Professeur à l'École de musique de l'Université de Sherbrooke, André Cayer a développé une méthode totalement révolutionnaire pour jouer du vibraphone.

Six baguettes pour jouer du vibraphone

Voir des vibraphonistes professionnels à l'oeuvre est déjà assez impressionnant en soi, surtout lorsque ceux-ci ont des passages particulièrement rapides à jouer, avec deux baguettes dans chaque main. Mais pour André Cayer, c'était encore trop limité quant à l'expressivité de l'instrument. Il a donc ajouté une baguette, pour un total de six. Trois dans chaque main.
Il a ensuite fallu quatre ou cinq ans à ce professeur de l'École de musique de l'Université de Sherbrooke pour développer sa nouvelle méthode (le bending tone, ou « son courbé »), la maîtriser, l'expliquer dans un livre, composer de nouvelles pièces musicales qui la mettent en valeur et, depuis peu, l'enseigner à ses propres étudiants.
« J'ai découvert le vibraphone au Cégep de Drummondville. J'ai été séduit par son immense polyvalence. Je me rappelle m'être dit qu'il y avait tellement de choses à faire avec cet instrument! Il faut savoir que le bending tone existait déjà, mais pour y arriver, il fallait changer de baguette en cours d'exécution. Pour moi, c'était trop restrictif. »
Le musicien, qui a étudié à Montréal, à New York et à Newcastle en Angleterre, a donc trouvé une façon de tenir les trois baguettes en même temps dans chaque main. « Il a ensuite fallu développer tout le travail du mouvement, trouver les doigtés, arriver à les réaliser sans bruits indésirables... Mais une fois tout ça réglé, il n'y a plus de limites à la virtuosité ni au son. »
Comme un verre d'eau
Contrairement aux deux baguettes principales, qui pointent vers l'avant, la troisième baguette ajoutée par André Cayer est beaucoup plus courte et se tient à l'envers, c'est-à-dire orientée vers le poignet. Sa tête est faite en plastique mou, contrairement à celle des deux autres baguettes, qui est recouverte de tissu (la plupart du temps de la laine ou du nylon). L'interprète doit d'abord déposer la petite baguette sur la touche. Ensuite, il frappe cette dernière avec la grande baguette, puis fait glisser la petite baguette sur la touche, en appuyant pour moduler le son.
L'effet est similaire à celui d'un guitariste qui fait glisser un doigt sur une corde. Un peu comme si la note était émise dans un verre d'eau que l'on remplit. « Je peux aller chercher jusqu'à demi-ton de différence avec la note de départ. La petite baguette doit absolument être déposée d'abord. Si je frappe la note avant de la déposer, il y aura un bruit de vibration », précise André Cayer.
Pour rendre tout ça concret, André Cayer s'est lancé l'été dernier dans la composition de pièces pour un trio jazz, qu'il a formé avec le contrebassiste Hugues-Olivier Blouin et le percussionniste Ziya Tabassian, bien connu pour son travail au sein de l'ensemble Constantinople. Ils en ont même fait un album, Vibraphone Saut Smooth.
« Jusqu'à maintenant, la réaction est vraiment super. Je reçois des messages d'un peu partout. Certains me demandent comment je fais, d'autres voient tout le potentiel de la méthode. Je crois que la prochaine année sera bien remplie pour moi et que je vais me promener pas mal. »
Détenteur d'un doctorat en composition traitant de la convergence entre le jazz et la musique contemporaine, André Cayer estime que cette nouvelle méthode de jeu pourra s'appliquer à tous les styles, y compris le classique. « Peut-être pas la musique baroque, mais j'espère que les compositeurs se l'approprieront. »