La danseuse de 19 ans de Charlesbourg vient de passer plusieurs mois à Los Angeles, où elle a décroché une apparition dans une production de Netflix, Julie and the Phantoms, prévue pour 2020.

Énola: jamais deux sans trois

CHRONIQUE / Imaginez un instant : vous participez à un concours prestigieux qui sélectionne 40 finalistes, mais vous finissez... au 41e rang. C’est arrivé le 20 octobre dernier à Énola Bédard, originaire de Charlesbourg, qui venait pourtant de briller à l’émission Révolution, parmi d’autres étoiles.

Les réactions des maîtres après sa prestation singulière sur la chanson Ta reine, de l’artiste belge Angèle, laissaient réellement croire à une victoire. «C’est sûr que ça a été une déception, un choc. Surtout que j’avais vraiment suivi les conseils des maîtres en travaillant sur ma révolution. Je me suis dit: ‘‘qu’est-ce que je dois faire de plus?’’ On met tellement d’effort là-dessus; pour les deux prestations, je me suis entraînée durant trois mois, à raison de cinq heures par jour. C’était comme les Olympiques pour moi», m’a confié la danseuse d’à peine 19 ans, déçue sans être amère.

Énola en était d’ailleurs à sa deuxième participation à l’émission de TVA, ayant pris part à la première saison à l’automne 2018. L’égérie de l’émission, Sarah-Jeanne Labrosse, l’a mise au défi de revenir dans une éventuelle troisième saison. Jamais deux sans trois? «J’ai reçu beaucoup de messages de gens frustrés que je n’aie pas gagné. Je n’ai presque pas le choix de revenir», répond la jeune femme, qui avoue d’emblée avoir une préférence pour un maître en particulier. «C’est Larry! En regardant ma prestation, il avait essayé de voter pour moi à la première ronde, mais son frère [Laurent, des Twins] l’en a empêché.» Une scène qu’on a vue clairement à l’écran, et qui n’a pas échappé aux téléspectateurs qui souhaitaient la voir en finale. Mais voilà, les Twins, qui ne valent à eux deux que pour un seul vote, doivent s’entendre. «Quand j’ai été éliminée au ballottage, Larry voulait vraiment que je passe», me dit Énola.

Si sa participation à Révolution ne lui a pas donné le statut de Yoherlandy ou de Team White, finaliste et duo gagnant de l’an dernier, elle n’aura pas été vaine pour autant. Elle est allée se perfectionner à Los Angeles, sans savoir qu’elle y décrocherait une apparition dans une production de Netflix, Julie and the Phantoms, prévue pour 2020. C’est par l’entremise du chorégraphe Paul Becker, qu’elle connaissait déjà, qu’Énola a pu passer une audition et faire sa place dans cette production comme danseuse, dans le rôle d’une cheerleader. «Nous répétons depuis un mois pour deux jours de tournage. J’ai vraiment hâte de voir le résultat. Je vis un peu mon rêve, c’est mon premier véritable emploi en tant que danseuse professionnelle», affirme Énola, que j’ai jointe à Vancouver, alors que s’achevait le tournage. Inspirée d’une série jeunesse brésilienne, Julie and the Phantoms est réalisée par Kenny Ortega, aussi chorégraphe, à qui l’on doit notamment la trilogie High School Musical. Une jeune fille y développe une passion pour la musique et apporte son soutien à trois fantômes.

Énola Bédard a commencé à 13 ans à l’école Danse Attitudes à Québec, en prenant part à des compétitions de hip-hop et de jazz contemporain. Puis, à 15 ans, elle a voulu se démarquer en solo et trouver son propre style, un défi dans son domaine. «Ce dont je suis le plus fière, c’est que je réussis à me différencier des autres, parce que j’ai toujours plein d’idées. Ça donne des résultats bizarres, comme ma première prestation [elle incarnait un étrange personnage vert]. Faire toujours les mêmes sauts, ça peut être impressionnant, mais ce n’est pas original pour moi.»

Comme on l’entend souvent, il est difficile pour un danseur de faire carrière sans sortir du Québec; les emplois ne sont pas si nombreux chez nous. Avant Révolution, Énola était apparue dans le sketch «Bollywood», parodie de Justin Trudeau sur la légalisation du cannabis, au Bye Bye 2018, puis à En direct de l’univers, au Tricheur et dans LOL :-). De là l’intérêt d’Énola pour Los Angeles, où elle a déjà passé plusieurs mois. Son objectif du moment : obtenir son visa pour travailler aux États-Unis, ce qui n’est pas une mince tâche. Et retrouver sa famille à Québec, qu’elle n’a pas vue depuis des mois.

Au fait, Énola, ça vient d’où? D’un personnage du film Un monde sans Terre, qu’avaient vu ses parents chacun de leur côté, et qui les avait visiblement marqués. Un joli prénom aussi unique et singulier que le style et le talent d’Énola, qui la mèneront peut-être très loin.