Pink Martini a bellement clos la 8e édition du Sherblues & folk dimanche soir au Granada, par un spectacle coloré, éclectique et réjouissant, devant environ 800 personnes. La prestation de la chanteuse China Forbes et de tous les musiciens a conquis l'auditoire, de même que leurs efforts pour s'adresser à la salle en français.

Sherblues: une fin magique grâce à Pink Martini

Pink Martini pour clore le 8e Sherblues & folk? Peut-être des puristes s'offusquent-ils... Mais n'oublions pas la présence du mot « folk ». Comment le nier lorsqu'on entend des chansons en espagnol, italien, allemand, japonais, croate, même arménien dans la même soirée?
De toute façon, il ne pouvait y avoir ambiance plus festive que ce concert donné par les treize musiciens et chanteurs, dimanche  soir devant quelque 800 personnes, au Théâtre Granada. Le petit orchestre de Portland, Oregon, a conquis son auditoire du début à la fin, avec des monceaux de talents musicaux, mais surtout une irrésistible proximité, une douce folie, un réjouissant éclectisme et une contagieuse complicité entre tous les musiciens.
Comment Pink Martini réussit-il autant à séduire avec un attirail aussi lourd et aussi peu mobile? En parlant avec son public, pratiquement entre toutes les chansons. Et comme le pianiste Thomas Lauderdale et la chanteuse China Forbes sont des francophiles avoués mais ne maîtrisent la langue qu'aux trois quarts, cela crée une sympathie presque instantanée.
Surtout lorsqu'ils butent sur des mots ou traduisent à l'excès. Lauderdale ira jusqu'à présenter sa collègue comme « La Chine! » et la chanson Ich Dich Liebecomme provenant d'« Allemande » et chantée partiellement en « allemagnish ».
«Je ne veux pas travailler »
La glace sera vite brisée lorsque China voudra « s'excuser pour le disgustingbandage » à son genou, suite d'une chute à Washington alors qu'elle a marché sur sa robe. Elle enchaînera tout de suite avec le grand incontournable du groupe, Sympathique, mettant instantanément les spectateurs dans sa poche, qui se transformèrent aussitôt en chorale.
En fait, une poignée d'admirateurs ont même été invités à jouer aux choristes sur scène pendant l'interprétation de But Now I'm Back. À noter que China Forbes prêtait régulièrement son micro à Timothy Nishimoto, également très solide. Plusieurs autres musiciens ont démontré une emballante polyvalence.
Par exemple, l'interprétation de la chanson croate U plavu zoru, qui passera sûrement à l'histoire du groupe, tout d'abord par le langoureux solo de violoncelle de Pansy Cheng, puis la douceur extrême de la voix de China, remplie d'écho. Non seulement le public a pu voir cinq percussionnistes à l'oeuvre simultanément, mais le moment est devenu épique lorsqu'une corde de violoncelle s'est brisée et que le violoniste Nicolas Crosa a brillamment pris la relève lors du solo final.
En 105 minutes environ, Pink Martini a survolé presque tous ses albums, seul le troisième (Hey Eugene) étant un peu plus négligé. S'il y avait eu une piste de danse, le public aurait pu danser le tango, la salsa, le swing, le cha cha, la bossa-nova, la rumba, alouette!
À défaut du classique Où est ma tête?, l'ensemble a plutôt livré une primeur, Joli garçon, chanson écrite pour un film à venir l'automne prochain, mettant en vedette Isabelle Huppert. Visiblement, la chanson a été ajoutée récemment, China marchant sur des oeufs, mais la conquête de la salle a été totale.
En fait, on aurait aimé deux ou trois chansons de plus, mais il n'y a eu qu'un seul rappel, la délirante Brazil. Fin idéale... mais on n'aura jamais assez de martini rose.