Amélie Dubois

Sauter la clôture le temps d'une lecture

« Le gazon… plus vert de l’autre côté de la clôture? » est le titre du 13e et plus récent roman d’Amélie Dubois et c’est aussi le roman miroir du livre « Le Gazon… toujours plus vert chez le voisin? » publié en 2014 par la prolifique auteure originaire de Danville.

« Dans le premier livre, le personnage principal était Claire et on découvrait à travers six expériences ce qu’aurait été sa vie si elle était restée avec ses anciens conjoints. Dans le dernier livre, son mari Alexandre devient le personnage principal et cette fois, on explore les six vies qu’il aurait pu avoir s’il avait été en couple avec les différents fantasmes féminins de son existence », explique la psychocriminologue de formation qui vit de sa plume depuis six ans.

Alexandre, donc, est un journaliste à La Tribune (!) un peu blasé. Marié, 44 ans, père de deux enfants, il n’a pas atteint toutes ses ambitions de jeunesse. Il revivra à six reprises la journée du 10 juin (comme l’avait fait son épouse dans le livre miroir) grâce au pouvoir d’un étrange jardinier indien. Celui-ci le propulsera dans des réalités alternatives qui auraient pu être la sienne s’il avait fait des choix différents. Dans ces réalités hypothétiques, il fera face à des situations complètement farfelues.

Une expérience sexuelle avec un travesti juste avant son arrestation. Des enveloppes brunes cachées dans des couches de bambins pour financer des magouilles politiques. L’explosion de la voiture dans laquelle il est sur le point de se faire faire une fellation. À travers toutes ces expériences et quelques réflexions proposées par le jardinier indien, qui joue un peu au psy, Alexandre comprendra que sa vie réelle a une valeur qu’il ne savait pas, auparavant, apprécier.

L’impact d’un choix

« J’amène mes lectrices à réfléchir un peu plus avec ce livre, un peu comme dans le livre sur mon pèlerinage à Compostelle (La fois où j’ai suivi les flèches jaunes) alors qu’avec mes livres Ce qui se passe au Mexique, à Cuba ou au congrès, je faisais une promesse à mes lectrices qu’elles ne réfléchiraient à rien du tout! » déclare-t-elle en riant, précisant que cette série était un pur divertissement mettant l’accent sur les dérapages loufoques des sujets.

Avec ce dernier livre, l’auteure jongle avec le concept du film Le jour de la marmotte, dans lequel l’acteur se réveille toujours la même journée, et les concepts du film Les portes du destin ou le livre La part de l’autre dans lesquels on explore l’impact d’une seule décision ou action sur l’ensemble d’une existence.

« L’idée est venue dans un souper de filles. On se disait : imagine si tu étais avec lui aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on voit évoluer les gens même si on n’a plus de contact avec eux dans la vraie vie. On peut voir ce que sont devenus nos chums du secondaire et des fois, ils ont l’air d’avoir une belle vie, d’autres fois non. On trouvait ça drôle d’imaginer nos vies avec eux. »

Se glisser dans la peau d'un homme

Alors qu’Amélie Dubois s’était toujours glissée dans la peau de femmes aux mille et une aventures rocambolesques, l’auteure donne, pour la première fois, le rôle principal à un homme.

« Le danger, c’est de réfléchir comme une femme et de mettre les propos dans la bouche d’un homme. Pour éviter ce piège, j’ai fait lire mon manuscrit par un conseiller en contenu masculin qui m’a suggéré, effectivement, quelques changements. »

Détentrice d’un baccalauréat en psychologie et d’une maîtrise en criminologie, Amélie Dubois a travaillé dans des domaines plutôt sombres et durs — des centres de détention fédérale et de prévention du suicide — avant de se tourner vers une écriture légère au ton humoristique.

« J’ai commencé à écrire alors que j’enseignais aux futurs agents correctionnels au cégep à Carleton-sur-Mer. Je m’étais exilée pour l’emploi et je ne connaissais personne en Gaspésie alors c’était une année un peu difficile. J’étais seule, je m’ennuyais donc je crois que j’avais besoin d’alléger ma vie et l’humour est ressorti naturellement dans mon écriture », explique celle qui a vendu plus de 375 000 copies de ses bouquins.

Son premier livre avait été dédicacé à sa mère, sa complice et première lectrice. Le dernier commence par une dédicace à son père, décédé en mai des suites d’une intoxication au monoxyde de carbone. Le drame s’est déroulé au chalet familial. Sa mère a survécu de justesse.

« Ç’a été un bouleversement total. Et ce qui ajoute à la tristesse, c’est que mon père attendait que je lui dédicace un livre. Il m’agaçait souvent avec ça. Et moi, je ne dédicace pas tous mes livres, j’attends d’avoir vraiment une bonne raison de le faire. Quand les événements sont arrivés, le premier jet du roman était écrit et étant donné que je mettais en vedette un homme pour la première fois, j’avais décidé de lui dédicacer. Ma mère le savait, mais on gardait la surprise pour mon père », souligne-t-elle.

Écrire en exil

La vie continue et pour se tenir occupée, l’auteure a toujours au moins deux livres en chantier. Elle a sa routine d’écriture. Elle écrit en avant-midi et en soirée. Les idées, qui font irruption de façon spontanée, sont enregistrées sur son téléphone portable. Mais avant de se lancer dans l’écriture des chapitres, Amélie Dubois aime s’exiler pour faire le plan de son prochain roman.

« Je m’en vais en voyage toute seule et ça fonctionne super bien. C’est comme si le fait d’être déracinée, un peu comme je l’étais en Gaspésie, vient nourrir ma créativité. C’est super efficace », raconte celle qui a écrit le plan de son dernier roman en Asie.

Son prochain roman sera soit la suite de sa série La fois où... ou la suite de sa série Ce qui se passe à...

Et le plus beau compliment qu’on puisse lui faire sur ses livres?

« J’ai un public de jeunes mamans dans la trentaine et quarantaine et elles me disent souvent : ‘‘tu es mon moment à moi. Quand les enfants sont couchés et que mon chum écoute son hockey, je me fais plaisir. Je vais dans la chambre et je te lis. Je m’évade, je pense à rien et après, je dors bien.’’ C’est mon but », conclut-elle.