Certains utilisateurs des médias sociaux estiment que la victoire d'Alessia Cara est injuste puisque la carrière de la chanteuse pop est déjà bien établie.

Révélation de l'année aux Grammys: Alessia Cara répond aux critiques

TORONTO — La chanteuse canadienne Alessia Cara se défend après avoir essuyé des critiques au sujet de sa victoire à la cérémonie des prix Grammy dans la catégorie de la révélation de l'année.

Certains utilisateurs des médias sociaux estiment que sa victoire est injuste puisque la carrière de la chanteuse pop est déjà bien établie.

Des observateurs ont écrit que le trophée aurait dû être remis à la chanteuse R&B SZA, qui était aussi nommée dans la catégorie aux côtés de Julia Michaels, Khalid et Lil Uzi Vert.

Alessia Cara a répondu aux critiques sur son compte Instagram, notant qu'elle n'avait pas demandé à ce que son nom soit soumis dans la catégorie et qu'elle n'avait aucun contrôle sur le résultat.

L'Ontarienne a ajouté qu'elle avait «travaillé très fort» et qu'elle «n'allait pas être contrariée par quelque chose [qu'elle] voulait depuis [qu'elle] était enfant».

La jeune femme de 21 ans estime qu'«il y a un gros problème dans l'industrie qui appuie l'idée voulant que le talent et le travail acharné d'un artiste doivent laisser la place à la popularité et aux chiffres».

«Je ne laisserai pas tout ce pour quoi j'ai travaillé être diminué par des gens qui s'offusquent de mes réussites et qui ressentent le besoin de me dire à quel point je suis mauvaise», écrit-elle, sous une photo d'elle-même dans une pièce remplie de ballons.

«Voici un fait amusant. Je me crois mauvaise depuis que je suis assez vieille pour savoir ce que signifie être mauvaise. Je vous ai devancés. Et c'est pourquoi cela est si important pour moi.»

La chanteuse derrière les succès Scars to Your Beautiful et Stay ajoute que malgré ses nombreux doutes, on lui a démontré que son travail «vaut quelque chose».

«Toutes ces années où j'ai cru que je n'étais bonne à rien ou que j'étais naïve de rêver à une chose improbable se sont révélées payantes d'une façon que je n'ai toujours pas réalisée», peut-on lire.

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PEU DE GAGNANTES

La chanteuse canadienne Alessia Cara a été la seule femme à l'emporter dans l'une des catégories majeures aux Grammy, et moins du quart des 84 trophées remis dimanche sont allés à des femmes ou des groupes incluant une femme.

Mais ce sont des commentaires prononcés en coulisses par le président de la Recording Academy qui ont véritablement enflammé les critiques, qui considèrent que le gala de cette année n'est qu'une preuve supplémentaire de l'écart entre les sexes qui prévaut dans l'industrie.

Neil Portnow a déclaré aux journalistes après le gala, dimanche, que les femmes «doivent renforcer leurs efforts parce qu'elles seraient bien accueillies».

Cette déclaration voulant que les femmes ne fassent pas suffisamment d'efforts dans l'industrie de la musique a provoqué de la frustration chez Aerin Fogel, organisatrice du festival féministe torontois Venus Fest. Elle n'est toutefois pas surprise de constater que l'on attribue aux femmes elles-mêmes la responsabilité du peu de place que leur laisse l'industrie.

D'une certaine façon, croit-elle, ce qu'il a dit «représente un enjeu plus grand dans l'industrie de la musique, et dans la majorité des industries».

Barbara Hannigan admet avoir été élevée dans un monde où les femmes chefs d'orchestre étaient placées dans une boîte.

Barbara Hannigan, l'une des femmes ayant remporté un Grammy cette année, n'a pas nécessairement fait face à des obstacles en tant que femme à ses débuts dans l'industrie. En tant que soprano, la chanteuse de la Nouvelle-Écosse n'avait que des femmes comme rivales lorsqu'elle voulait du travail.

«Puis, je suis devenue chef d'orchestre et soudainement, je me retrouvais dans un domaine dominé par les hommes et on a commencé à me poser plein de questions sur mon genre», a expliqué celle qui a remporté cette année le Grammy du meilleur album solo classique.

«Je ne veux pas être considérée comme une chef d'orchestre féminine, je veux seulement être une musicienne. Dès que quelqu'un ajoute le mot "féminine" à mon titre, il attire immédiatement l'attention sur mon sexe, ce que je trouve plutôt frustrant.»

Barbara Hannigan souligne que ses priorités demeurent la création de musique du plus haut calibre possible, mais elle admet avoir été élevée dans un monde où les femmes chefs d'orchestre étaient placées dans une boîte.

«Pour une certaine raison, il semblait tout à fait approprié pour une femme de diriger une chorale», mais pas un orchestre, note-t-elle.

Bien qu'elle ne se concentre pas sur son genre, Barbara Hannigan reconnaît qu'elle fait partie d'un petit groupe de femmes chefs d'orchestre. Elle s'est souvenue de ce fait lors d'un récent concert donné devant quelques milliers d'adolescents, dont plusieurs avaient été peu exposés à la musique classique.

«C'est extraordinaire parce qu'ils sont assis dans la salle et ils ne trouvent pas étrange de voir une femme sur l'estrade.»

«Je crois qu'il est important d'avoir un dialogue. Mais ce qui importe encore plus est de regarder ce que je fais et la façon dont je le fais.»