Orford Musique soulignera vendredi les 25 ans de Robert Langevin comme professeur à l’Académie Orford, par une soirée où le flûtiste d’origine sherbrookoise a eu carte blanche. Celui qui occupe le poste de flûte solo à l’Orchestre philharmonique de New York depuis presque 20 ans a donc préparé un concert de ses œuvres favorites, qu’il interprétera en compagnie de la pianiste Marianne Patenaude.

Robert Langevin : 25 ans de «conservatoire idéal»

C’est en 1993 que Robert Langevin a été invité pour la première fois comme maître enseignant au Centre d’arts Orford (aujourd’hui Orford Musique). La directrice artistique de l’époque, Agnès Grossman, souhaitait une présence accrue de musiciens québécois dans le corps professoral de l’Académie estivale, se souvient le flûtiste d’origine sherbrookoise, qui faisait alors partie de l’Orchestre symphonique de Montréal.

« Je n’avais pas pu accepter son invitation la première année : j’étais en train de déménager aux États-Unis », rapporte le musicien qui, entre l’OSM et le poste de flûte solo de l’Orchestre philharmonique de New York (qu’il occupe depuis 2000), a fait partie de l’Orchestre symphonique de Pittsburgh. « Heureusement, elle m’a réinvité l’année suivante. Ainsi, depuis que j’habite à l’étranger, j’ai toujours pu revenir en Estrie chaque année. »

En fait, Robert Langevin n’aurait pu mieux demander. Orford Musique, dont il est aussi un ancien stagiaire (il y a passé trois étés), lui permettait de renouer avec sa région d’origine, de voir parents et amis et d’œuvrer dans un cadre qu’il avait beaucoup aimé comme élève, et qu’il apprécie encore plus comme professeur.

« Comme étudiant, je me suis vite aperçu que l’on faisait en un mois presque le travail d’une année. C’est tellement intense! On voit son professeur tous les jours, on a des classes six jours par semaine, on répète tous les jours et il n’y a aucune distraction, rien d’autre à faire que de la musique. C’est le conservatoire idéal! » souligne-t-il en riant, à propos du site posé en pleine nature, à même le Parc national du Mont-Orford.

Au fil des ans, Robert Langevin a vu certains de ses anciens élèves d’Orford devenir de solides interprètes... et même être engagés à leur tour comme professeurs.

« Par exemple Jocelyne Roy [deuxième flûte de l’Orchestre métropolitain], qui enseigne avec moi cette semaine, et Jennifer Gunn, aujourd’hui membre de l’Orchestre symphonique de Chicago. »

Robert Langevin ne peut que remarquer le niveau d’excellence de ses étudiants, qui n’a cessé d’augmenter au cours des 25 dernières années. « Depuis dix ans, c’est vraiment très fort », appuie-t-il.

Un programme à son image

Certains le remarqueront : le programme qu’offrira Robert Langevin vendredi est presque le même que celui qu’il a donné en compagnie du pianiste Tristan Longval-Gagné en mars 2018 à Orford Musique, pour souligner le 60e anniversaire du Concours de musique du Canada. Le musicien n’a pu s’empêcher de remettre au programme ces pièces de Jacques Hétu, Mel Bonis et Claude Debussy qu’il affectionne particulièrement, étant donné qu’on lui donnait presque carte blanche.

La seule exception est la Sonate en la mineur « Arpeggione » de Franz Schubert, arrangée pour flûte et piano, qu’il n’avait pas jouée depuis longtemps.

« Le nom le dit : Schubert a composé cette pièce pour l’arpeggione, un instrument de musique à mi-chemin entre le violoncelle et la guitare (il était d’ailleurs accordé en quartes comme une guitare), mais qui a eu une très courte vie. En fait, sans cette œuvre de Schubert, on n’aurait peut-être jamais su que l’arpeggione avait existé! »

Sauf que cette pièce est si magnifique et si bien écrite qu’elle a été facilement adaptée pour d’autres instruments, à commencer par le violoncelle, mais aussi le violon, la clarinette et bien sûr la flûte. 

« La musique de Schubert étant très mélodique, les transcriptions ont nécessité très peu de changement. C’est à 95 pour cent la partition originale que je joue. Physiquement, cette pièce est un défi, car il y a très peu de moments pour se reposer, mais mélodiquement, c’est tellement beau... »

Quant au Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, œuvre incontournable pour tous les flûtistes, il faut avoir un atteint un certain niveau pour bien l’interpréter.

« Cette œuvre me fascine depuis l’adolescence. C’est probablement la pièce la plus idiomatique pour la flûte : elle n’aurait pas pu être écrite pour un autre instrument. Pour le compositeur Pierre Boulez, cette pièce marquerait le début de la musique moderne. L’Exposition universelle de Paris, en 1889, a fait découvrir aux Français la musique orientale et ses sonorités. C’était alors l’époque de Wagner, avec ses œuvres orchestrales immenses et ses opéras de cinq heures. Voilà que Debussy arrive avec cette pièce de dix minutes, dépouillée, pour petit ensemble, dans une tout autre esthétique... Je lisais encore récemment que le solo de basson de Stravinsky dans le Sacre du printemps est directement inspiré du thème principal. »

Le choix de Marianne Patenaude comme pianiste lors du concert n’est pas fortuit. « Cela fait 17 ans que Marianne est accompagnatrice dans mes classes de flûte à Orford et nous n’avions jamais eu la chance de jouer ensemble sur scène. Je pense qu’il faut lui rendre hommage à elle aussi. »