa façon de marier ses différents répertoires et sa folie contagieuse ont fait lever les 250 spectateurs plus vite que prévu, en plus de leur faire passer une excellente soirée de Saint-Valentin.
Patrice Michaud
21 mars, Vieux Clocher de Magog
C'est le Félix du spectacle de l'année et du scripteur de spectacles de l'année. Des honneurs pleinement mérités, constate-t-on à rebours. Patrice Michaud, chanteur en pleine ascension, a convié au Vieux Clocher comme dans son salon, pour une soirée remplie presque autant d'histoires que de musique. On a déjà hâte à la suite.
Les aiguilles et l'opium
22 avril, Salle Maurice-O'Bready
On nous avait promis un rendez-vous exceptionnel... et on ne nous avait pas menti. L'oeuvre de Robert Lepage est une grande réussite scénographique et spectaculaire, mais elle réussit à combiner émotion et humour, grâce notamment à un Marc Labrèche en pleine forme, tant au moment de nous émouvoir que de virevolter dans les airs.
Patrick Watson
11 juillet, Théâtre Granada
Selon moi le meilleur spectacle à Sherbrooke en 2015 (merci au Sherblues!). Patrick Watson est un magicien capable de créer des univers très typés et biscornus, dans lesquels il entraîne ses spectateurs avec grande facilité. On se serait cru à la fois dans un laboratoire de savant fou et au milieu d'une soirée psychédélique, nichée dans un sous-sol des années 1970.
So Blue, de Louise Lecavalier
29 septembre, Théâtre Centennial
En danse, les solos font peur. Même les amateurs craignent de s'ennuyer quand il n'y a qu'un seul interprète sur scène. Avec Louise Lecavalier, le mot « ennui » n'existe même plus. So Blue, spectacle aux deux tiers solo et un tiers duo, tient presque de l'hypnotisme tant la danseuse, appuyée par la magnétique musique de Mercan Dede, étend le spectre des gestes possibles. Une grande dernière québécoise que le Centennial a eu la chance d'avoir.
Louis-Jean Cormier
3 octobre, Théâtre Granada
Maîtrise et maturité. C'est ce qui se dégageait essentiellement du spectacle de sieur Cormier, celui des Grandes artères. Une prestation que l'on sentait calculée au quart de tour, avec projections, réarrangements pertinents, carré d'as de musiciens et un Louis-Jean drôle, gentleman, rock, tendre, confiant, festif, mais surtout en pleine possession de ses moyens.
Paul Piché
14 novembre, Cabaret Eastman
Une agréable surprise avec un de nos grands, une prestation intime en solo, presque incognito, devant 200 personnes dans une petite salle remplie à craquer. Paul Piché est en super forme, il a ses grands succès toujours au bord des lèvres, il est, à 62 ans, totalement à l'aise sur scène avec une seule guitare pour se défendre. Un rendez-vous qui a fait mouche puisqu'il y aura supplémentaire le 20 février.
Daran
27 novembre, pavillon des arts de Coaticook
Gris, gris, gris, l'album Le monde perdu de Daran. Chaude, chaude, chaude, la prestation qui en a résulté. Lauréat du Félix de la mise en scène, le spectacle comporte des projections vidéo sur lesquelles la dessinatrice Geneviève Gendron réalise des oeuvres en direct. Fascinant pour l'oeil, emballant pour l'esprit, le Monde perdu libérait ainsi ses secrets à tous.
Emilie-Claire Barlow et l'Orchestre symphonique de Sherbrooke
6 décembre, salle Maurice-O'Bready
L'Orchestre symphonique de Sherbrooke essaie constamment de renouveler ses concerts de Noël sans trop désarçonner la frange de son public attachée à la tradition. En confiant la première partie au Choeur de l'Université Bishop's sur des chants de Noël de John Rutter, puis la deuxième à la soyeuse chanteuse jazz Emilie-Claire Barlow qui a ressorti des extraits de son Winter Wonderland, on s'est assuré d'enchanter tout le monde. Un bon filon à ne pas lâcher!