L’auteure Michelle Allen, le réalisateur Éric Tessier et le producteur Louis Bolduc s’attaquent cette fois à l’exploitation sexuelle des jeunes filles avec Fugueuse.

Dans l’engrenage de Fugueuse

CHRONIQUE / Fugueuse, la nouvelle série de TVA, illustre bien comment tout peut basculer du jour au lendemain pour une adolescente au portrait familial presque parfait. L’œuvre de 10 épisodes d’une heure, sur l’exploitation sexuelle des jeunes filles, affrontera Les pays d’en haut le lundi à 21h, dès le 8 janvier 2018.

TVA souhaite faire œuvre utile avec ce sujet très d’actualité, comme il l’a fait pour les jeunes et l’alcool au volant avec Pour Sarah, du même trio, composé de l’auteure Michelle Allen, le réalisateur Éric Tessier et le producteur Louis Bolduc chez Encore Télévision. Fugueuse, une idée originale de Québecor Contenu, risque en effet d’interpeller bien des gens, particulièrement les parents d’adolescentes, et de provoquer des discussions dans les chaumières. Parce que ça peut arriver à tout le monde.

Pas besoin de vivre une situation familiale difficile pour être attiré par ce que font miroiter les prédateurs aux victimes. Fanny (Ludivine Reding), 16 ans, vit avec sa famille dans une maison de banlieue, avec son père Laurent (Claude Legault), sa mère Mylène (Lynda Johnson), son frère Mathias (David Poirier) et sa petite sœur Anabel (Mayssa Resendes). Une famille normale, qui n’a ni plus ni moins de problèmes que les voisins.

Mais Fanny veut plus. Plus d’argent, plus de liberté. Quand les sous lui manquent pour accompagner son chum Fred et ses deux meilleures amies à New York, la frustration s’empare d’elle. Son adorable grand-mère Manon (Danielle Proulx) accepte de lui prêter l’argent, mais son père le lui refuse catégoriquement. Par un concours de circonstances, Fanny décide de quitter sa chambre, alors plongée dans un monde attirant, les belles fringues, les beaux gars, les belles voitures, le traitement VIP.

Contrairement au cliché, le «pimp» de Fugueuse n’est pas issu d’une communauté culturelle, ne fait pas partie d’un gang de rue, mais est plutôt un Québécois de race blanche. Pour interpréter ce Damien, un musicien qui attire Fanny dans ses filets par des moyens insidieux, on a choisi Jean-François Ruel, du groupe Dead Obies, justement parce qu’il est musicien et rappeur, comme son personnage. Dans son premier rôle à l’écran, Ruel est ma foi très convaincant en manipulateur au charisme indéniable.

C’est une fille qui attirera Fanny dans les filets du beau Damien. «Le recrutement se fait plus par des femmes», a observé Michelle Allen au cours de ses rencontres avec des policiers, des éducateurs et des victimes. Vous verrez qu’il suffit de très peu de choses, les plus banales, pour qu’une jeune fille mette le doigt dans l’engrenage de l’exploitation sexuelle.

La direction photo a été confiée à Pierre Gill, qui a notamment travaillé sur Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. À la réalisation, Éric Tessier dit avoir opté pour une approche inspirée du documentaire. Ludivine Reding, qu’on avait vue jusqu’ici dans des rôles secondaires, hérite du personnage principal et porte en grande partie la série sur ses épaules, présente sur 49 des 54 jours de tournage. Son jeu mêle naïveté, vulnérabilité et désir de liberté. L’auteure souhaitait qu’on y reste attaché, malgré toutes ses mauvaises décisions, et elles seront nombreuses. C’est assez réussi, même si on la trouve un peu enfant gâtée par moments.

Mais malgré ses qualités, Fugueuse a moins d’attrait que Pour Sarah, du moins au départ. Alors que dans la précédente série, on se sentait happé dès le début par un suspense soutenu, Fugueuse met plus de temps à s’installer. Le premier épisode est longuet, même si l’auteure nous donne quelques bribes de ce qui se passera quatre mois plus tard. L’action démarre vraiment au deuxième épisode, alors qu’on sent tout le contraste entre la vie tranquille de l’adolescente de banlieue et cette nouvelle existence qui l’attend, en apparence excitante et rêvée. Commence alors un calvaire pour la famille de Fanny, inquiète de son absence, et complètement impuissante.

Malgré ces réserves, Fugueuse est une série nécessaire, qui n’adopte jamais un ton pédagogique, mais éveille à une réalité trop répandue.

PAS DE RÉVOLUTION POUR STEVE BOLTON

Le chorégraphe Steve Bolton, qui devait composer le jury de la nouvelle émission de danse Révolution avec Lydia Bouchard et Jean-Marc Généreux, a dû quitter la production. Québecor Contenu et Fair-Play, qui coproduisent l’émission prévue l’automne prochain à TVA, ont été informés par l’Union des artistes d’une vingtaine de plaintes de harcèlement psychologique à son endroit, et l’ont invité à se retirer du projet. Mardi, La Presse+ dévoilait plusieurs témoignages d’artistes alléguant avoir été victimes de ses méthodes. Sur sa page Facebook, Steve Bolton affirme avoir déjà levé la voix et s’être montré insistant, mais ne jamais avoir fait preuve de harcèlement psychologique. «Je pense qu’il faut éviter à tout prix de confondre fermeté et harcèlement. Et j’ai confiance que les gens sauront faire la part des choses», écrit-il. Steve Bolton a notamment contribué au succès québécois des comédies musicales Footlose et Mary Poppins, et a œuvré à l’émission America’s Best Dance Crew.