Samuel Archibald

Samuel Archibald: la peur comme un moteur

Saint-André-de-l'Épouvante, c'est un nom qui frappe l'imaginaire. Le petit village du Lac-Saint-Jean a longtemps fait figure de coin perdu dans l'esprit du jeune Samuel Archibald.
« Lorsque j'étais enfant, ça me fascinait chaque fois qu'on passait devant la pancarte routière », se souvient l'écrivain natif d'Arvida, qui n'avait pourtant jamais mis les pieds dans la bourgade avant d'en faire le titre de sa première pièce théâtrale. Celle-ci est présentée dimanche lors d'une mise en lecture dirigée par Pascale Tremblay, au Centre des arts de la scène Jean-Besré. Les comédiens François Bienvenue, Jacinthe C. Tremblay, André Gélineau, Charles Maheux et Jacques Routhier prêteront leur voix aux personnages.
« C'est agréable de voir que la pièce prend forme ailleurs, qu'elle a une vie en dehors des planches où elle a déjà été présentée », dit l'auteur, qui a investi l'écriture dramaturgique à l'invitation de Patrice Dubois et Dany Michaud, pour le Théâtre PÀP.
« Un Noël, ils se sont tous les deux offert le même cadeau : mon recueil de nouvelles, Arvida (Prix des libraires, 2012). Ils se sont mis à jaser de l'univers qu'il y avait dans le livre, ils trouvaient que mon style d'écriture pouvait se prêter au théâtre. Ils m'ont proposé d'écrire une pièce. »
Il a plongé.
Le huis clos qu'il a imaginé se déroule dans le ventre d'une taverne jeannoise, un soir de tempête. Cinq personnages se retrouvent coincés ensemble et se mettent à évoquer des histoires de peur. Vient un moment où le cauchemar rattrape la réalité.
« C'est un peu la veillée de conte qui tourne mal. On se raconte une histoire d'épouvante et on se rend compte qu'elle est en train de nous arriver à nous », résume l'auteur.
La peur, on y reviendra souvent pendant la conversation. Ce n'est pas anodin. C'est un moteur d'écriture pour Samuel Archibald : « J'y retourne toujours. »
Tout jeune, pourtant, il était de nature plutôt peureuse. « Peut-être pour confronter mes frousses et les dépasser, j'ai fini par me coller aux univers qui suscitent l'effroi. J'avais une gardienne qui affectionnait particulièrement les films d'horreur des années 80, je suis tombé là-dedans, je suis devenu friand du genre. Et puis j'ai découvert, et adoré, les romans de Stephen King. Tout ça m'a suivi, même si je ne me considère pas comme un écrivain d'horreur à temps plein. »
À l'UQAM, où il enseigne, il donne d'ailleurs un cours sur la peur comme carburant dramatique.
« On n'y échappe pas, c'est une émotion forte et elle est universelle. »
Projets de plume à la pelle
Le Quartanier a déjà publié l'intégrale de son inquiétante pièce, mais l'univers de Saint-André viendra hanter d'autres pages. L'écrivain planche sur un roman.
« J'ai envie de défaire le huis clos, de raconter ce qui se passe avant et ce qui se passe après, aussi. Je ne sais pas quand ce sera prêt, mais le travail est entamé. »
D'autres projets d'écriture l'occupent aussi. Un recueil de quatre courts romans qui se répondent est sur sa table de travail.
« Les quatre histoires seront réunies en un seul et même volume. Elles seront liées aux saisons et tremperont dans le mystérieux, le fantastique et l'horreur », résume l'écrivain.
La suite de Tommy l'enfant-loup est aussi au menu de ses prochains mois. Le livre jeunesse, premier de la collection Les aventures de Bill Bilodeau, l'ami des animaux, a été lancé en automne 2015. Illustré par Julie Rocheleau, il a remporté le Prix des libraires 2017, catégorie jeunesse, en plus de récolter un prix littéraire lors du dernier Salon du livre du Saguenay - Lac-Saint-Jean. 
« J'ai réalisé que la littérature jeunesse n'avait pas la même temporalité que celle pour adultes. Son succès se fait dans la longue durée. Au départ, Tommy l'enfant-loup n'a tellement pas fait de bruit que j'en étais peiné, je pensais qu'il allait s'éteindre avant même d'avoir pris son envol. Mais non, il fait son chemin, on le lit, il se vend, je reçois des lettres d'enseignants, je constate qu'il a une belle trajectoire », raconte Samuel Archibald. 
Le prochain tome de la série ramènera le personnage de Tommy parmi les acteurs secondaires du récit. Intitulé La nuit des bêtes puantes, le roman s'articulera autour d'une grève des éboueurs qui a une conséquence imprévue : toutes les mouffettes des environs convergent vers le village. 
« Ça se passe pendant tout un été, il y a un tournoi de baseball dans le paysage, et on se concentre cette fois sur le personnage de Marylin Gauthier, la lanceuse étoile de l'équipe. »
Vous voulez y aller?
Lecture publique de Saint-André-de-l'Épouvante
Petit dimanche matin de lecture publique
Dimanche 19 mars, 10 h
Centre des arts Jean-Besré
Entrée : 20 $ (déjeuner inclus)
Le moins beau côté du web
Comme d'autres chroniqueuse et blogueuses, Geneviève Pettersen, la conjointe de Samuel Archibald, a annoncé la semaine dernière qu'elle cessait d'écrire pour Châtelaine. Parce que, comme d'autres chroniqueuses et blogueuses, elle en avait un peu marre des attaques personnelles et des virulents commentaires qui suivaient la publication de ses textes.
En entrevue avec la journaliste Michèle Ouimet de La Presse, la semaine dernière, Geneviève a raconté comment l'hostilité sur les médias sociaux lui rentrait dedans, mais affectait aussi ses proches, dont son chum, qui s'était désabonné de sa page Facebook parce qu'il n'en pouvait plus de lire des remarques odieuses.
« Elle a pris cette décision toute seule et pour elle-même, d'abord et avant tout, mais c'est sûr qu'elle me voyait un peu capoter quand ça dégénérait. Je la voyais, elle, recevoir tout ça. Ça fait mal. À un moment donné, tu peux bien dire que tu es au-dessus des insultes, ça t'affecte quand même, ça finit par te rattraper, peu importe l'épaisseur de ta carapace. Ce que certains lui écrivaient, c'était parfois d'une violence inouïe. Une journée où tu vas moins bien, ce genre d'attaques, t'as plus de misère à le gérer. Cela dit, Geneviève a encore envie de faire entendre sa voix, mais autrement. Il y a beaucoup de chroniqueurs, beaucoup d'opinions, à l'heure actuelle, dans les médias. Elle a le goût de sortir un peu de ça, de tendre le micro à d'autres. Dans tout ça, mon constat, c'est que collectivement, on a peut-être à réapprendre l'art de la conversation sur les réseaux sociaux. La qualité du dialogue s'est défaite sur les plateformes web. »