Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Le nouveau commandant a l'intention de mettre aux pas ses détectives, une gang de mésadaptés brouillons et dissipés malgré leur efficacité. Sur la photo: Mylène Mackay, Fayolle Jean Jr., Mickaël Gouin, Bianca Gervais, Louis Champagne et Guy Jodoin.
Le nouveau commandant a l'intention de mettre aux pas ses détectives, une gang de mésadaptés brouillons et dissipés malgré leur efficacité. Sur la photo: Mylène Mackay, Fayolle Jean Jr., Mickaël Gouin, Bianca Gervais, Louis Champagne et Guy Jodoin.

Escouade 99: Patrick Huard défend son casting

CHRONIQUE / «Ceux qui sont là, ce sont les meilleurs que j'ai trouvés pour chacun des personnages.» Réalisateur d'Escouade 99, l'adaptation de Brooklyn Nine-Nine resituée à Québec, Patrick Huard prend sur ses épaules le choix de deux actrices blanches pour des rôles initialement joués par des Latino-Américaines. La décision a soulevé bien des questions sur la diversité dans nos séries, notamment de la part de Melissa Fumero, actrice la version originale, qui s'est exprimée sur Twitter.

En conférence de presse virtuelle mercredi à l'occasion de la sortie de la série dès aujourd'hui sur le Club illico, Patrick Huard n'a pas attendu les questions avant d'aborder de front la controverse. On le sent très sensible sur cette question. «On l'a fait avec notre cœur, personne n'avait de mauvaises intentions», assure le réalisateur, qui n'avait encore jamais commenté l'affaire publiquement. «Chose certaine, il n'y a pas eu de white washing», dit-il, fier de la série qu'il présentait aux médias.

Huard explique que la composition d'un casting comporte de multiples défis, dont ceux de représenter un Québec crédible et de créer une cohésion entre les acteurs. «Nos choix ne sont pas toujours cohérents avec les attentes des gens», admet celui qui n'avait pas réalisé depuis 10 ans. Vous ne l'entendrez pas dire qu'il regrette son choix, ou qu'il ferait les choses autrement si c'était à refaire. «Ne me demandez pas de renier mon cast, je les aime comme mes enfants et je vais les défendre», dit-il, considérant avoir procédé aux auditions de la manière la plus rigoureuse qui soit.

À ce titre, on l'a vu sortir ses griffes, la gorge nouée, en dénonçant la façon odieuse dont ont été traitées les deux comédiennes, Bianca Gervais et Mylène Mackay, envahies de messages haineux alors qu'elles n'y sont pour rien et qu'elles n'ont fait que leur travail. «Ça, je ne l'accepte pas. Je suis prêt à écouter ce que les gens ressentent par rapport aux choix qu'on a fait et que j'assume complètement. […] Mais ces personnes ne méritent pas de se faire insulter, de se faire menacer physiquement. Ça ne fait rien avancer et c'est socialement inacceptable», a-t-il martelé, à raison.

La direction de TVA le dit et le répète: Escouade 99 n'est pas un remake mais une adaptation, destinée aux novices. «Ceux qui ont vu la version originale, je ne peux que les décevoir. Je m'adresse aux millions de Québécois qui ne connaissent pas la série», admet d'emblée Patrick Huard, devançant les inévitables comparaisons des amateurs déçus.

Bien qu'elle reprenne les scénarios d'origine, la série aura sa touche bien québécoise, parce que nous sommes différents des Américains à bien des égards. «Notre oreille humoristique n'est pas la même que la leur. Le niveau de jeu, le montage, les looks, on a moins ça dans l'oeil. On s'attend à un niveau de jeu plus proche de la vérité, on ne tripe pas tant sur les décors, on préfère les lieux réels. On aime les pauses, on aime les silences au Québec.»

Pourquoi refaire quelque chose qui a déjà été fait ailleurs? Les Français croient encore qu'Un gars, une fille a été créée en France, le plus beau compliment qu'ait pu recevoir la production. Ça signifie que le sujet de base est universel et que l'adaptation a atteint son but, sans dénaturer le produit. Je préfère bien sûr qu'on crée nos propres histoires, mais je ne rejette pas d'emblée une adaptation, si elle est bien faite.

Alors que d'autres séries se déroulent à Québec sans y avoir été tournées, celle-ci, produite par ComediHa!, a bel et bien planté ses caméras dans la capitale. On veut montrer autre chose que le Château Frontenac. «Le Québec qu'on montre n'est pas celui des touristes mais celui des résidents», précise le réalisateur. Pour mieux coller à notre réalité, le texte est assorti de références québécoises, d'une réplique du film De père en flic – «Habite tes testicules!» – aux paroles de la chanson Quand on se donne de Francis Martin. Pour le reste, l'oeuvre demeure très fidèle à la série originale.

L'histoire commence alors que l'équipe du poste de police #99 accueille un nouveau commandant, Raymond Célestin (Widemir Normil), beaucoup plus sévère que son prédécesseur, et qui a l'intention de mettre aux pas ses détectives, une gang de mésadaptés, brouillons et dissipés malgré leur efficacité. Le pitre en chef s'appelle Max Lemieux (Mickaël Gouin), un ado attardé jamais sérieux et qui n'a surtout pas l'air d'un détective. Autour de lui, une galerie de personnages hétéroclites, dont l'ambitieuse Fanny Lizotte (Mylène Mackay), qui fait tout pour impressionner le commandant, Charles Lépine (Guy Jodoin), le nerd du poste, savant mais maladroit, et Rosalie Boucher (Bianca Gervais), dure à cuire, mystérieuse et qui ne s'en laisse pas imposer. Un détestable personnage vient leur empoisonner l'existence, le lieutenant Bourgault, surnommé le Vautour, des Crimes majeurs, terriblement arrogant avec l'équipe – «ciao, les losers!» –, sexiste de surcroît, et joué avec mordant par l'humoriste Olivier Martineau. Les habitués, qui connaissent le personnage du voleur de Pontiac, le verront cette fois repris par Mehdi Bousaidan.

Si on a biffé la présence latine de l'histoire, on a conservé les personnages noirs, ici d'origine haïtienne. Lorsque le commandant s'adresse à son lieutenant Jeff Bourjoly (Fayolle Jean Jr.), il lui parle souvent en créole. Escouade 99 est une comédie très physique, tirant sur la bande dessinée, où le burlesque et le slapstick se mêlent aux enquêtes. Un genre qu'on exploite très peu au Québec. Guy Jodoin peut aussi bien finir dans la chute à déchets qu'étendu dans un présentoir de fromages à l'épicerie. Son imitation du vautour est particulièrement hilarante.

Escouade 99 souffrira-t-elle de la comparaison avec Brooklyn Nine-Nine? Chez les initiés, sûrement; chez les autres, j'en doute, la comédie américaine n'est pas si connue au Québec. Pour ma part, il me faudra plus de deux épisodes pour mieux cerner les personnages, particulièrement les rôles féminins, et pour m'adapter au ton, très américain malgré l'adaptation. On verra avec l'usage, mais pour l'instant, c'est gros et pas toujours drôle.

À propos de la diversité, la production n'a certainement pas agi de mauvaise foi, mais je pense encore qu'elle aurait dû minimalement recevoir en auditions des actrices d'origine latine. Il y en a, elles existent, mais on ne les voit pratiquement jamais. Le talent de Bianca Gervais et Mylène Mackay n'est pas remis en cause ici, on a maintes fois souligné leurs qualités. C'est plutôt que l'origine de ces deux personnages a beaucoup d'importance dans l'oeuvre originale. Avoir retenu l'origine des rôles haïtiens mais pas celle des latinas reste inexpliqué.

Et ne venez pas me dire que ça n'existe pas, «une police mexicaine». Ne venez pas me dire non plus que vous n'avez jamais croisé une personne originaire d'Amérique latine dans les rues de Québec. Ça existe aussi. Et ça devrait exister encore plus dans notre télé. L'affaire aura au moins eu ça de bon: soulever une question importante.

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