Malgré son succès critique, «Les invisibles», qui mettait en vedette France Castel et Louise Marleau en ennemies jurées, lundi, peine à attirer les téléspectateurs.

«Les invisibles» en manque de fidèles

CHRONIQUE / J’ai déjà entendu que la critique avait droit de vie ou de mort sur une production. Et j’ai toujours été convaincu que cette croyance ne s’appliquait pas, surtout en télévision. Ni l’inverse d’ailleurs.

Prenez par exemple Les invisibles, série presque unanimement saluée par la critique. Le premier épisode a attiré 636 000 curieux, qui l’ont regardé en direct à TVA. Si on ajoute les gens qui l’ont regardé plus tard, le chiffre monte à 974 000, presque autant que Les pays d’en haut, vue par 1044 000 fidèles sur ICI Radio-Canada Télé. C’est très bon.

Par contre, ça s’est gâté par la suite, puisque le deuxième épisode des Invisibles en a attiré 454 000 en direct, et le troisième, lundi dernier, 467 000, contre 890 000 pour Séraphin. Il faudra attendre les données incluant les enregistrements pour voir la tendance, mais pour un réseau grand public comme TVA, le lundi à 21h, l’ancienne case de la millionnaire Fugueuse, c’est peu, très peu. Même les agents de la série le diraient. Et ce n’est pas parce que la série produite par Sophie Lorain a manqué de promotion, on nous a bombardés de pubs.

J’admets que je suis un peu étonné de ces chiffres timides. Je n’ai jamais pensé que la série aurait son million chaque semaine, mais au moins 700 000 en direct. Et puis, la version originale française, Appelez mon agent, diffusée ici sur ICI ARTV, n’a pas été vue au point de nuire à son adaptation québécoise; ça reste marginal.

J’aurais cru entre autres que le nombre de gros noms qui viennent jouer leur propre rôle contribuerait à attirer le grand public. L’univers d’une agence artistique est-il trop hermétique pour atteindre monsieur et madame Tout-le-Monde? Le public a-t-il l’impression de voir des vedettes se parler entre elles sans trop comprendre ce qu’elles se disent? Ou alors, il n’arrive pas à s’attacher à ces personnages à l’égo démesuré, souvent capricieux et antipathiques?

Pourtant, je continue de croire que Les invisibles a beaucoup de qualités. Karine Gonthier-Hyndman est excellente dans le rôle d’Alexandra, et Bruno Marcil joue tout en nuances le monstre d’orgueil qu’est Jean-Frédéric. L’épisode de lundi, avec France Castel et Louise Marleau en ennemies jurées, est le meilleur des quatre que j’ai vus. Drôlement, je n’ai jamais eu le réflexe de comparer avec le même épisode français, que j’ai vu il y a longtemps. Au jeu des comparaisons, la copie ressort rarement gagnante, outre de très rares exceptions.

À ce titre, les exemples de séries encensées par la critique et boudées par le public sont nombreux. Je me souviens de Bunker le cirque, la série flyée de Luc Dionne qui suivait Omertà en 2002, que la critique avait trouvée géniale, moi y compris. Un portrait cynique et absurde de la politique avec David Boutin, et qui commençait avec Raymond Bouchard sur un bol de toilette. Le public n’a jamais embarqué. Même chose pour Temps dur, cette série sur le milieu carcéral masculin avec Robin Aubert et Patrice Robitaille, signée Jean Marc Dalpé, en 2004. Encore là, «génial» avaient écrit les chroniqueurs télé. Verdict du public : deux fois moins de téléspectateurs que Lance et compte : la reconquête. On pourrait aussi nommer Au nom de la loi, la série de Podz avec Patrick Huard, et plus récemment Série noire. On ne peut pas forcer un cœur à aimer.

À l’inverse, Entre chien et loup et L’auberge du chien noir ont été détestées par les chroniqueurs télé, sans que le public ne se laisse influencer. Celui-ci ne boude pas son plaisir non plus et suit massivement LOL, L’Échappée, Lâchés lousses et La poule aux œufs d’or, qui n’ont pas beaucoup d’adeptes chez la critique.

TVA croyait tellement aux Invisibles qu’il a commandé 24 épisodes, déjà tournés. La série a le temps de séduire de nouveaux adeptes, mais c’est plutôt mal parti.