Les deux humoristes Pierre Verville et Daniel Lemire ont très bien su marier leurs univers respectifs.

Retour aux rires d’hier au spectacle de Lemire Verville

Un spectacle comme celui de Daniel Lemire et Pierre Verville est inévitablement empreint de nostalgie. Retrouver ces deux amis humoristes qui ont commencé leur carrière presque en même temps, qui ont même déjà eu un spectacle ensemble à leurs débuts, renouer avec les légendaires personnages de l’un et les étonnantes imitations de l’autre équivaut certes à retourner quelque 30 ans en arrière.

Mais c’est plus que ça. C’est aussi un retour à une époque où on ne recherchait pas le rire à tout prix, où quelques gags moins réussis au milieu de tous les autres, ce n’était pas la fin du monde. En cette ère de l’humour mitraillette et du « une ligne, une blague », l’ancienne philosophie du rire a quelque chose de reposant. On ressent davantage les contrastes par rapport à un humour constamment dans le tapis.

En tout cas, cette façon de concevoir les choses semble encore convenir à plusieurs : ils étaient au moins 1400 (et ils seront encore autant ce soir) au rendez-vous à la salle Maurice-O’Bready. Un auditoire à la moyenne d’âge certes plus élevée que celui de Mariana Mazza, si on se fie à la réaction un peu offensée à la blague de wet t-shirt pour aînés. Mais un public surtout friand d’un humour où les jeux de mots, l’ironie, la bêtise et les décalages ont préséance sur l’absurde et la vulgarité. Ce qui, d’une certaine façon, est rassurant.

La touche nostalgique est installée dès le départ, avec des photos de jeunesse des deux Sylvifrancs et même l’affiche de leur premier spectacle en duo, présenté, l’ont-ils rappelé, au défunt Théâtre Le Pigeonnier à Sherbrooke. Un spectateur s’est d’ailleurs vite empressé de crier qu’il y était.
« Vous étiez là? » a demandé Daniel Lemire. « Et vous êtes revenu? C’est gentil », a-t-il ajouté, secoué de rires, avant de se tourner vers Pierre Verville : « J’étais sûr qu’ils étaient tous morts. »

Trump chanté

Les deux humoristes ont très bien su marier leurs univers respectifs. Pour l’actualité, marotte de Lemire depuis toujours, pas de problème, puisque Verville y baigne aussi depuis qu’il fait partie des équipes d’Ici Laflaque et d’À la semaine prochaine. On passe ainsi de la politique à la température, en passant par l’immigration, les scandales sexuels et les déboires des transports aériens. Même Trump aura droit à son pot-pourri chanté par Piché, Fiori, Charlebois et Desjardins (tous imités par Verville, évidemment).

Mais les retrouvailles avec les légendaires personnages de Daniel Lemire (Oncle Georges, le crooner Alain Bélisle, Yvon Travaillé, Grippette Tremblay, Killer…) est un gros morceau. On ne les voit pas très longtemps, surtout Oncle Georges (il fallait diviser le temps de scène en deux), mais ils font encore leur effet.
Les meilleurs moments sont d’ailleurs le retour de Ronnie Dubé (incontournable en ces temps de légalisation du cannabis) rencontrant Claude Poirier et de Maurice, perpétuellement en sevrage de nicotine. Sa visite à la SAQ était à se rouler par terre.

Pierre Verville étonne aussi à plusieurs reprises, notamment par ses imitations de l’intense journaliste Richard Latendresse et de l’apathique Eddy Savoie des Résidences Soleil. Certaines (André Sauvé, Claude Dubois) étaient moins réussies, d’autres parachutées (Luc Plamondon), mais les blagues permettaient de rattraper.

Bref, une soirée réussie, par son humour plus doux et par la sympathie suscitée par ses deux maîtres d’œuvre