Danse Lhasa danse

Rentrée culturelle de l’hiver 2020 : dégels ponctuels à la pelle

Cela vaudra encore la peine d’affronter neige, noroît, tempêtes et froids intenses en hiver 2020 pour s’offrir quelques dégels culturels le temps d’une soirée. Les diffuseurs de l’Estrie ont à nouveau préparé des dizaines de rendez-vous qui valent la peine de se mesurer aux intempéries de janvier, février, mars et peut-être avril si le printemps se faire encore attendre. Voici quelques suggestions si jamais cocher d’avance les cases du calendrier fait partie de votre préparation psychologique à sortir votre pelle pour voler au-devant de la musique, du théâtre, de la danse, du cirque et de l’humour.

›   DANSE

  • Danse Lhasa danse, PPS Danse, Mardi 28 janvier, Salle Maurice-O’Bready

Déjà dix ans que Lhasa de Sela nous a quittés, à seulement 37 ans, alors qu’elle était encore si lumineuse pour tous ceux et celles qui la connaissaient ou aimaient sa musique. Le chorégraphe Pierre-Paul Savoie est l’une de ces personnes qui, sans avoir rencontré l’artiste emportée par un cancer du sein le 1er janvier 2010, ont été ébranlées par ses chansons. Avec l’aide de sept homologues invités, il a donné naissance à un spectacle hybride, présenté au Coup de cœur francophone en 2011. Une tournée québécoise a suivi, avec une halte au Théâtre Granada en novembre 2012. Une décennie plus tard, et 30 ans après la fondation de PPS Danse, le créateur remet le spectacle sur la route. Alexandre Desilets, Bïa, Geneviève Toupin et Karen Young, qui étaient de la première mouture, sont de retour, entourés de sept danseurs suivant les pas de neuf chorégraphes différents, pour se partager l’interprétation de 23 chansons extraites du répertoire de Lhasa. En comptant les musiciens, ce seront 16 artistes qui évolueront sur scène.

  • Winterreise José Navas — Compagnie Flak, Mardi 24 mars, Salle Maurice-O’Bready
José Navas

Parlez-en à tous les diffuseurs : un spectacle de danse en solo, c’est toujours plus risqué. Le public craint parfois de s’ennuyer. Sauf qu’ici, c’est José Navas, qui vient danser l’hiver de sa vie, celle d’un homme seul, sur la musique de Winterreise de Franz Schubert (en compagnie notamment du pianiste sherbrookois Francis Perron). Ça vaut très certainement ce beau risque pris par le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke pour sa série Danse cette année.

› MUSIQUE

  • Une chance qu’on s’a, Jean-Pierre Ferland, Vendredi 31 janvier et samedi 1er février, Vieux Clocher de Magog
Jean-Pierre Ferland

Les occasions de voir le « Petit roi » sur scène ne sont plus aussi fréquentes qu’avant. Encore moins au Vieux Clocher de Magog, où Jean-Pierre Ferland n’a pas mis les pieds depuis belle lurette. À 85 ans, c’est un peu normal que le vénérable auteur-compositeur-interprète ait ralenti la cadence. Mais une prestation d’un soir en formule intime (deux musiciens et une choriste) dans la petite église d’un village lui a redonné le goût de repartir sans bagage en soute, pour revisiter avec le public les perles de son impressionnant catalogue, en se souvenant de la genèse de chacune d’elles. Le cliché « rendez-vous à ne pas manquer » n’a jamais été aussi pertinent.

  • La vie est un conte de fous, Lynda Lemay, Vendredi 7 février, Cabaret Eastman
Lynda Lemay

Une aura de mystère entoure le spectacle naissant de Lynda Lemay, La vie est un conte de fous, également chapeauté du segment de phrase Il était onze fois. « Sachez qu’il ne s’agit pas du titre de mon nouvel album! » précise la chanteuse sur son site internet. « C’est le titre du projet… Un projet que je vais vous dévoiler petit à petit au fil des semaines […]! Onze fois plus d’idées, onze fois plus de liberté, onze fois plus de folie, onze fois plus d’inspiration, onze fois plus de chansons. C’est un projet d’albums au pluriel. » Sur le site du Cabaret Eastman, lequel fait partie des quelques salles qui accueilleront cet hiver la nouvelle prestation en rodage (deux heures trente minutes sans entracte), on ajoute que « Lynda Lemay danse habilement sur le fil qui sépare le théâtre et le tour de chant ». Le spectacle sera truffé d’une majorité de chansons nouvelles, dans un décor rappelant le conte merveilleux, avec piano, guitares, saxophone et accordéon. Serez-vous un des premiers à découvrir la plus récente proposition de celle qui vient de franchir le cap des 30 ans de carrière?

  • Andrea Lindsay et Luc de Larochellière, Jeudi 20 février, Salle Maurice-O’Bready
Luc de Larochellière et Andrea Lindsay

Couple dans la vie et parfois en musique, Andrea Lindsay et Luc de Larochellière ont offert en octobre dernier un charmant deuxième disque en duo, S’il n’y avait que nous, sur lequel les papillons du premier album ont fait place aux montagnes russes de l’amour qui dure. Les deux chanteur partagent en effet leur vie depuis maintenant dix ans et sont parents ensemble d’un petit garçon de 3 ans. Avec deux opus en tandem, on peut présumer que les artistes amoureux puiseront largement dans leur répertoire commun, mais ce serait étonnant qu’ils n’en poussent pas quelques-unes de leur catalogue respectif.

  • Matt Holubowski. Vendredi 28 février, Théâtre Granada
Matt Holubowski

La carrière de Matt Holubowski a littéralement explosé avec la sortie de son deuxième album Solitudes en 2016. La conquête du public, au Québec comme ailleurs dans le monde, a été telle que l’on comprend que le chanteur de 31 ans n’ait pas attendu la sortie de son opus 3 pour se programmer une tournée, qui s’amorcera dès le 10 janvier. Il faut dire qu’il a passé l’essentiel de 2019 en retraite d’écriture et d’enregistrement, une de ses rares apparitions ayant été le spectacle de clôture du 40e Festival de jazz de Montréal. Sherbrooke sera une des premières villes visitées et on peut espérer que la nouvelle galette du finaliste de La voix en 2015 sera officiellement lancée d’ici là (la date n’a pas encore été annoncée). En attendant, il est possible se mettre le premier extrait Thoroughfare dans les conques.

  • Jacques Michel, Samedi 29 février, Vieux Clocher de Magog
Jacques Michel

Un autre artiste à attraper pendant qu’il en est encore temps, c’est Jacques Michel, lequel a osé lancer l’an dernier un album de nouvelles chansons, 37 ans après avoir laissé sa plume au repos. Le chanteur de 78 ans a repris goût à la scène en 2015 lorsqu’il a fait paraître un disque sur lequel il réinterprétait ses grands succès. C’est donc votre chance si vous avez envie d’entendre Amène-toi chez nous, Un nouveau jour va se lever et Pas besoin de frapper par leur auteur-compositeur plutôt que par Wilfred, Sylvain Cossette ou les Académiciens, mais aussi si vous souhaitez découvrir les plus récentes chansons d’un créateur toujours militant et engagé, encore prêt à dénoncer les dérives sociales, à tout quitter ou à reprendre le flambeau, en dépit d’une certaine nostalgie du passé. 

  • Kerson Leong joue Sibelius, Orchestre symphonique de Sherbrooke, Samedi 14 mars, Salle Maurice-O’Bready
Kerson Leong

En 2007, un tout petit Kerson Leong, alors âgé de seulement 9 ans, terminait avec la plus haute note des 328 jeunes participants de la finale du Concours de musique du Canada, laquelle se déroulait à Sherbrooke. Avec un résultat de 97 pour cent, le prodige d’Ottawa était reparti avec une bourse de 500 $. En 2012, à 15 ans, le violoniste était invité une première fois comme soliste à l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, puis à nouveau en 2018, cette fois avec le violoncelliste Stéphane Tétreault, pour le double concerto de Brahms. C’est maintenant à l’impressionnant Concerto pour violon de Jean Sibelius qu’il se mesurera lors de cette soirée entièrement consacrée au compositeur finlandais.

› THÉÂTRE

  • Nos cœurs remplis d’uréthane, Théâtre du Double Signe, Du 5 au 22 février, Théâtre Léonard-Saint-Laurent

La plus récente création d’André Gélineau, une « comédie acide » mise en scène par Jean-Simon Traversy, nous entraînera à nouveau sur des sentiers inquiétants, où des personnages affichant une certaine bizarrerie finissent par dévoiler une réalité pas forcément très joyeuse. Dans cette nouvelle création, un artiste-sculpteur nous accueille à son vernissage et nous présente des sculptures gothiques d’organes humains gonflés d’uréthane. À travers une série d’anecdotes personnelles, il révèle ses œuvres et, du même coup, quelques spécimens particuliers de son entourage... Ça vous cause un brrr? Il faut alors s’y rendre pour voir s’il est justifié! Sur scène, Joanie Guérin, Fayolle Jean fils, Jean-Philippe Perras, Clara Prévost et Anne Trudel.

  • Nelligan, Théâtre du Nouveau Monde, Mardi 17 mars, Salle Maurice-O’Bready

Trente ans après son inoubliable création avec Yves Soutière, Michel Comeau, Louise Forestier, Jim Corcoran et Renée Claude, l’opéra romantique Nelligan, de Michel Tremblay et André Gagnon, revit dans une mise en scène de Normand Chouinard, avec cette fois le talent des Dominique Côté et Marc Hervieux, qui joueront le jeune et le vieux Nelligan, Kathleen Fortin et Frayne McCarthy, dans le rôle des parents David et Émilie, Jean Maheux (le père Seers) et Linda Sorgini (Françoise). En comptant les musiciens, ce sont 18 artistes qui seront sur scène. Vous l’aurez deviné : cette nouvelle version est un des spectacles les plus attendus de l’hiver. Un classique de la dramaturgie québécoise qu’il serait dommage de rater.

  • Le Neuro-Show 2.0, Mardi 17 mars, Théâtre Granada
Patrick Quintal

Si vous vous ennuyez des créations théâtrales de Patrick Quintal depuis qu’il a laissé les rênes du Théâtre du Double Signe, sachez que l’artiste travaille sur un projet personnel qu’il espère faire aboutir en 2021. En attendant, on lui a confié l’écriture et la mise en scène du Neuro-Show 2.0, lequel sera encore en deux volets, comme lors de la première édition, en décembre 2018. La première partie aborde, de façon divertissante, ludique et fantaisiste, des thèmes reliés au siège de notre pensée, tels l’effet placebo et l’intelligence artificielle. Cette portion, constituée de courtes scènes, est jouée par deux comédiens professionnels et quatre comédiens amateurs, lesquels sont en réalité des chercheurs, chercheuses et scientifiques qui voulaient vivre ou revivre l’expérience des planches. La deuxième partie se fait sous forme de discussion-conférence. L’idée, c’est de raconter le cerveau non pas dans sa fascinante complexité, mais dans toute son humanité. De l’anti-Découverte, quoi! C’est le Centre d’excellence en neurosciences de l’Université de Sherbrooke qui est derrière l’initiative.   

› Humour

  • Les dalmatiens sont énormes en campagne, Yannick de Martino, Mardi 25 février, Salle Maurice-O’Bready
Yannick de Martino

Certains ne l’ont découvert que récemment (dont probablement plusieurs dans la quatrième saison de Like-moi!, ou alors les publicités de bière Boréale), mais Yannick de Martino a mangé ses croûtes, sa victoire au concours En route vers mon premier gala Juste pour rire datant quand même de 2011. Une chose est sûre : son humour, disons, particulier, est en train de remplir les salles un peu partout, dont le Vieux Clocher de Magog le 21 février (mais il reste des places quatre jours plus tard au CCUS). Avis aux néophytes : les blagues de Yannick peuvent désarçonner ceux et celles qui ne sont pas familiarisés à l’absurdité extrême, voire à l’anti-humour. Ou alors, pensez à un enfant qui pose son regard sur les réalités d’adultes. Le fait que la prestation soit mise en scène par Philippe Brach peut aussi vous en dire long sur le genre de soirée qui vous attend.

  • Au pic pis à ‘ pelle, Sam Breton, Mercredi 15 avril, Salle Maurice-O’Bready
Sam Breton

Sam Breton est sans conteste le nouveau phénomène de l’humour québécois. Allez visiter sa page Facebook : ses salles sont majoritairement à guichets fermés, dont le Pavillon des arts de Coaticook le 18 janvier et le Vieux Clocher de Magog les 7 et 8 février. Est-ce à cause de ses chroniques à Salut bonjour? De l’Olivier de la découverte de l’année qu’il a décroché le mois dernier? De son prix d’Artiste de l’année au Festival Juste pour rire en juillet? Votre curiosité est piquée? Au moment d’écrire ces lignes, il restait quelques billets dispersés dans la salle Maurice-O’Bready, le 15 avril prochain.

› CIRQUE

  • La galerie, Machine de cirque, Mercredi 11 mars, Salle Maurice-O’Bready
Machine de cirque

Vous vous souvenez des deux acrobates de Machine de cirque qui avaient battu le record du plus grand nombre de sauts périlleux arrière à la planche coréenne, lors de l’événement Bouffe ton centro en 2016? Vous étiez ensuite allé voir le spectacle de la troupe, qui s’était installée à la place Nikitotek durant le week-end de la fête du Travail? Ce spectacle éponyme au décor immense et tentaculaire avait suscité enthousiasme et hilarité, notamment lors du numéro dans lequel les acrobates, complètement nus, s’échangeaient des serviettes sans jamais montrer l’essentiel. Forte d’un succès qui déborde largement les frontières, la compagnie revient à Sherbrooke avec La galerie, dont l’action se déroule dans un musée. Et cette fois, il y a des filles dans le spectacle. Sept acrobates et une musicienne s’y emparent d’une exposition monochrome. Dans un élan créatif, ils la transforment en une explosion de couleurs.