Maïa Pons-van Dijk (Zoé), Sabrina Pariseau (multiples personnages) et Marianne Lamarche (Ève) dans la pièce La vraie nature.

Rire au naturel

La troupe du Potluck démontre encore une fois qu’elle connaît sa comédie. La pièce La vraie nature, présentée à la salle du Parvis jusqu’au 25 août, offre une incursion dans l’imaginaire éclaté de ses créateurs, tout en conservant l’accessibilité attendue d’un théâtre estival.

Dans cette création, les jumelles Ève (Marianne Lamarche) et Zoé (Maïa Pons-van Dijk), réunies par la mort de leurs intrépides parents, partent à l’aventure à travers les mythiques bois de Stoke, un endroit fort symbolique pour la famille. L’obligation d’engager un guide, un Robin « pas des bois du tout » (Guillaume Boulianne-Blais), compliquera quelque peu leur quête. Une comédie à multiples rebondissements qui méritent de ne pas être divulgâchés.  

La troupe en avait tant à conter qu’elle a dû faire déborder le décor dans la salle pour y installer un salon funéraire. Les premières lignes sont ainsi prononcées à la hauteur des spectateurs, ou plutôt des proches, qui déjà sont invités à franchir le 4e mur. Sans s’y attarder trop longtemps, les acteurs en profitent pour donner le ton à l’histoire qui, bien qu’elle s’amorce avec un deuil, promet d’être légère et sans prétention.

C’est aussi durant cette première scène que Sabrina Pariseau, qui incarne plus d’un personnage au cours de la pièce, donne un bel aperçu de la solidité de son jeu. Cette improvisatrice établie est presque méconnaissable dans la peau de l’hilarante Madame Turgeon, à qui les mots ne manquent certainement pas. C’est toutefois son rôle de Magda, attachante vieille sage, qui brille le plus sur scène, tant par sa profondeur que par l’équilibre entre l’absurdité et la vraisemblance qu’elle représente. On en voudrait bien une à la maison pour se faire ramener à la folie de temps à autre.

Bien que légèrement exagérés, le Robin de Guillaume Boulianne-Blais et sa maladresse s’arrêtent aux limites du cliché. Cet esprit d’humour de situation, visiblement très bien reçu par les spectateurs, permet de faire transparaître le fort noyau improvisateur de la troupe.

Fidèles à leur maîtrise du calembour, les acteurs s’en permettent toute de même quelques-uns bien calculés, qui n’échappent pas au public. La relation entre Ève et Zoé, sœurs aux antipodes, laisse également place à plusieurs flèches bien envoyées.  

Confiance justifiée
Les grands efforts de scénographie sont également à souligner. Rappelons que la troupe s’est elle-même chargée de construire tous les aspects de la pièce, mis à part la musique.

Entre autres à l’aide de cette trame musicale, la pièce est entrecoupée de plusieurs variations de rythme, permettant de comiques et surprenantes projections dans la tête des personnages. Un bel élan de créativité, confirmant la confiance totale que la salle du Parvis accorde au Potluck depuis trois ans. Jeux de lumière, accessoires judicieux et décors élaborés sont également de mise. Une complexité pratiquement réglée au détail près.  

Il ne faudrait pas non plus négliger de signaler l’unique ambiance du Parvis. L’intime et chaleureuse église semble toute désignée pour se laisser guider à travers le large spectre d’émotions que la troupe a choisi de mettre en lumière.

Petits et grands trouveront leur compte dans le généreux humour tout comme dans le regard posé sur la puissance des liens familiaux.