Sam Breton se qualifie lui-même de « raconteur », par opposition au comique stand-up, où l’on saute un peu du coq à l’âne.

S’acharner à rire de tout

Sam Breton se qualifie lui-même de « raconteur », par opposition au comique stand-up, où l’on saute un peu du coq à l’âne. « Tout se transforme en histoires, dans mon cerveau », reconnaît le jeune humoriste, qui aime étirer ses sketches sur plus de 10 minutes — mais jamais sans les truffer de blagues.

« Je fais souvent des numéros [longs]. Mon but, c’est toujours de mettre le plus possible de punchs au pied carré, mais au sein d’une histoire parsemée d’autant de gags que possible. » 

Lauréat 2019 du prix Découverte de l’année (au Gala Les Olivier) et du prix Artiste de l’année (à Juste pour rire), Sam Breton plaît à un très large public, grâce à une palette éclectique.

« Je suis tantôt bon enfant, tantôt plus trash : j’en ai pour tous les styles. [...] Et peu importe ce que tu aimes et ce que tu viens chercher comme humour, à la fin du marathon, tu vas être satisfait. » À preuve : il se réjouit d’observer, dans les rangées de fauteuils, « trois générations qui rient de bon cœur » ; ce qui, en humour, relève plutôt du « tour de force ».

« Je ne cherche pas à m’adapter; je ne fais pas ça pour ratisser large: c’est juste dans ma personnalité » de parler à tout le monde et de mettre tout le monde à l’aise. Or, sur scène « je suis très ‘‘moi-même’’ », poursuit-il.

Le titre de son solo, Au pic pis à pelle, renvoie à l’image du bûcheur infatigable qu’il revendique. « J’aimais la définition de cette expression, qui signifie travailler avec acharnement, même si ça n’avance pas vite. »

La référence ouvrière « représentait bien mon parcours », estime celui qui a gradué de l’École nationale de l’humour (ENH) en 2013... en même temps que Jay Du Temple, Katherine Levac, David Beaucage, Mehdi Boussaidan. 

Une « cohorte assez pas pire », glisse Sam Breton, rigolard. 

« Moi, je n’ai jamais eu de passe-droit, j’ai monté une marche à la fois, et je ne changerai rien à ce parcours », lance-t-il, sans acrimonie aucune envers ces quatre colistiers de l’ENH, dont la carrière a décollé de façon fulgurante grâce à divers tremplins télévisuels (outre leur talent naturel). 

Sur scène, Sam Breton aime alimenter ses « histoires » de « sujets qui ne t’enlignent pas nécessairement sur du gros rire ». voire de thèmes carrément « tabou », comme le suicide. Il aime aussi livrer, en connaissance de cause, des opinions personnelles pour lesquelles les gens ont tendance à se braquer — « comme le fait que je ne veux pas d’enfant ». Un choix que Sam Breton sait ne pas faire l’unanimité, mais qu’il « assume », en acceptant d’être régulièrement « confronté au jugement des autres ».

Profondeur

Il ne rechigne pas à placer « des gags jugés vulgaires ou faciles », ni à recourir aux sacres. Si l’envie lui vient de mimer un chien pendant une bonne minute, histoire de « mettre un petit grain de sable dans le spectacle », il se lâche lousse.

Il ne recule pas devant la possibilité de provoquer un « malaise » — même s’il ne semble guère apprécier la « provocation gratuite ».

« Ma face, mon énergie de kid, y’a quelque chose de très ‘‘familial’’. On dirait que le public me pardonne énormément de trucs », tout comme on est enclin à pardonner une bêtise commise par son enfant, constate-t-il.

Mais ses écarts de langage ne doivent pas détourner l’attention du public de l’objectif second d’Au pic pis à pelle, qui est de « faire réfléchir ».

« Au début de la période de rodage, il y a plus d’un an, je [cherchais beaucoup] à faire rire sans arrêt, avec des choses simples. Puis, on dirait que la maturité a embarqué : j’ai réalisé que je ne voulais pas profiter de cette tribune sans ajouter un peu de profondeur. Je me suis donc mis à réécrire des trucs et à me lancer des défis. »

Ce numéro sur le suicide « m’a donné beaucoup de fil à retordre. J’ai dû en [tester] 60 versions différentes devant public. La ligne est mince entre ce qui fait rire et ce qui fait grincer des dents. Parfois, c’est juste un mot de trop, un détail ou une image trop précise, et je me rendais compte que je dépassais la ‘‘limite psychologique’’ des spectateurs. »

« Sur le moment, tu veux revenir en arrière... mais il est trop tard. » Alors, tu retournes à l’écriture. Tu retouches. «Des fois, tu réévalues même la pertinence» du numéro au complet, dit-il. 

« C’est un show d’humour, pas une conférence : je devrais-tu l’enlever ? Ça m’a mis en beau tabarnane. Finalement, j’ai fini par trouver le bon dosage », explique celui qui s’implique dans la cause contre le suicide. Il a d’ailleurs créé le gala Sébastien Bouchard, qui porte le nom d’un ami qui s’était enlevé la vie à 19 ans. 

Ce sketch qui « brise les stéréotypes »est devenu un « incontournable », constate-t-il en lisant les nombreux commentaires qu’on lui adresse « en privé », pour partager sa joie et sa peine mêlées, autour d’expériences liées au suicide de proches.

Vous voulez y aller?

Au pic pis à pelle
Sam Breton
Du 7 au 11 juillet, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 40 $

6 mai 2021, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 36 $