Parmi les nombreux artistes et auteurs présents aux Rendez-vous Art BD à Sherbrooke en fin de semaine, se trouvaient Marc Bruneau et François St-Martin, créateurs de la bande dessinée Dans la tête de François et la série jeunesse Les gentils chenapans.

Rendez-vous Art BD : La bande dessinée, un art sérieux

Peu importe leur public cible, les bédéistes invités à l’édition 2019 des Rendez-vous Art BD s’entendent tous sur un point : la BD, c’est du sérieux. Si l’univers de la BD québécoise est en pleine expansion, il demeure pour eux important de reconnaître la valeur de cet art, malgré le moule que lui impose parfois la pensée populaire.

« Ce n’est rien de moins qu’un art essentiel. C’est une discipline qui communique des idées claires et qui n’a pas de limites » partage l’auteur et dessinateur Sherbrookois Marsi, qui vient de publier la bande Salades d’Amphibie chez la maison d’édition magogoise Chauve-Souris. À l’époque de ses études universitaires en graphisme, le bédéiste voyait son art stigmatisé. « Il y avait cette idée de cartoon, que c’était pour l’enfance. Ce n’est plus vrai aujourd’hui. L’évolution a été telle qu’on doit aujourd’hui catégoriser nos BD en fonction du public. »

Daniel Shelton, président d’honneur de l’événement et auteur de la série Ben, partage cet avis. « Quand j’étais jeune, devenir bédéiste, ça me paraissant inconcevable. Ce n’était pas évident de trouver le chemin pour se rendre au métier », raconte celui qui a été chercher sa formation chez nos voisins du Sud à la Kubert School of Cartoon and Graphic Art et à la School of Visual Arts de New York. 

Maintenant que la BD québécoise se porte bien, il aimerait que Sherbrooke devienne un point de rencontre important pour ses amateurs. « Il y a déjà de grands salons à Montréal et à Gatineau. J’aimerais vraiment que Sherbrooke prenne sa place » insiste-t-il, nostalgique de l’époque où, tout jeune, il marchait tous les samedis jusqu’à la bibliothèque municipale pour emprunter une dizaine de bandes dessinées.    

Pendant les quatre jours des Rendez-vous Art BD, des artistes et auteurs de toutes les régions comme Michel Rabagliati (NDLR : derrière les aventures de Paul), Myriam Roy, Grazo, Cathon, Forg, Pascal Girard et Iris Boudreau sont venus à la rencontre des Sherbrookois au Centre culturel Pierre-Gobeil. Des conférences et activités, comme un atelier de dessin avec modèle vivant, ont aussi enrichi l’expérience des visiteurs. 

D’ailleurs, celui qui vient tout juste de gagner le Prix des libraires dans la catégorie BD pour son œuvre La petite Russie, Francis Desharnais, siégeait parmi les auteurs invités. « C’est un livre que ça fait longtemps que je voulais faire. Je voulais attendre d’être prêt et d’être assez mature. C’est en effet un projet qui s’est révélé plus ambitieux que ce que je croyais », partage-t-il au sujet de l’œuvre, qui relate l’expérience de ses grands-parents dans un village à modèle coopératif dans l’Abitibi de 1947. 

Une tendance vers la science

Un des buts de l’événement, pour son coordonnateur Martin Lauzon, est de « montrer que la BD est une véritable forme littéraire. C’est l’utilisation du dessin pour exprimer différemment une histoire ». Les concepts possibles sont infinis, souligne-t-il, citant en exemple les invités François Paquet et Yves Lessard. Respectivement médecin spécialiste en médecine d’urgence et infirmier clinicien, les bédéistes ont transposé leur quotidien à l’urgence avec autodérision dans STAT.

D’autres se lancent carrément dans la science. Olivier Robin, professionnel de recherche à la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke (UdeS), était présent pour faire connaître son « Projet de vulgarisation BD ». 

En collaboration avec les facultés de génie, des lettres et sciences humaines et de médecine et sciences de la santé, M. Robin a jumelé trois gagnants du Concours de vulgarisation scientifique de l’université avec trois bédéistes, soit Iris Boudreau, Cathon et Pascal Girard. 

Après s’être rencontrés une première fois ce week-end, les duos donneront naissance à une version illustrée des articles que les étudiants avaient rédigés pour faire connaître des publications de chercheurs de l’établissement d’enseignement. « C’est une première et on expérimente, mais tout le monde est ravi et curieux, dit M. Robin. Ça permet à la BD de montrer qu’elle peut être très sérieuse, ça se fait déjà beaucoup en Europe. On espère que ça fera connaître notre communauté scientifique et que ça puisse même attirer des jeunes à l’université. »