Professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke, Patrick Snyder vient de publier un essai sur l'évolution des divinités féminines dans l'histoire de l'humanité.

Sexe « faible », version divine

Isis, Athéna, Gaïa, Diane, Lakshmi : les déesses ont traversé les âges, de la préhistoire à la Rome antique, en passant par l'Égypte, la Grèce, l'hindouisme et les « esprits féminins » du monde amérindien, jusqu'à l'actuel Mouvement de la déesse.
Dans Une brève histoire des déesses (Fides), un ouvrage très fouillé qui a nécessité sept ans de travail et de recherche, Patrick Snyder, professeur au Département d'histoire de la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke, invite le lecteur à découvrir ces divinités issues des cultures anciennes, mais encore bien présentes dans la société actuelle.
Souvent perçues comme appartenant aux vieilles croyances, procurant un moyen d'expliquer l'inexplicable, voire un monde imaginaire, les divinités féminines sont aujourd'hui étudiées par les archéologues, les théologiens et les historiens.
« Les déesses évoluent dans l'histoire et dans les théologies, mais encore aujourd'hui, les hindous, par exemple, croient aux déesses. C'est la même chose chez les bouddhistes avec la grande divinité Târa », illustre l'historien.
Même le christianisme a eu ses divinités féminines.
« Au début du christianisme, on retrouvait deux cultes : celui d'Isis et de la croyance à la résurrection et celui de Mithra, où on sacrifie le Dieu pour sauver les autres », rappelle l'auteur.
Le retour du divin féminin
Le Mouvement de la déesse, apparu à la fin du XIXe siècle et aujourd'hui associé à la spiritualité et au Nouvel Âge, est caractérisé par le retour du divin féminin. Cette forme de réinterprétation, que l'on retrouve même sur le web et dans les jeux vidéos, est aussi une réaction au monde technologique, matérialiste et patriarcal.
« Ce mouvement prône un retour à l'écologie, à la terre, à l'égalité entre hommes et femmes. Selon lui, les déesses nous invitent à revenir au respect de la terre, à retourner à l'idéal matriarcal », explique Patrick Snyder.
« Ce n'est pas prouvé scientifiquement, mais c'est intéressant. Ce qu'on appelle le Mouvement de la déesse est devenu, en Occident, un vecteur de la critique du Dieu masculin, unique, patriarcal », ajoute-t-il.
L'auteur, qui a aussi écrit Représentations de la femme et chasse aux sorcières XIIIe-XVe siècles et Trois figures du diable à la Renaissance : l'enfant, la femme et le prêtre, s'intéresse à l'apport du féminin sur les plans tant religieux que culturel à travers les siècles.
« C'est la culture populaire qui s'est d'abord intéressée aux divinités et qui a amorcé la démarche pour récupérer cet univers-là. Puis le monde scientifique s'y est intéressé à son tour et a recommencé à faire des recherches. Par exemple, Isis, la plus connue des déesses égyptiennes, se retrouvait sur des pièces de monnaie et sur des artéfacts dans la Grèce antique et dans la Rome antique. On a donc affaire à une récupération par les Grecs et les Romains », dit-il.
Fausses bases
« Autre exemple : les cultures préhistoriques étaient matriarcales, mais on ne peut le prouver », ajoute M. Snyder.
« Le Mouvement de la déesse est aussi un mouvement féministe, mais le courant populaire avance des choses sur de fausses bases. Il y a donc un risque de discréditer la recherche féministe. Il faut faire des nuances. Par exemple, ce n'est pas parce que j'ai une représentation féminine qu'il y a forcément un culte », souligne Patrick Snyder.
« Mais, en même temps, tout cela donne une voix aux femmes et permet de récupérer des cultes qui leur ressemblent. Je pense qu'il faut le reconnaître », souligne-t-il.
« Ce que j'ai essayé avec Une brève histoire des déesses, c'est de permettre aux gens de faire un parcours historique », note-t-il.
Vous voulez lire?
PATRICK SNYDER
Une brève histoire des déesses
ESSAI
Fides
360 pages