Avec le rôle d’Anémone dans Une autre histoire, Marina Orsini renoue avec le plateau d’une dramatique après une pause de cinq ans : « Je disais que cela ne me manquait pas et je le pensais vraiment, mais dès le premier jour de tournage, j’ai réalisé à quel point j’étais heureuse d’être là. »

Retour au jeu pour Marina Orsini

SHERBROOKE — La vie d’Anémone, personnage que Marina Orsini incarne dans « Une autre histoire », aurait aisément pu se retrouver au cœur d’une enquête de l’émission documentaire « Deuxième chance », que l’animatrice et comédienne copilote depuis trois saisons.

« C’est vrai, mais je pense qu’on aurait eu besoin de plus d’une émission pour faire le tour! » s’exclame l’actrice en riant.

Celle-ci endosse le rôle principal de la nouvelle série signée Chantal Cadieux (Providence, Mémoires vives), qui a l’habitude des intrigues tricotées en poupées russes, dans lesquelles une histoire en emboîte une autre.

« C’est vraiment une toile d’araignée, de la fine dentelle. C’est fou comme Chantal arrive à tisser une histoire avec autant de personnages qui ont différents liens entre eux. On sait certaines choses dès le départ, mais d’autres éléments vont se greffer au fil du temps », résume Marina.

Son personnage a fui une première existence marquée par la violence, en laissant derrière elle ses trois jeunes enfants. Sous une nouvelle identité, elle s’est reconstruit une vie, elle a rencontré un nouvel homme avec qui elle a eu trois autres enfants. Jamais elle n’a révélé à ses proches les lourds secrets de son passé. Mais voilà que le beau paravent risque de s’effondrer. Un diagnostic précoce d’Alzheimer, à 53 ans, vient ébranler l’équilibre d’Anémone et bouleverser la quiétude de son quotidien.  

Il y a une certaine ironie dans ce coup du sort : être atteinte d’une maladie qui affecte la mémoire alors qu’on a passé des décennies à tenter d’oublier de grands pans de sa vie. Une maladie qui a, en plus, la particularité de ramener ceux qui en souffrent dans les souvenirs de leurs premières années.

Évidemment que la mère de famille est chamboulée. N’empêche, elle encaisse le coup mieux que beaucoup d’autres ne le feraient.

« Je pense que c’est sa résilience qui s’exprime. C’est une femme qui en a vu d’autres, on va le découvrir au fil des épisodes. Mais bon, elle ressent quand même une certaine pression, une forme d’urgence. »

À demi-mot, on comprend que certains secrets en cachent d’autres, que la vie des uns et des autres s’imbrique peu à peu.

« Cette femme-là a eu deux vies, elle est à l’origine de deux clans, complètement différents, dont les trajectoires vont se croiser. C’est une série qui nous fait réaliser que la vie nous oblige parfois à faire des choix contre notre gré. Après ça, on plonge ou pas, mais d’une façon ou d’une autre, il faut composer avec ce vécu-là qu’on n’a pas complètement choisi. La série met aussi en lumière cette possibilité-là qu’on a de se réinventer dans la vie, de se redéfinir. »

De l’humanité

Personnage central au cœur de toute l’intrigue, l’Anémone à qui Marina prête ses traits est touchante d’humanité. Thanatopractrice, elle s’investit dans sa vie de famille comme dans son travail : avec bienveillance.

« Tout part du scénario, et après, on imagine et on construit le personnage jusque dans les menus détails. Ça va jusqu’à définir comment cette femme-là s’habille, se coiffe, se tient, comment elle se sent, tout ce qu’elle a vécu, ces trucs-là. Avec l’autrice et la réalisatrice, on en discute, on décortique et on découvre tous les sous-textes. On intègre aussi les non-dits qu’on s’invente. Avec un personnage complexe comme celui d’Anémone, les possibilités sont nombreuses, le carré de sable est grand. C’est très riche comme univers, c’est un bonheur pour une actrice », dit celle qui n’avait pas foulé le plateau d’une série depuis cinq ans maintenant.

« Je disais que ça ne me manquait pas et je le pensais vraiment, mais dès le premier jour de tournage, j’ai réalisé à quel point j’étais heureuse d’être là. Le jeu, ça ne se perd pas. J’ai un grand plaisir à faire partie de ce projet-là. C’est une histoire à plusieurs couches, qui touche à des thèmes comme la résilience, la survivance, la capacité qu’on a de se réinventer. Et ça m’amène dans des zones que je n’avais pas explorées jusqu’ici. J’ai déjà baigné dans le milieu hospitalier au fil de ma carrière, parce que j’ai incarné des personnages de chirurgienne et de médecin, mais l’univers des salons funéraires, c’est une première. C’est un lieu assez fermé et secret, au fond. Les gens qui y travaillent sont souvent extrêmement discrets. J’ai trouvé rassurant de voir leur façon d’œuvrer, le code d’éthique qu’ils respectent. »

Pour composer son personnage avec vérité, Marina Orsini a notamment rencontré une femme de 46 ans qui a reçu un diagnostic d’Alzheimer il y a trois ans.

« Elle m’a généreusement ouvert les portes de son quotidien. C’est un grand privilège d’entrer ainsi dans la vie de quelqu’un. Je l’ai accompagnée pendant une journée. J’ai rencontré son amoureux, son médecin. C’était très chavirant. Au retour, dans ma voiture, j’étais bouleversée. Ma belle-mère a la maladie d’Alzheimer, mais elle a 91 ans. Ce ne sont évidemment pas les mêmes enjeux qu’on rencontre lorsqu’on reçoit un diagnostic dans la quarantaine ou la cinquantaine. » 

Double deuil

En décembre dernier, Marina a tourné la dernière émission de la quotidienne matinale qu’elle pilotait à Ici Télé depuis quatre ans. 

« C’était une journée très émouvante, on a un deuil à faire. Mais c’est ça, notre métier. On n’est jamais à l’abri. Le diffuseur aimait beaucoup ce qu’on proposait, mais il avait des choix à faire. Et pour toutes sortes de raisons, il a choisi de se concentrer sur les séries. Je le comprends et je respecte ça », dit celle qui a aussi appris cet automne que Deuxième chance, qu’elle copilotait avec Patrick Lagacé, ne connaîtrait pas de quatrième saison. 

« On va diffuser la troisième saison cet hiver, les samedis à 20 h. Je suis convaincue que cette émission-là a contribué à faire de tous ceux qui œuvraient sur ce plateau de meilleures personnes. J’ai été profondément touchée par plusieurs histoires sur lesquelles on a travaillé. J’adorais la façon dont on traitait les sujets, à la façon d’un documentaire, en se tenant loin du sensationnalisme. »