Après 16 ans de pause, Michel Caron et Paulyn Lacroix ont réactivé leur duo de guitares, désormais enrichi d'un bouzouki irlandais.

Retrouvailles à vingt doigts

Ils n’avaient pas joué ensemble depuis 16 ans. Mais cette fois, assurent-ils, c’est reparti pour ne plus arrêter. Les guitaristes Michel Caron et Paulyn Lacroix, après deux fructueuses périodes de collaboration musicale (de 1982 à 1987, puis de 1997 à 2001), ont recréé leur tandem au printemps de l’an dernier, pour renouer avec le plaisir de jouer ensemble, retrouver leur public et développer un nouveau répertoire. Avec désormais le bouzouki irlandais de Paulyn dans leur arsenal, ils comptent explorer davantage l’univers des musiques du monde.

« Nous ne nous sommes jamais perdus de vue pendant tout ce temps, précise Paulyn Lacroix. Nous partagions des repas ensemble toutes les semaines, mais avec mes multiples engagements et projets [Paulyn Lacroix a une douzaine d’albums à son actif, dont deux en solo et d’autres au sein de formations comme Le bal à l’huile et Boussacc] et Michel qui enseignait la musique à temps plein au Cégep de Sherbrooke, c’était difficile. Je suis maintenant retraité de l’enseignement, Michel est toujours professeur mais il est moins occupé aujourd’hui. »

« Il faut dire que nous étions un peu restés sur notre faim après notre deuxième pause, poursuit Michel Caron. Nous trouvions que nous aurions pu jouer davantage. Maintenant, nous pouvons faire ce que nous n’avons pas pu faire il y a 20 ans. Nous avons plus de disponibilité... et plus de maturité musicale aussi. L’écoute mutuelle est meilleure. »

« Ni Michel ni moi n’avons arrêté la guitare durant toutes ces années. Nous avons plus de temps pour répéter. Alors les doigts sont là! Et comme nous sommes des amis depuis 35 ans, nous n’avons plus besoin de trop nous expliquer pour l’interprétation. Chacun a fini par bien connaître le jeu de l’autre. Les nuances passent par un regard ou une respiration », ajoute Paulyn Lacroix.

Tous deux se souviennent de leurs débuts, quand il arrivait que l’un termine trop tôt ou trop tard. « Je disais alors à Michel : c’est pas parce que tu as fini avant moi que tu as gagné! » lance Paulyn Lacroix dans un éclat de rire.

Même professeur

Les deux guitaristes se sont connus parce qu’ils ont eu le même professeur à l’Université de Montréal, Peter McCutcheon. Originaire de Laval, Michel Caron terminait ses études au moment où Paulyn Lacroix, qui vient de Weedon, débarquait dans la grande ville pour commencer les siennes. Le premier a décroché un poste au Cégep de Sherbrooke et s’est transplanté en Estrie.

« Et Paulyn a demandé la permission de roder son concert de fin de baccalauréat à la salle Alfred-DesRochers, raconte Michel Caron. Après sa prestation, je suis allé lui demander s’il aimerait jouer en duo. »

C’est toutefois lors de leur deuxième période de collaboration que le tandem a fait paraître ses deux albums : Adeus (1998) et Danza de la seduccion (2001). Des disques qui ont eu un retentissement rare pour le créneau. Pendant près de 20 ans, les deux interprètes tombaient sur leurs propres morceaux en syntonisant les principales stations de radio classiques, dont CJPX et Radio-Canada.

« On pourrait presque dire qu’on a fait davantage carrière sur disque que sur scène. Il y avait à l’époque une émission intitulée Rayon musique et nous avons été dans le Top 5 pendant dix semaines! C’est un vrai cadeau de la vie, ça! Il y a quelques années encore, alors que j’écoutais la radio dans ma voiture, j’entends une pièce qui me rappelle quelque chose... jusqu’à ce que je m’aperçoive que c’était nous! J’avais complètement oublié avoir enregistré ce morceau! » rapporte Michel Caron avec le sourire.

Faire le pont

Les années à venir s’annoncent tout de même différentes pour le duo Caron-Lacroix. Les guitaristes veulent explorer davantage le créneau de la musique du monde. Leur premier concert de retrouvailles, sur le thème Cordes nomades, comportera quelques pièces classiques, pour faire le pont avec leur ancien répertoire, mais tous deux tomberont très vite dans la musique d’Amérique du Sud, d’Espagne, d’Europe de l’Est et d’Irlande.

« Nous avons fait des recherches et nous n’avons pas trouvé d’autre formation semblable, avec guitare et bouzouki. Nous créons donc quelque chose de particulier. C’est déjà innovateur d’utiliser le bouzouki irlandais comme soliste, parce que cet instrument sert plus souvent à accompagner. Il a une sonorité plus chaude, plus lyrique que la mandoline. Paulyn travaille extrêmement fort », souligne Michel Caron.

« Mais c’est Michel, en se chargeant de l’accompagnement, qui se tape les centaines de notes par mesure! Dans le fond, c’est lui qui fait l’orchestre! réplique Paulyn. Mais même avec le bouzouki, notre marque de commerce reste le duo de guitares. »

Vous voulez y aller?

Cordes nomades
Duo Caron-Lacroix
Dimanche 18 février, 15 h
Église Plymouth Trinity, Sherbrooke
Entrée : 35 $ (aînés : 30 $; étudiants : 15 $)