Diplômé de l’École nationale de théâtre depuis 2006, Jean-Moïse Martin connaît depuis trois ans une vie professionnelle à la hauteur de ses attentes.

Rejoindre son casting

Pour de nombreux téléspectateurs, Jean-Moïse Martin redeviendra sous peu l’agent Simon Phaneuf, ce policier catapulté bien malgré lui au cœur des mésaventures (et du burn-out) de Valérie (Sophie Cadieux), l’héroïne de la comédie Lâcher prise.

La deuxième saison s’amorce le lundi 8 janvier et, dès l’épisode du 15, le public retrouvera le policier en pleine crise de couple : son épouse Josianne (Christine Beaulieu) pose des gestes irrationnels qui laissent croire qu’elle aussi commence à subir les contrecoups d’un épuisement émotionnel.

« Ç’aurait été difficile de faire encore porter le thème du burn-out uniquement par le personnage de Valérie sur une saison entière. L’auteure [Isabelle Langlois] a donc eu l’idée de le transférer sur Josianne, ce qui permet de garder le fil conducteur. Mon personnage est ainsi plus impliqué... surtout que son frère JF [Emmanuel Schwartz] s’invite aussi dans l’histoire », rapporte l’acteur sherbrookois.

Pour Jean-Moïse Martin, le rôle de Simon Phaneuf est « un beau cadeau de la vie », qui lui permet d’asseoir davantage sa carrière de comédien... et aussi de mieux en vivre. Avant d’en arriver là, cet ancien élève du Séminaire Salésien a dû être très patient et ne jamais perdre espoir.

« Entre ma sortie de l’École nationale de théâtre, en 2006, et le moment où les choses ont commencé à vraiment bien aller, il s’est passé huit ans. Entre-temps, j’ai eu de petits contrats ici et là [il a notamment joué dans Mustang et Ce qu’on enterre, deux productions de la défunte compagnie de théâtre Les Turcs gobeurs d’opium], j’ai fait d’autres jobs en attendant. Vers la fin, je travaillais pour un service de traiteur et je commençais à penser que, peut-être, je devrais m’engager davantage dans l’entreprise et acheter des parts… » confie l’acteur de 39 ans.

« Mais, dans le fond, j’étais malheureux. Je voyais des amis qui avaient étudié avec moi (Éric Bruneau, Guillaume Cyr, Mani Soleymanlou…) et qui réussissaient très bien. Ça éveillait chez moi non pas de l’envie ni de l’amertume, mais un désir encore plus fort que cela m’arrive. Je commençais à penser que je devrais trouver un autre métier. »

Jean-Moïse Martin sera de retour pour la deuxième saison de Lâcher prise, dans la peau du policier Simon Phaneuf, lequel aura maille à partir avec son frère JF (Emmanuel Schwartz).

Ensemble à la guerre

Jusqu’à ce que Serge Denoncourt le retienne pour un petit rôle dans Les liaisons dangereuses, présentée au Théâtre Jean-Duceppe en 2014. Le metteur en scène l’a ensuite intégré à plusieurs de ses productions théâtrales d’envergure : Cyrano de Bergerac, Un tramway nommé Désir, Roméo et Juliette, Les trois mousquetaires

« Serge, c’est quelqu’un de très fort pour créer des équipes. Il arrive à susciter un véritable esprit de gang, comme si on allait tous à la guerre ensemble. Les gros égos n’ont pas leur place. À la télé, j’ai vécu la même chose. Stéphane Lapointe [réalisateur de la première saison de Lâcher prise et remplacé cette année par Sébastien Gagné] a aussi été une grande rencontre pour moi. Je n’ai jamais eu autant de fun ni été si consciencieux qu’en travaillant avec ces gars-là. »
Jean-Moïse Martin estime également qu’avec les années et l’expérience, il a fini par « rejoindre son casting ».

« Avant, je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Maintenant, je m’aperçois que je suis dans une énergie assez proche de celle de Simon. En théâtre, tu peux sans problème jouer des personnages qui n’ont pas du tout le même âge que toi... ce qui n’est pas le cas à la télé et au cinéma. Quand je suis sorti de l’école, à 28 ans, j’étais déjà chauve, mais trop jeune pour interpréter des gars de 35 ans. »

Choisi par le métier

Comme plusieurs Sherbrookois qui ont fini par devenir comédiens, Jean-Moïse Martin est passé par les ateliers du Théâtre du Double Signe, cette compagnie qui permet chaque année à cinq ou six groupes d’amateurs de s’initier au jeu et de monter une pièce de théâtre avec un metteur en scène professionnel.

« J’avais 19 ans la première fois que j’y ai participé, et c’était Lilie Bergeron [directrice générale du TDS] qui donnait l’atelier. Au secondaire, je savais que j’avais un certain talent pour faire le clown, je montais des Bye bye! où je parodiais les professeurs, sans plus. Je me suis quand même cherché pendant environ cinq ans, et à force de me faire dire de que je devrais essayer, j’ai préparé mes auditions à l’École nationale, pour en avoir le cœur net.  On pourrait dire que c’est ce métier qui m’a choisi, et non l’inverse. »

L’hiver qui s’amorce, Jean-Moïse Martin le passera en bonne partie sur les routes, puisqu’il sera de la tournée de La mort d’un commis voyageur, d’Arthur Miller, et de L’orangeraie, de Larry Tremblay. Dans la première, il joue le jeune blanc-bec qui met Willy Loman (Marc Messier) à la porte, et dans la seconde, le potentat essayant de convaincre un homme de venger la mort de ses parents en sacrifiant un de ses fils comme martyr.

L’acteur avoue qu’il a dû combattre ses complexes de « petit cul » pour donner la réplique à celui qu’il avait admiré dans Lance et compte et La petite vie. Mais Marc Messier, rapporte-t-il, a également trouvé difficile ce premier rôle dramatique au théâtre après 38 ans de Broue.

« Il lui a fallu retrouver certains réflexes techniques oubliés, mais c’est tellement un bon acteur, d’une telle sensibilité... J’aime aussi beaucoup jouer Soulayed dans L’orangeraie, un homme qui porte une arme, mais ne s’en sert jamais. Son talent de manipulateur lui suffit. »

Vous voulez y aller
La mort d’un commis voyageur
Mardi 30 janvier, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 52 $ (étudiants : 42 $)

L’orangeraie
Mardi 20 mars, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 48 $ (étudiants : 38 $)