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Robert Lalonde, comédien et écrivain
Robert Lalonde, comédien et écrivain

L’écrit, comme un coin de paradis

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
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Robert Lalonde et sa compagne habitaient la même maison depuis 42 ans. Autant dire une éternité. Le nid était heureux, enveloppant comme une seconde peau pour les amoureux qui évoluaient dans ses contours depuis tant de temps.

Et puis une nuit, il y a eu l’incendie. Violent. Impitoyable. En quelques heures, les traces de 40 ans de souvenirs ont été effacées par le feu. Le brasier a tout ravagé, tout avalé. 

Au petit matin, il ne restait que des cendres. Et un couple sans demeure. 

Comment fait-on, après, pour se reconstruire une vie, s’enraciner ailleurs, dans un autre décor où tous les repères diffèrent? 

Quand on s’appelle Robert Lalonde, on écrit. Chaque jour. Une phrase à la fois, on tisse des carnets où se raconte le recommencement dans un nouveau paysage. On biffe, on réécrit, on remanie. On retranche des passages, on en retravaille d’autres, on épure, on cisèle. 

Et à un moment donné, en pleine pandémie, on accouche de La reconstruction du paradis. 

Un paradis qui a la silhouette de North Hatley et dans lequel il a fallu apprendre à se déposer.  

« L’incendie a été une expérience radicale qui nous a permis de nous transplanter dans un environnement neuf. Quand on a décidé de ne pas reconstruire, on a eu la chance de trouver cette maison où nous nous sommes installés. » 

L’horizon y est beau. Et Lalonde le dépeint dans toutes ses saisons. 

Il confie aussi qu’il a fallu laisser les nuages se dissiper pour pleinement savourer la vue de ce nouvel éden.

Apprivoiser l’horizon neuf

« Au début, pendant les premiers mois, on a l’impression que beaucoup de choses ont brûlé, que tout ce qu’on avait accumulé est parti en fumée. On a le sentiment que tout ça est immérité. Et puis le temps fait son œuvre. »

Comme lorsqu’on vit un deuil. 

« Tranquillement, on change notre regard de place, on voit ce qui est devant. On accepte que ce qu’il y avait avant est fini. Et puis la vie repart. Autrement. »

Avec une certaine légèreté, peut-être. Riche d’un enseignement nouveau, sans doute. 

« Le présent et l’avenir comptent maintenant davantage pour moi. »

Le temps s’envisage différemment.

« Je trouve particulier le fait d’arriver avec ce livre-là, à ce moment-ci, quand plusieurs personnes vivent une certaine détresse et que demain est incertain. Mon bouquin résonnera sans doute autrement parce que, sans être un condensé d’optimisme, il parle de cette possibilité de recommencer, de repenser la suite. »

Et tous, on en est un peu là, constate l’écrivain et comédien. 

« C’est une idée qui était là avant même la pandémie : on arrivait peut-être à une certaine limite quant à la façon dont on vit de manière générale. Il y avait matière à réflexion, déjà. Plusieurs personnes sonnaient l’alarme et insistaient sur la nécessité de se mettre en action pour revoir la marche du monde. Nos façons de vivre, les gens qu’on élit, les décisions qu’on prend : tout ça était en perte de sens. »

Une quête de profondeur s’esquissait, des voix nommaient la nécessité de la convoquer. 

« Je sens ça chez plusieurs personnes. Dans plusieurs œuvres, aussi. Il y a un désir franc de se mettre en action, de se serrer les coudes. »

Et cette flamme-là, humaine, est douce dans ce qu’elle promet de lumière.