L’équipe du «Dernier soir» pilotée par Monic Néron ne prétend pas faire le travail de la police, mais espère pouvoir faire rouvrir l’enquête sur le meurtre des jeunes Diane Déry et Mario Corbeil en 1975.

«Le dernier soir»: la vérité, 44 ans plus tard?

CHRONIQUE / Qu’est-il arrivé pour que Diane Déry et Mario Corbeil, tous deux âgés de 13 et 15 ans, soient tués lâchement alors qu’ils se baladaient en motocyclette à Longueuil? Ce faits divers remontant à 1975 fera l’objet d’une série documentaire, «Le dernier soir», une grande enquête signée Monic Néron, dont les six épisodes d’une heure seront disponibles sur l’Extra ICI Tou.tv au début du mois de juillet.

Monic Néron, qui couvrait les affaires judiciaires à l’émission de Paul Arcand au 98,5 à Montréal jusqu’à tout récemment — elle est actuellement en congé de maternité —, ne connaissait pas l’histoire de ce double meurtre. Ce soir du 20 mai 1975 à Longueuil, les deux voisins de 13 et 15 ans roulaient en motocyclette sur un sentier très souvent emprunté par les jeunes des environs. Ce sera le dernier soir où leurs parents les ont vus. Les deux jeunes ont été retrouvés le lendemain matin, criblés de balles qui provenaient d’une arme de chasse.

Comme c’est souvent le cas dans ce genre de séries, on prétend que l’enquête policière a été bâclée et que les autorités n’ont pas tout mis en œuvre pour désigner le ou les coupables. C’est là que l’équipe d’enquête intervient, 44 ans plus tard, pour tenter de faire la lumière sur cette affaire.

Il y a deux ans, Monic Néron rencontrait le producteur de Deuxième chance pour parler de son projet. L’émission de Patrick Lagacé et Marina Orsini, dont elle était une fidèle, est reconnue pour son équipe de recherchistes du tonnerre, un atout essentiel pour une enquête comme celle-ci. L’équipe du Dernier soir a donc obtenu la collaboration des parents des deux victimes, une opération délicate, vous vous en doutez bien. Elle ne prétend pas faire le travail de la police, mais espère pouvoir faire rouvrir l’enquête. À coup sûr, la série apportera des éléments nouveaux qui pourraient changer le cours des choses. «Ce que la police en fera, ça ne nous appartient pas», précise le producteur Guillaume Lespérance chez A Média. Productrice au contenu et scénariste de Deuxième chance, Manuelle Légaré souligne qu’on n’a pas voulu créer de faux espoirs chez la famille ni leur promettre quoi que ce soit. «On n’est pas là pour mettre des menottes à personne. Mais on leur a dit qu’ils auraient plus d’infos que ce qu’ils avaient déjà.» 

Vous devinez qu’une telle entreprise ne fera pas l’affaire de tout le monde. Monic Néron raconte que certaines personnes étaient très mécontentes de la voir arriver avec son équipe. «On a l’impression qu’il y a des gens qui aimeraient que cette histoire soit oubliée», affirme Guillaume Lespérance. Dans la bande-annonce, très accrocheuse, on apprend que le nom d’un suspect circulait à l’époque. Allergique aux reconstitutions, Le dernier soir évoquera les faits avec des images d’archives, sans avoir recours à des comédiens.

L’équipe ne s’en cache pas : les séries du genre de Making A Murderer, qui obtiennent tant de succès sur Netflix et qui relancent des enquêtes qu’on croyait enterrées, servent de modèles. On nous promet qu’à la fin de chaque épisode, on voudra voir le prochain. D’ailleurs, Le dernier soir n’est pas le seul docu-réalité du genre au Québec, puisqu’il arrive après que le Club illico eut annoncé l’automne dernier Meurtriers sur mesure, une série documentaire de sept épisodes, portant sur deux hommes emprisonnés durant 10 ans par erreur pour le meurtre d’une jeune fille de 14 ans à Val-d’Or. Cette série doit voir le jour au cours de la prochaine saison.

Avec sa collègue Émilie Perreault, Monic Néron a aussi dans ses cartons un projet de documentaire sur le traitement des agressions sexuelles par le système judiciaire, intitulé La parfaite victime. Le duo avait obtenu les confessions de 10 femmes, à la base de l’affaire Rozon.

Diane Déry (photo) et Mario Corbeil, deux jeunes voisins partis se balader en moto le soir du 20 mai 1975 à Longueuil, avaient été retrouvés le corps criblé de balles, le lendemain matin.
Mario Corbeil