La pièce est principalement portée par le duo composé de Serge Postigo (Dr Flemming) et Martin Lamotte (Columbo).

Sacré Columbo !

CRITIQUE / Le pari était audacieux : reprendre au théâtre d’été une pièce des années 70 devenue par la suite une célèbre série télévisée. Une enquête de Columbo de surcroît. Pourtant, dans ce jeu du chat et de la souris, le public y trouve son compte.

Avant de prendre la route du Théâtre Juste pour rire de Bromont, on avait en effet un petit doute. Avec un titre comme Meurtre sur prescription et un personnage aussi « vieillot » que le lieutenant Columbo, allait-on se divertir un peu ?

Portée par une excellente distribution, la soirée a passé en un éclair. Après tout, qui n’aime pas les enquêtes policières bien ficelées ? Surtout quand l’enquêteur est un as en la matière. 

Même si certains, comme nous, auront peut-être la bizarre impression de regarder une émission de télé, plutôt qu’être au théâtre... 

Le crime « parfait »

Présent en permanence sur scène, Serge Postigo fait un excellent Roy Flemming, psychiatre de renom, époux insatisfait et ardent amoureux d’une de ses patientes, Susan Hudson.

Incapable d’obtenir le divorce de sa femme Claire, le prétentieux médecin décide tout simplement de se débarrasser d’elle. En entraînant bien sûr sa maîtresse dans son sombre projet. 

Habilement fomenté, répété dans ses moindres détails, le crime est commis et est en apparence parfait. 

Jusqu’à ce que Columbo entre dans la danse. Avec son imperméable beige, sa dégaine nonchalante et son bout de cigare froid, Martin Lamotte s’approprie le personnage avec une justesse et un talent épatant. Plus connu en France qu’au Québec, le comédien a visiblement beaucoup d’expérience au compteur. On a adoré son jeu.

Comme un chien grugeant son os, il revient à la charge, met son nez partout, feint l’innocence, bien résolu à trouver le coupable. Vous le connaissez, il y a toujours « un petit détail qui le chiffonne » !

Columbo tisse sa toile et l’étau se resserre lentement sur le psychiatre meurtrier, dans une intéressante guerre des nerfs. La joute verbale entre l’inspecteur et le Dr Flemming s’avère d’ailleurs le moment fort de la pièce, l’intelligence de l’un affrontant l’intuition de l’autre. 

Autour du duo principal évoluent Karine Belly (charmante dans le rôle de la maîtresse), Marie Turgeon (qui joue l’épouse et la secrétaire du psychiatre), ainsi que Jean-François Poulin (l’ami du docteur et procureur général, qui ne fait que passer sur scène). 

Tout ce beau monde tire bien son épingle du jeu et arrive même à saupoudrer quelques traits d’humour ici et là, histoire d’alléger le propos. 

Mais si la mise en scène de Serge Postigo est efficace, le décor, lui, est d’une désolante banalité. Comme si la production avait manqué de budget et/ou d’imagination. 

D’autant plus qu’une partie du récit se déroule dans ce qui devrait être le luxueux appartement des années 70 du couple Flemming. Les affreux rideaux et le minuscule divan recouvert d’une housse orange détonnaient complètement dans le contexte. Agaçant.

Petit détail apprécié cependant : on ne s’embarrasse pas d’un entracte dans Meurtre sur prescription, ce qui permet non seulement d’optimiser le temps des spectateurs, mais surtout de maintenir intact le rythme de la pièce. Cela fait parfois toute la différence.