Les corps avalés, de Virginie Brunelle (5 novembre).

Série danse 2019-2020 du CCUS : des liens solidifiés

Le temps est bon pour la danse à Sherbrooke depuis trois ans. Même si, en ce qui concerne la quantité de spectacles, l’offre en région n’a pas regagné le terrain perdu depuis la fermeture du Théâtre Centennial comme diffuseur en 2016, la série Danse, rattrapée au vol par le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke (CCUS) connaît une popularité qui ne se dément pas.

« Nous avons triplé le nombre d’abonnés depuis le début et nous n’avons jamais moins de 600, 700 personnes à chaque spectacle », rapporte, emballée, Anne-Sophie Laplante, celle qui a repris le collier du développement de cet art de la scène au CCUS, soulignant toutefois que ce succès a aussi été rendu possible grâce à un important investissement financier et vigoureux du CCUS.

Ce développement, rappelons-le, s’est surtout traduit par des rencontres avec le public, avant et après la prestation, et de médiations culturelles dans les écoles et auprès de certains auditoires précis. L’initiative confiée à Sylvain Dodier, intervenant ayant une expertise notable dans la création de ponts entre artistes et spectateurs de danse, a produit de très heureux résultats.

« Sylvain et moi, nous avons vraiment travaillé à monter des soirées immersives, pour donner des clefs de lecture au public et créer des liens avec les artisans de la danse, qui sont loin d’être tous des vedettes. Pas seulement pour comprendre la démarche du chorégraphe, mais aussi connaître les interprètes et développer un sentiment d’appartenance. »

Ce lien entre scène et salle, Sylvain Dodier le crée de différentes façons, lors de la causerie interactive de 19 h 15, par exemple en faisant expérimenter un mouvement à l’auditoire.

« Il y aura donc une résonance chez le spectateur lorsqu’il verra le mouvement sur scène. D’autres fois, ce lien se fera par la musique ou par d’autres sens », résume Anne-Sophie Laplante.

Quant à la rencontre Après-bulles, qui se tient dans le hall d’entrée après les spectacles en présence des interprètes, elle permet notamment à l’auditoire de s’ouvrir davantage sur son expérience, ce qui veut parfois dire « partager son incompréhension ».

José Navas dans Winterreise (24 mars).

« Plutôt que de repartir à la maison avec le sentiment de ne pas avoir aimé ou saisi, on peut faire retomber cette pression en s’apercevant qu’on n’est pas forcément seul dans cette situation. Sinon, on peut finir par croire que, parce qu’on n’a pas compris, on n’a pas aimé », souligne Anne-Sophie Laplante.

L’hiver de sa vie

Le CCUS a aussi la chance, avec sa grande scène et à son association avec le diffuseur montréalais Danse Danse, de pouvoir accueillir des spectacles d’envergure internationale, comme ce sera le cas, cette année, avec Danza Contemporanea de Cuba (5 mai), qui permettra, avec ses 22 interprètes, de découvrir la danse cubaine sous un autre jour que celui de la salsa et du merengue.

« Mais pour la première fois, nous avons osé programmer un solo », note Anne-Sophie Laplante à propos du passage de José Navas le 24 mars, avec Winterreise. Sur la célèbre musique de Schubert, accompagné d’un pianiste (le Sherbrookois Francis Perron) et d’un chanteur, le chorégraphe d’origine vénézuélienne dansera « l’hiver de sa vie ».

« Il est à l’apogée de sa carrière, mais il parle plutôt de son corps vieillissant. Pour moi, c’est un des plus beaux danseurs. Il a offert un extrait de son spectacle lors du lancement de saison du CCUS et les gens étaient tellement touchés! »

Pleurer aux répétitions

La nouvelle saison (la troisième complète) démarre en trombe dès le mardi 8 octobre avec BJM Danse, compagnie montréalaise qui n’a plus besoin de présentation... et qui n’a aucun problème à attirer des spectateurs. Le programme triple se compose de deux œuvres du chorégraphe israélien Itzik Galili, Casualties of Memory et O Balcão de Amor, séparées par un duo d’Andonis Foniadakis, Soul, sur la chanson Ball and Chain de Janis Joplin, reprise par Angel Forrest.

« Il y en aura pour tous les goûts, avec la première pièce qui est très théâtrale, un duo très sensuel, puis une œuvre où les mouvements sont inspirés par les percussions », résume Anne-Sophie Laplante, qui enchaîne en soulignant la force du spectacle Les corps avalés de Virginie Brunelle (5 novembre).

« C’est une chorégraphe que j’aime beaucoup, une de nos belles étoiles montantes, qui est d’ailleurs en train de percer sur la scène internationale. Ses œuvres sont souvent construites autour des relations au sein du couple ou entre les humains. C’est très cinématographique. Le spectacle vient à Sherbrooke avant même la première montréalaise. Les gens qui ont vu les répétitions m’ont dit qu’ils ont pleuré. Le quatuor à cordes Molinari sera aussi sur scène. »

Pour souligner les dix ans du décès de Lhasa de Sela (1er janvier 2010), Pierre-Paul Savoie ressort son spectacle Danse Lhasa Danse (28 janvier), lequel avait déjà été présenté au Théâtre Granada en novembre 2012. Pour ceux et celles qui avaient vu Corps Amour Anarchie sur les textes de Léo Ferré, en mars 2018, ce sera le même mélange de chanson et de danse. La partie vocale a été confiée à Bïa, Alexandre Desilets et Karen Young.