Sandy Grenier: ultra violette

Un chandail mauve. Une écharpe mauve. Des boucles d'oreille mauves. Des bottillons mauves. Des mèches mauves.
Si cette brune se pare comme une prune, du talon à la racine des cheveux, ce n'est pas parce que la compagnie Pantone a statué qu'« orchidée radieuse » est la couleur de 2014. Ce n'est pas une posture mode. Le violet, dans tous ses dégradés, est le mode de vie de Sandy Grenier.
Cela fait sept ans que la chanteuse sherbrookoise tranche sa chevelure foncée d'une bande violacée. Et depuis, le mauve s'est étendu sur elle comme des taches de vin sur un tissu absorbant. Son premier minialbum, intitulé La fille en mauve, confirme cette emprise ultraviolette, à la fois physique et psychique.
« J'ai essayé cette couleur, sans raison, dans mes cheveux. J'ai tant aimé que je suis allée fouiller sur sa symbolique. Tout ce que j'ai découvert colle à ma personnalité. C'est la couleur de la créativité, mais aussi du changement du négatif vers le positif. Elle représente bien mon côté Mini-Wheats. »
Mélange de bleu et de rouge, de froid et de chaud, cette teinte est donc plus qu'une signature, mais une métaphore de la personnalité contrastée de l'artiste de 26 ans. En entrevue, sa timidité déroute, surtout d'une fille qui a commencé à chanter dans les églises dans sa petite enfance. Sur son album, réalisé dans la palette du rock et du soul par Étienne Chagnon (Jaune, Amélie Larocque), elle dégage toutefois un aplomb qui ne peut qu'être associé à un caractère de feu, avec des chansons plantées dans le roc de la confiance et du contrôle.
Face à sa musique
Il faut dire qu'après avoir longtemps cherché son son, Sandy Grenier sait maintenant où elle s'en va. La flamme mauve lui guide la voix « comme un fanal qui pointe le Nord », avoue-t-elle dans la pièce-titre.
Il lui a fallu aller jusqu'en Asie, où elle a repris les succès des autres dans des hôtels et casinos pendant neuf mois, pour trouver sa couleur personnelle.
« La vie allait vite, j'étais éparpillée, j'avais besoin de m'exiler. Je voulais sortir de ma zone de confort. Pendant mon contrat en Thaïlande, dans ma chambre, j'ai écrit la chanson Faire face, et ça voulait tout dire. J'étais prête à revenir, à faire face à ma musique. »
Depuis trois ans, cette chanteuse à voix, qui enseigne son art et multiplie les projets de groupes depuis plusieurs années, s'est donc mise à l'écriture sérieusement. L'interprète s'est même inscrite à l'École nationale de la chanson de Granby, où elle étudie depuis septembre. « J'ai toujours écrit. Quand j'étais petite, je composais des poèmes. À l'adolescence, par contre, il a fallu que j'arrête, parce ça devenait trop thérapeutique, très sombre. Je n'aimais pas ce que j'écrivais. J'ai ensuite mis du temps à comprendre qu'un texte n'a pas besoin d'être parfait du premier coup. Il peut être retravaillé », dit cette admiratrice de Louis-Jean Cormier depuis le début de Karkwa, bien avant La Voix.
La chanson Funambule, qui parle de suicide en brodant autour de l'image de la corde raide, démontre son souci de bien travailler les mots. « C'est la dernière que j'ai écrite et la première que je n'écrivais pas au je. Elle m'a été inspirée par un copain de ma mère qui s'est enlevé la vie quand j'étais petite. Et aussi d'autres gens autour de moi... » avoue-t-elle, sans entrer dans les détails.
Le seul des cinq textes touffus qui ne vient pas d'elle est Où es-tu?, offert par David Goudreault. « J'aime la musique soul. Et le slam, ça groove tout seul », soutient la chanteuse du Rodeo Drive Country Band et du duo Acoustic Purple, qui se produit dans les bars et terrasses du coin.
Même si les concours ne lui ont jamais souri - elle s'est retrouvée au seuil de Star Académie en 2011 et son audition à l'aveugle pour la première édition de La Voix n'a pas été fructueuse -, elle se contente très bien de son chemin. « J'ai toujours espéré faire ma route moi-même. J'y suis presque allée à reculons, dans ces concours, avec l'espoir de trouver ma place. Mais j'avais peur d'y perdre la fille en mauve. »
Sandy Grenier rêve maintenant trouver une maison de disques, qui lui permettrait d'enregistrer un album complet. Pour l'instant, elle veut surtout partager ses nouvelles chansons en spectacles. Et rayonner sur scène... en ultraviolet.