« Nos petits doigts » est une pièce de théâtre pour adolescents en milieu scolaire, créée par le Petit Théâtre de Sherbrooke et jouée par Kevin Tremblay et Ann-Catherine Choquette.

Scène de classe

CRITIQUE / Mine de rien, c’est un tour de force. Débarquer à deux comédiens dans une salle de classe du secondaire et créer un monde, un univers, là, devant 30 élèves de 14 ans calés sur leur chaise de bois. Il faut le faire.

Ça prend du bagou, une énergie rare, du talent à revendre.

Ann-Catherine Choquette et Kevin Tremblay ont tout ça. Avec, au surplus, un charisme certain.

Ce lundi-là, c’est la dernière période de la journée à l’école Mitchell. Dans la classe de français de Valérie Beaulieu, deux consoles de son, deux micros, deux caisses de lait, une guitare et une patère patientent en avant et composent un décor joliment patenté.

Les élèves s’installent, curieux de voir ce dont il sera question dans la pièce Nos petits doigts, créée par le Petit Théâtre de Sherbrooke et conçue tout spécialement pour être jouée dans un contexte scolaire.

La cloche sonne. Et c’est comme une levée de rideau.

Les deux comédiens franchissent la porte, espadrilles Converse aux pieds, écouteurs sur le coco. Ils pourraient se fondre dans la masse étudiante de n’importe quelle polyvalente. En quelques minutes, la table est joliment mise, les personnages sont bien campés. Elle aime le soccer, il joue de la guitare. Elle est enracinée dans son milieu, il est le petit nouveau qui marche vers sa nouvelle école secondaire. À quelques détails près, le quotidien d’Isabelle et de Jonathan est semblable à celui de plusieurs autres adolescents de 15 ans. Ce quotidien va son cours, les beaux jours se suivent, les heures se ressemblent.

IsaJo

Jusqu’à ce jour où leurs regards se croisent. Séisme intérieur et tremblement de cœur. La décharge est franche comme un coup de foudre, fraîche comme le premier amour.

Isabelle et Jonathan sont renversés, subjugués, aimantés. Bientôt, chacun est avalé par l’univers de l’autre. Ils deviennent « IsaJo ». Fondus ensemble. Comme une seule et même entité. Leurs mains se soudent. Et chacun se perd un peu en chemin.

Écrit par Rébecca Déraspe, le texte tout en finesse est serti de pointes d’humour et fort bien incarné par le duo de comédiens. Tout au long de la prestation, on reconnaît les couleurs de l’adolescence, les sentiments exacerbés, les montagnes russes émotives des premières histoires amoureuses. La justesse des répliques fait mouche. Souvent. Et l’effet miroir porte. Dans la salle de classe, des rires gênés, des sourires échangés, des coups de coude au voisin accueillent les passages dans lesquels certains se reconnaissent ou voient les travers de leurs camarades en couple. C’est l’une des grandes forces de ce type de pièce de proximité : frapper en plein dans le mille, sans détour, sans maquillage. L’habile mise en scène, signée André Gélineau, permet de promener le public dans les différentes strates de l’histoire, sans jamais l’ennuyer.

Petites formes voyageuses

En évitant de trop appuyer, la pièce effleure aussi par petites touches successives l’empreinte que laisse le climat qui règne à la maison. Un climat qui change d’une adresse à une autre et qui teinte le quotidien des ados, peu importe les distances que ceux-ci veulent parfois prendre avec leur noyau familial.

Ce théâtre fait sur mesure et pensé autrement a été lancé par le Petit Théâtre il y a trois ans avec une première création (Manuel d’instruction pour cesser de grandir) qui se déployait en classe. On l’avait vu alors, on le constate à nouveau aujourd’hui : la formule des petites formes voyageuses est une originale façon de mettre les jeunes en contact avec le théâtre et de porter ensuite le thème plus loin, puisque la présentation en classe est suivie, dans un deuxième temps, d’ateliers où le sujet est creusé et où la créativité de tout un chacun est mise à profit.

Vous voulez y aller?

Nos petits doigts
Mercredi 9 mai, 17 h
Au Boquébière (accès autorisé aux moins de 18 ans)
petittheatre.qc.ca

Vous voulez contribuer?

Envie de voir la pièce ou de mettre l’épaule à la roue pour que le plus d’élèves possible voient l’originale création? Le Petit Théâtre a choisi d’ancrer sa campagne de financement 2017-2018 à la diffusion de Nos petits doigts. « Entre autres parce que les sorties culturelles diminuent en cours de parcours secondaire. Amener du théâtre à l’école, c’est une façon de contourner cette chute libre », exprime la responsable des communications et de la mise en marché du Petit Théâtre, Élyse Bruneau.

On peut contribuer en ligne via le site petittheatre.qc.ca, sous l’onglet Nous soutenir. Les donateurs auront droit à une représentation exceptionnelle de la pièce hors des murs scolaires le 9 mai prochain, lors d’un 5 à 7 au Boquébière de Sherbrooke auquel les moins de 18 ans auront accès.