Autant l’ancien président et chef de la direction de RONA, Robert Dutton, parle avec cœur, autant il en a sur le cœur contre ceux qui ont laissé aller ce fleuron québécois.

Robert Dutton: homme d'affaires et de cœur

CHRONIQUE / À la veille d'aller voter, on croyait avoir tout entendu sur la campagne électorale; on a eu droit à un résumé complet et tout à fait pertinent par trois analystes, dimanche à «Tout le monde en parle». Sur le plateau, des invités qui ont laissé parler leur cœur, et le discours inspirant d'un bâtisseur du Québec Inc.

«Je trouve qu'on n'a jamais entendu parler d'économie avec autant de cœur», s'est exclamé Fabien Cloutier en écoutant l'ancien président et chef de la direction de RONA, Robert Dutton, très charismatique, et à qui je décerne l'étoile du match. Il ne comprend toujours pas pourquoi on a vendu ce fleuron québécois. Michael Sabia, de la Caisse de dépôt, l'a écarté en 2012, se rangeant du côté des investisseurs ontariens, qui souhaitaient des rendements plus rapides. Dans le livre Mise à niveau, M. Dutton raconte notamment que des investisseurs l'ont fait suivre afin de trouver quelque chose dans sa vie personnelle pour le discréditer, et mieux le congédier. Aujourd'hui, il préfère encourager BMR. «Si je vais chez RONA, ce sera où il y a un propriétaire québécois.»

Autant il parle avec cœur, autant il en a sur le cœur contre ceux qui ont laissé aller RONA. «Mais vous aviez pas envie de vous présenter?» lui a demandé Chantal Hébert, avec l'approbation du public. Vous ne risquez pas de voir Robert Dutton se joindre à Dans l'oeil du dragon. «Ce n'est pas une formule qui m'attire. J'aimerais mieux qu'on suive les projets des jeunes entrepreneurs. On fait tout un plat pour investir 15 000$ pour 40% de la compagnie. […] On fait Québec bas de laine pas mal.» Il préfère permettre à la relève de profiter de son expérience, comme professeur associé à HEC Montréal. «Les jeunes que je reçois sont fantastiques […] et ont une conscience sociale», se réjouit M. Dutton.

À la veille de l'élection, les trois analystes politiques ont résumé avec éloquence cette campagne électorale «trop longue» et «clientéliste», tirant dans toutes les directions. Les trois s'entendent pour parler d'une campagne très décevante. «En terme de contenu, c'est probablement la plus médiocre que j'aie jamais vu», dit même Luc Lavoie. Josée Legault parle d'«un concours de personnalités, où les programmes politiques n'ont à peu près plus d'importance.»

Selon Luc Lavoie, la gaffe de la campagne appartient à François Legault, qui ne maîtrisait pas suffisamment tout le dossier de l'immigration. Pour Josée Legault, Gertrude Bourdon est la candidate qui a le plus nui à son parti, notamment pour ses allers-retours de parti en parti. «Mme Bourdon a pris les électeurs pour des valises», tranche-t-elle. Chantal Hébert désigne plutôt Michelle Blanc du Parti québécois, alors que Luc Lavoie opte pour Éric Caire, même s'il a été blanchi.

Par ailleurs, Luc Lavoie n'a jamais reparlé à Pierre Karl Péladeau depuis que Québecor l'a obligé à choisir entre La joute à LCN et son nouveau travail chez Cogeco, une décision à laquelle il a «très mal réagi.» «J'ai été très très proche de Pierre Karl Péladeau pour le meilleur et pour le pire. J'ai eu un peu l'impression de me faire éjecter de ma famille. J'ai jamais trop compris pourquoi. Mais faut tourner la page rapidement», a-t-il dit, rappelant que «c'était la norme de faire à la fois de la radio et de la télé» pour plusieurs collègues.

C'est le concert André Sauvé avec l'OSM qui a mené l'humoriste à concevoir Ça., son nouveau spectacle. Après son précédent, il voulait un rendez-vous intime au Quat'Sous, il s'est «ramassé à la Maison symphonique avec 90 musiciens», dit-il. Ça. est effectivement plus intime et personnel. Pour garder la forme, il pratique le trekking et le jardinage, «un travail très physique», «une coopération avec la nature» qui le fascine. Le terme «bibitte» dont on l'affuble ne l'insulte pas, «mais ce n'est pas adéquat. Je ne me retrouve pas là-dedans. […] Si je suis une bibitte, on est une méchante « trallée ».» Son agente Lucie Rozon a été mise à la porte de Juste pour rire, qui produit son spectacle et à qui il doit tout. «Ils m'ont parti de rien», dit-il, ajoutant qu'il n'avait pas de contacts avec Gilbert Rozon. «Si tu travailles pour Air Transat, tu croises-tu le boss d'Air Transat?»

Fabien Cloutier présentera sa pièce Bonne retraite Jocelyne bientôt à La Licorne et au Trident en janvier, une réunion de famille qui tourne au vinaigre, qu'il signe mais dans laquelle il ne joue pas. L'acteur et dramaturge croit que «l'hyperindividualisme est le mal du siècle» et déplore la violence de notre militantisme, notamment sur les réseaux sociaux. «Comment peut-on se dire progressiste alors qu'on va si loin dans les attaques envers l'autre? On peut pas être la moitié à frapper sur l'autre pis penser qu'avec ça, on va grandir.»

À propos de l'annulation de SLAV, il croit qu'elle a créé un début de dialogue, mais craint seulement qu'elle ait «fait germer chez certains créateurs une peur de parler de l'autre.» Dans le documentaire Mononcle d'Yves Pelletier, il souhaite réhabiliter ce titre associé aux vieux pervers. Il appelle aussi au respect des «matantes». «Celle qui consomme le plus de culture, c'est la femme de 50 ans et plus. À un moment donné, elle mérite d'être appelée autrement que matante.»

Safia Nolin, qui lance son album Dans le noir, qualifie elle-même sa plume de «purement déprimante». «J'ai l'impression que je vais bien en ce moment», affirme l'auteure-compositrice-interprète, qui maîtrise son anxiété sans prendre rien pour acquis. «L'ADISQ m'a vraiment forcée à être «fuck that, je suis ben de même».» À la veille de son sixième passage en Europe, elle se dit «ambitieuse», mais peut-être pas au point de chanter avec son idole, Céline. «Chanter avec elle, c'est sûr que je m'évanoue!»

On a entendu un extrait de la très belle Lesbian Break-Up, un duo avec La Force. «J'avais envie de me donner et de donner à d'autres personnes une chanson qui n'était pas gars-fille», dit-elle. On est revenu sur Serge Postigo, qui avait défendu Juste pour rire à l'ADISQ, un discours qui l'avait dérangée. «Je trouvais ça vraiment pas nécessaire. Mais je ne déteste vraiment pas Serge.» La carte du fou du roi : «Que tu portes un chandail de loup, un t-shirt de Gerry ou une brassière en minou, moi je m'en fous, quand tu chantes, c'est à mon goût!»

Pas de chance que Marc Bergevin, qui a passé «une belle été [sic]», mérite l'étoile du match. Durant toute l'entrevue, il a louvoyé, finissant par ne répondre véritablement à aucune question. Le seul moment intéressant de l'entrevue, il le doit à Luc Lavoie, qui a réussi à le faire fulminer. Un échange musclé assez divertissant.

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