Le chanteuse Zaz a fait craquer le Théâtre Granada hier soir en attirant plus de 1000 personnes à son spectacle hier soir. L'interprète française est débarquée en grande pompe, avec une équipe d'une dizaine de musiciens.

Sherbrooke succombe à la nouvelle môme

CRITIQUE / Elle s'appelle Zaz. Certains la surnomment la nouvelle môme. En 2010, elle avait attiré deux ou trois centaines de spectateurs au défunt Vieux Clocher de Sherbrooke. Cinq ans plus tard, soit hier soir, elle a rempli le Théâtre Granada avec plus de 1000 personnes. Mieux : elle l'a fait fondre, chanter, hurler de plaisir, en lui laissant un goût d'aimer la vie encore une fois.
Ses armes : une énergie dangereusement contagieuse, une proximité quasi instantanée, un plaisir immanent de la musique, un sens de la fête, un talent fou, fou fou! Et une bonne connaissance de la nature humaine aussi, de celle qui permet de dégeler une foule, de vaincre la timidité d'une assistance,
de réussir à la faire chanter de plus en plus fort.
Il faut dire qu'elle avait tout un arsenal, la Zaz! Il y a trois semaines, elle avait parlé d'un band de sept musiciens, elle incluse. Ce qu'elle nous avait caché, la coquine, c'est le quatuor de cuivres qui a surgi sur scène en deuxième partie. Dix musiciens en tout! Pratiquement un demi big band... Essayez donc de résister à une telle orgie sonore! Le public, un peu pantouflard au début, n'a pas pu rester de marbre bien longtemps.
Et elle est généreuse, cette belle Tourangelle! Plus d'une vingtaine de chansons, sans entracte, la seule pause prise étant le temps d'aller changer de robe pendant que ses musiciens livraient un jazz instrumental.
Une raison pour revenir
C'est Paris, l'album qu'elle a consacré à la Ville Lumière en 2014, qui a tenu le haut du pavé du spectacle. Ce qui a d'ailleurs causé un léger clash : le public avait une réaction plus forte dès que Zaz entonnait une chanson de son propre répertoire. Ce qui donne à la chanteuse une raison pour revenir, surtout pour offrir davantage de pièces de son opus 2.
Mais l'artiste en était consciente, puisqu'elle a placé la plupart des chansons « parisiennes » en début du spectacle (avec deux classiques de Piaf glissés dans le programme), ce qui lui a permis un crescendo constant, à mesure qu'elle insérait de plus en plus de ses succès, les points culminants étant On ira et Je veux, juste avant le rappel.
Zaz, c'est manifeste, est une musicienne et une fille de jazz, qui s'est ici offert un gros cadeau. Plusieurs de ses chansons ont d'ailleurs emprunté ces sentiers swing et manouche, avec une émule de Django à la guitare, ce qui fut, la plupart du temps, du meilleur effet, le public sautant à pieds joints dans ces nouvelles moutures. Il faut aussi voir la chanteuse savourer les solos de ses collègues et mordre dans le scat.
Autre fantaisie qu'elle s'est permise : des solos de thérémine dans La complainte de la butte et La fée. L'instrument de musique à ondes électromagnétiques, qui réagit au mouvement, a d'ailleurs donné droit à un incident cocasse lorsque, sans s'en rendre compte, Zaz s'en est retrouvée trop près pendant une autre chanson et l'a accidentellement déclenché.
Seul véritable bémol de la soirée : la sono, qui ne rendait pas parfaitement justice à la voix. Mais ce qui a été perdu en finesse a été regagné en puissance.
Ne pas ajouter à la m...
Zaz prend aussi le temps de parler avec son auditoire, même si on sent ses interventions campées d'avance. S'associant à des organisations locales dans chaque ville qu'elle visite, « parce qu'il vaut mieux poser des gestes pour changer ce qui ne nous plaît pas plutôt que de râler et ainsi ajouter à la merde », Zaz a invité cinq jeunes filles, par l'entremise de l'organisme Jeunes musiciens du monde, à interpréter la dernière chanson avec elle, soit La légende des colibris, extraite d'un livre CD pour enfants auquel elle a collaboré.
Ce qui a donné une finale pleine de tendresse. Émue, la main sur le coeur, la chanteuse est repartie avec un public sherbrookois qui lui a, lui aussi, beaucoup donné.