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Sam Breton : Pic de rires
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Sam Breton : Pic de rires
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Sans prendre une pelle

Arts et spectacles

Sans prendre une pelle

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
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 Il y a eu son arrivée comme chroniqueur à Salut bonjour ! en 2018 qui l’a fait connaître à une grande partie du public. Puis l’Olivier de la découverte, en décembre 2019, qui l’a propulsé encore plus loin. Fortement remarqué, son passage à Tout le monde en parle en février 2020 a été comme le moment où on lâche l’élastique du lance-pierre. Puis est arrivée la pandémie.

La bonne nouvelle, c’est que, seize mois plus tard, Sam Breton flotte toujours. Les salles continuent de se remplir sur son chemin. Son spectacle Au pic pis à ‘ pelle conquiert les foules avec constance même s’il n’a pas changé d’un iota dans l’intervalle. Bref, celui dont le coronavirus aurait pu couper les ailes en plein élan se porte assez bien, merci. En grande partie à cause de l’attitude qu’il a choisi d’adopter au début du grand confinement.

«C’est sûr que ça a été un bon coup de barre de fer dans les rotules, surtout qu’après mon passage à Tout le monde en parle, je m’étais mis à recevoir plein de messages, tant du public que du milieu. Mais je suis quand même quelqu’un qui se revire de bord sur un dix cents. C’est certain qu’au début, j’ai traversé toutes les étapes du deuil, la peine, la colère, mais après une semaine ou deux, j’étais déjà rendu à l’acceptation. Une sorte de deuil en formule express. C’est là que je me suis dit : «Bon ben OK : on va écrire un nouveau show, ça va s’appeler Sam Breton : pas son vrai show et je vais le présenter dès que je pourrai. Ah pis ce serait le temps maintenant de lancer un podcast [Avec son Sam, qui remporte un vif succès] !» En gros, je me suis dit que je n’allais pas me morfondre, que je continuerais de vivre ma vie et que je ferais autre chose pendant ce temps-là.»

Show zéro pandémie

Malgré l’ampleur de ce que l’humanité a vécu, Sam Breton n’a jamais été tenté de changer quoi que ce soit à son premier bébé scénique. «Pour la simple et bonne raison que, moi-même, j’étais écœuré d’entendre parler de la pandémie. Même en écrivant Pas son vrai show, je me suis fait un point d’honneur de n’y faire aucune allusion. Je me disais que les gens allaient venir se débrancher de leurs problèmes, juste profiter du moment et rire. Au pic pis à ‘pelle a été tellement ficelé serré, je savais qu’il serait encore bon quand je le ressortirais. Et la réponse des gens jusqu’à maintenant m’a confirmé que j’ai eu raison.»

La prestation n’a donc pas changé d’une virgule pendant tout ce temps et Sam Breton l’a reprise telle quelle dès que les salles de spectacles ont rouvert le printemps dernier. «Je l’ai mise au congélateur, comme lorsque tu fais trop de bouffe et que tu te dis que tu vas en remanger dans un mois (finalement, ça a été un an et quelques). C’est un spectacle intemporel, parce que je suis un raconteur, et une histoire qui est bonne hier le sera encore demain.»

L’humoriste a même l’impression qu’il est aujourd’hui meilleur dans son interprétation, une expérience acquise quand il a présenté Pas son vrai show, lors du déconfinement de l’été et de l’automne 2020 (pour certaines régions), avec souvent une cinquantaine de personnes dans la salle seulement, voire moins. 

«Le fait d’avoir souvent joué dans ces conditions plus difficiles, avec un spectacle que je n’avais jamais rodé, est venu solidifier encore plus mes bases d’humoriste. L’atmosphère était vraiment particulière, car tu sentais que les gens étaient à la fois fébriles et nerveux d’être là. Je pense que ça a fait que je livre mon premier spectacle de façon plus appuyée maintenant. En tout cas, j’ai souvent le sentiment que certains gags sont plus drôles à cause de ça.»

14 minutes de chihuahua

Au pic pis à ‘ pelle est aussi un spectacle un peu en dehors de la tendance (très forte actuellement) du stand-up comic. Il se compose de quelques numéros assez longs, entrecoupés de transitions plus courtes et plus rythmées. Une structure qui sied aux talents de raconteur du Laurierlois.

«Je suis dans mes pantoufles avec cette formule-là. De toute façon, je serais le premier à sentir les longueurs. L’anecdote du chihuahua, elle durait une demi-heure et je l’ai ramenée à quatorze minutes. Je parsème beaucoup mon récit aussi : une petite expression ici, un petit flash-back là... J’ai l’impression que tout ça met beaucoup de poivre dans la soupe. Et ça t’empêche de connaître la soupe après seulement quatre cuillerées. Dans le fond, c’est ça, mon métier : te faire passer quatorze minutes comme si c’en étaient quatre.»

Ce fameux numéro du chihuahua comporte même un passage de pantomime. «Et on m’a bien repris là-dessus : ce n’est pas du mime, mais bien de la pantomime, insiste-t-il en riant. Je l’ai travaillée beaucoup avec Joseph Saint-Gelais, le metteur en scène de mon spectacle. Et Joseph, il a tout fait. C’est lui qui m’a dit qu’on allait découper chaque mouvement comme il faut pour la rendre payante. C’est un moment que j’adore. Ça casse le rythme, tout en le gardant d’une autre façon. Et le public embarque.»

Laurier-Station sur la carte

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Laurier-Station sur la carte

Steve Bergeron
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On le sait, Laurier-Station, la municipalité d’où vient Sam Breton, occupe une place prépondérante dans son spectacle et son discours. Mais la petite ville d’environ 2500 âmes, sise sur l’autoroute 20 à la sortie 278, a-t-elle vu des retombées depuis qu’un de ses illustres fils fait partie des humoristes les plus connus ?

Sam Breton commence par rendre à César ce qui appartient à César : «Avant moi, il y a eu David Desharnais, qui a joué plusieurs années avec le Canadien, et qui vient aussi de Laurier-Station. Je ne sais pas s’il y a eu des retombées, sinon des amis humoristes qui m’envoient parfois le message sur la 20 : «Heille, on arrête à Laurier !» J’ai l’impression que quelques-uns font maintenant leur pause au Tim Horton de Laurier quand ils voient l’affiche. Il y a donc peut-être eu des retombées de 37,56 $ dans la dernière année. D’autres, dont des gens du public, m’envoient des photos du panneau qui porte le slogan de la ville (Une ville à la campagne), dont je parle souvent.»

Un sujet épineux

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Un sujet épineux

Steve Bergeron
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On peut dire qu’en osant aborder, tant dans son spectacle qu’en entrevue, son choix de ne pas avoir d’enfants, Sam Breton a mis le doigt sur un thème épineux : le sujet revient régulièrement dans les commentaires reçus, les entrevues données ou ses conversations, sans s’essouffler.

«Souvent, les commentaires sont ceux de gens qui sont dans ma situation et qui sont heureux que j’en parle, parce que plusieurs ne savent plus comment le dire à leurs proches. Ils réalisent qu’ils ont le droit de ne pas en vouloir simplement parce qu’ils n’en veulent pas. Il n’y a pas de justification nécessaire. C’est parce que c’est encore tabou que je trouve important d’en parler et que j’ai écrit ce numéro-là. J’ai le désir de faire rire, mais quand même avec un peu de profondeur, par exemple avec mon numéro sur le suicide, ou quand je parle de la relation avec les animaux.»

Sa décision de ne pas devenir papa n’est pas née de cette autre mouvance de choisir la non-parentalité à cause de la surpopulation et de l’avenir incertain de l’humanité en raison du dérèglement climatique. 

«Je n’ai jamais eu à pousser ma réflexion jusque-là : je ne veux pas d’enfants parce que je n’ai pas envie de m’occuper d’un enfant. Maintenant, si je changeais d’idée, quelle serait ma réflexion ? Moi aussi je constate qu’il y a déjà énormément d’êtres humains sur la Terre et ça m’inquiète. Est-ce que ça me pousserait plutôt alors vers l’adoption, le choix de m’occuper d’un enfant déjà au monde ? Je ne le saurai que si j’ai ce désir-là un jour. L’important, c’est qu’il n’y ait pas de jugement, parce que je sais que certaines personnes qui décident de ne pas avoir d’enfants à cause de la planète se sont fait critiquer. On leur répond parfois que c’est parce qu’ils n’osent pas avouer qu’ils n’en veulent pas.»