Entourant Joëlle Thivierge, présidente du conseil d’administration du Salon du livre de l’Estrie, Véronique Drouin, auteure à l’honneur du vendredi, Guillaume Perreault, illustrateur et auteur à l’honneur du jeudi, Normand Baillargeon, président d’honneur, et Joséphine Bacon, auteure, poète et représentante de la maison d’édition Mémoire d’encrier.

Salon du livre de l'Estrie : quarantaine assumée

C’est le genre de quarantaine qu’on aime. Pas de celles qui vous coupent du reste du monde. Plutôt de celles qui, à l’opposé, font sortir de leur isolement l’écrivain tout à son travail et le lecteur tout à son loisir, pour les faire se rencontrer sur leur terrain de jeu préféré : celui des mots. Et à Sherbrooke, la partie de plaisir dure depuis 40 ans.

Le 40e Salon du livre de Sherbrooke s’est donc amorcé jeudi au Centre de foires, encore par une journée où les groupes scolaires et la littérature jeunesse ont été à l’honneur. Mais avec quelque 350 maisons d’édition représentées, toutes les catégories de visiteurs pouvaient y trouver leur compte.

Lors de la cérémonie d’ouverture, le président d’honneur Normand Baillargeon n’a eu besoin que de quelques mots pour résumer la pertinence accrue des livres en cette période d’écrans, de fausses nouvelles et de théories de conspiration. Le fait qu’on lui ait demandé à lui, un essayiste, d’assumer ce rôle cette année avait déjà quelque chose de rassurant.

« À travers moi, on célèbre les essais, qui sont un genre littéraire important et qui sont appelés à prendre de plus en plus d’ampleur dans ce monde complexe, plus difficile à saisir, où il y a souvent absence de repères. Je pense que notre façon de consommer l’information accentue les dangers, à cause de biais cognitifs bien connus, tel le biais de confirmation. »

« Le livre acquiert une noblesse agrandie à cause de tout ça, a-t-il poursuivi. Lire, c’est s’arrêter devant une information sur papier, qu’on ne retweete pas instantanément et qui nous amène à réfléchir. Le livre permet, de façon magnifique, ce moment d’arrêt devant nos pulsions premières et nos intuitions. »

« Je tiens à dire aussi que des recherches en éducation tendent de plus en plus à démontrer que cette manière de consommer de l’information, à travers le livre, est supérieure aux tablettes », d’ajouter celui qui a enseigné la pédagogie à l’UQAM de 1989 à 2015.

« Vous avez par ailleurs une équipe très dynamique au Salon du livre de l’Estrie : il y a tellement d’activités que je n’arriverai pas à toutes les nommer, mais je suis particulièrement intéressé par l’événement Bières et littérature : des spécialistes vont arrimer des textes d’auteur, dont les miens, à des types de bière. »

La cérémonie s’est amorcée avec le slameur et poète Frank Poule, qui a bellement réussi à ramasser les 40 ans d’histoire du SLE, créé par André Bernier, Ronald Martel et Jean Civil en 1979 au Manège militaire. Le slameur a même fait un lien avec l’effervescente époque littéraire du Sherbrooke des années 1930, avec en tête Alfred DesRochers, disparu justement il y a 40 ans aujourd’hui.

Nouveauté cette année : le Salon a décidé de mettre aussi une maison d’édition à l’honneur, soit Mémoire d’encrier, qui a atteint sa quinzième année d’existence. L’auteure et poète innue Joséphine Bacon est ainsi venue rendre hommage à son éditeur, Rodney Saint-Éloi, malheureusement absent.

« Pour nous, ses auteurs, il est notre colonne vertébrale, et nous, nous sommes ses vertèbres. »