Mathieu Désy

Remous instrumentaux

Mathieu Désy est très fidèle à ses amis musiciens. Pas question, pour le contrebassiste sherbrookois, de lancer son premier album en trio avec un percussionniste autre que Paul Picard. Lorsque ce dernier s'est lancé dans une lutte opiniâtre contre le cancer, Mathieu a préféré repousser le projet.
« Aujourd'hui, tout va bien, Paul vient de s'en sortir », rapporte-t-il, heureux, même si cela s'est traduit par deux années d'attente entre la préparation des dix pièces de l'album et son lancement, ce soir au Théâtre Granada.
« En fait, le disque a été enregistré il y a tout juste un an, du 11 au 13 février 2013. Il faut dire que mes musiciens sont aussi des gars occupés. Paul joue aussi pour Céline Dion », mentionne-t-il.
Depuis quelques années, Mathieu Désy s'est surtout fait connaître comme réalisateur, arrangeur et musicien accompagnateur auprès d'artistes populaires. Fred Pellerin, Catherine Major, Caracol, Émile Proulx-Cloutier, Amylie, Richard Desjardins et Ariane Moffatt ont tous eu recours, à un moment ou un autre, à ses lignes de basse appréciées pour leur mélodie, et à sa contrebasse à cinq cordes, qui lui en permet un peu plus que les contrebasses traditionnelles.
« J'aime beaucoup accompagner les artistes, surtout quand on me laisse de l'espace pour créer », raconte celui qui a été récemment directeur musical d'une émission spéciale de Radio-Canada soulignant les 50 ans de carrière de François Dompierre. « Mais une fois la créativité passée, dans le camion de tournée, ça devient moins stimulant. »
Bercement des vagues
Contrebasse & marées, album autoproduit, a pris naissance alors que Mathieu séjournait à Saint-Élie-de-Caxton pour participer au spectacle Saint-Élie-de-Chanson de Fred Pellerin (prix Félix du spectacle de l'année en 2011). « Je me suis retrouvé dans un chalet au bord de l'eau et j'ai commencé à travailler des compositions. L'essentiel de l'album est né là, excepté les trois reprises de l'album [Smile de Charlie Chaplin, Blackbird des Beatles et Armellodie de Chilly Gonzalez] et Emplir le néant, dont le matériel date de l'époque où je faisais partie du quatuor Vizzaj, ici à Sherbrooke. »
Malgré la couleur jazz, Mathieu Désy parle davantage d'un album instrumental, étant donné que les pièces sont construites sur une structure classique, dans laquelle il réserve des plages d'improvisation. Le fait que Charles Papasoff joue de la clarinette basse plutôt que de son traditionnel saxophone, et que Paul Picard soit percussionniste plutôt que simple batteur, lui permet une exploration sonore élargie, en plus de s'éloigner de l'éternel trio jazz.
« Il y a longtemps que j'ai le nom de Contrebasse & marées en tête. Pour moi, les percussions représentent le remous aquatique, et la clarinette basse, le vent. Le résultat est une musique très méditative, proche du bercement des vagues. »
Mathieu espère que son album lui permettra de se promener un peu sur les scènes québécoises avec son trio. « Il y a aussi des possibilités pour l'Europe, car la fille de Charles travaille dans l'industrie musicale là-bas. Mais nous allons essayer d'en profiter chez nous d'abord. »
Mom! She Stealed My Balls!
« Il y a une erreur volontaire dans le titre [le verbe steal fait stole au passé, et non stealed]. C'est un clin d'oeil aux erreurs qu'on fait dans la vie. On commence parfois une relation amoureuse avec beaucoup de naïveté, mais on finit par en prendre plein la gueule, parce qu'on a besoin d'apprendre. Il y a dans cette pièce une ascension qui n'aboutit pas. »
Armellodie
« Chilly Gonzalez est un musicien montréalais vivant en Europe. C'est une sommité en tant qu'auteur-compositeur [il a collaboré avec Daft Punk pour Random Access Memories], qui a aussi un côté très excentrique, très éclaté, mais il a aussi fait paraître un album intitulé Piano Solo où il s'est révélé très intimiste. J'ai trouvé cette mélodie d'une simplicité renversante, mais ce sont les choses simples qui sont les plus dures à jouer. »
Au nom de ma mère
« J'ai composé une pièce à ma mère pour ses 50 ans. J'ai fait comme Beethoven : je me suis servi des lettres de son nom et je les ai fait correspondre aux sons de la gamme chromatique. Ça m'a donné un motif musical et j'ai composé ma pièce à partir de ce matériel. Ce fut son cadeau. J'ai une très belle relation avec ma mère, elle est super importante pour moi, mais comme nous nous ressemblons beaucoup, il nous faut une certaine distance, un certain espace pour se comprendre. Comme ça, nos échanges restent toujours positifs. »