Julien Clerc a été la préférence d'environ 1000 personnes hier soir à la salle Maurice-O'Bready. Le chanteur français a livré ses plus grands succès aux Estriens, de Coeur de rocker à Femmes, je vous aime, qui a clos la soirée.

Simple et proche Julien Clerc

L'histoire d'amour entre Julien Clerc et le Québec n'est pas terminée, loin de là. Le chanteur français a laissé trop d'immortelles pour que ses admirateurs d'ici ratent un seul rendez-vous. Et leur idole a encore assez la pêche, malgré les 70 ans bien sonnés qu'il aura dans cinq jours, pour valoir encore le déplacement, la rencontre et les étoiles.
Pianos, cette tournée au cours de laquelle Julien Clerc livre ses plus grands succès accompagné de son seul cheval noir et d'un autre destrier, en l'occurrence celui du très talentueux et polyvalent Benjamin Constant (« il joue peut-être un peu trop bien... » a commenté la vedette de la soirée), a connu une halte sherbrookoise qui s'est déroulée presque comme une fête entre amis : dans la simplicité et la proximité.
Pas familiarité, s'entend. La réaction empreinte de respect de l'auditoire en faisait foi. Motivation première : réentendre ces chansons qui ont ému, bercé, fait rire, danser. Personne n'était là pour être impressionné : on venait retrouver un vieil ami. Les coquineries qu'ont commises les années sur la voix de l'artiste n'entraient même pas dans l'équation.
Elles se faisaient d'ailleurs très vite oublier, ces coquineries. La puissance est encore là. C'est ce vibrato si unique qui, désormais, joue quelques tours, choisissant parfois le demi-ton adjacent. L'interprète s'en trouvait, d'une certaine façon, encore plus touchant dans cette fragilité nouvelle.
Mais, heureusement, Julien Clerc n'est pas qu'une voix, si unique soit-elle. Ce serait même réducteur de négliger la force de sa musique et les diamants de poésie qui lui ont été offerts par Étienne Roda-Gil, Jean-Loup Dabadie et Luc Plamondon, entre autres, au cours de ses 50 ans de métier. L'artiste au magnifique sourire ne s'est d'ailleurs pas privé pour rappeler à la mémoire l'immense beauté de Ma préférence, Utile et Fais-moi une place, au grand plaisir de la salle.
Métisse d'Ibiza
La foule s'est très vite aperçue qu'elle en aurait bien plus que pour deux pianos : Benjamin Constant est en effet un multi-instrumentiste doué, dont le piano était tout sauf acoustique. Il pouvait le programmer, le transformer en orgue, maintenir des nappes en fond sonore, utiliser des rythmes préprogrammés. Et quand ça ne suffisait pas, il utilisait un deuxième clavier posé à côté, ou alors saisissait son accordéon... ou sa trompette. Julien Clerc quittera plusieurs fois son instrument pour être seulement accompagné, mais le tandem offrira quand même un quatre mains pour la célèbre Mélissa, métisse d'Ibiza.
L'assistance avait aussi le droit de choisir quatre chansons sur une liste de huit qu'elle souhaitait entendre durant le spectacle (le vote se faisait avant d'entrer dans la salle). C'est pour toi que je chante, dédiée à son public, Entre elle et moi et Si j'étais elle ont obtenu le plus de votes, mais le choix qui a le plus touché Julien Clerc, c'est Des mots d'ailleurs.
« Cela fait 40 ans que je ne l'ai pas chantée, et depuis que je suis ici, elle revient tous les soirs », a-t-il souligné, avant de l'interpréter... puis d'avoir un trou de mémoire et de la recommencer. « Quand je vous disais que je ne l'ai pas chantée souvent... »
Des manquantes? Évidemment, avec un répertoire aussi immense, il ne pouvait toutes les faire.
Le coeur volcan figurait sur la liste des chansons à choisir, mais n'a pas survécu au scrutin. Certains auraient sûrement aimé entendre Hélène. Ou alors ces pièces si empreintes des années 1980 que sont La fille aux bas de nylon ou L'enfant au walkman. Pas de trace non plus d'Assez assez, ni des seins de Sophie Marceau.
Par contre, le grand romantique éternellement amoureux a eu ses moments plus rythmés et n'a pas oublié l'incontournable Coeur de rocker, son plus grand succès populaire au Québec. Et les lalala n'ont pas manqué au parterre dans Si on chantait et Ce n'est rien.
Comme cadeaux, Julien Clerc a offert Je t'aime etc., une nouvelle chanson figurant sur l'album à paraître en octobre et coécrite avec son réalisateur Calogero. Il a aussi raconté une anecdote sur son parrain musical, Gilbert Bécaud, avant de livrer C'est en septembre. Et la soirée s'est terminée par une autre chanson volée, Travailler, c'est trop dur de Zachary Richard.