La pièce « Des pieds et des mains » porte un regard ludique sur les différences physiques.

Regard théâtral sur la différence

Lorsqu’elle a parcouru le texte de la pièce « Des pieds et des mains » pour la première fois, la metteuse en scène Marie-Ève Huot a tout de suite vu les possibles et la portée de cette œuvre destinée au jeune public.

« Dès cette lecture initiale, j’ai eu envie de mettre en lumière cette idée de la différence, qui est un thème riche à aborder avec les enfants. Ceux-ci ont souvent un fort sentiment d’appartenance au groupe, ils veulent être comme les autres. Alors qu’au fond, quand on s’arrête et qu’on y pense, on est tous différents. »

Créée par le Théâtre Ébouriffé, en collaboration avec Le Carrousel, la pièce amène les enfants dans le quotidien peu banal d’Elle et Lui. Elle n’a qu’une main, Lui n’a qu’un seul pied. Tous les deux, ils savent que, parfois, le quotidien se complique lorsqu’on doit composer avec un petit handicap physique. Ils savent aussi que les obstacles ne sont pas un frein pour autant. Ensemble, les deux personnages ont l’idée de créer une originale fabrique pour donner un coup de pouce à ceux qui, comme eux, traversent les jours avec une différence, quelle qu’elle soit.

« Leur fabrique est empreinte d’altruisme. On y façonne des pieds et des mains qu’on offre à qui en veut bien, pour la seule beauté du geste. Différents personnages aux diverses spécificités passent y chercher ce dont ils ont besoin. Arrive un moment où des inspecteurs se pointent et mettent un terme à ce don de soi. Ils décident de fermer la fabrique parce qu’elle ne s’inscrit pas dans un système capitaliste où tout est rentable. À la place, ils lancent un commerce de gants et de souliers. »

« À partir de ce moment-là, on sort évidemment de la grandeur du cœur pour entrer dans un esprit de commerce. Il y a des iniquités qui naissent. Le personnage qui illustre le mieux ces inégalités, c’est l’homme normal. Lui, il a tout ce qu’il faut, mais il souhaite acheter une deuxième tête, au cas où il perdrait la sienne. Il veut aussi un troisième œil, un deuxième cou, bref, c’est l’homme Costco, comme on aimait l’appeler entre nous, pendant la création : même si les autres autour de lui manquent de tout, et même si, lui, il a tout, il achète en double et en triple pour s’assurer de garder son statut social. »

L’injustice pour les enfants

Signé Martin Bellemare, le texte est donc chargé philosophiquement, mais plutôt léger dans la forme et la formule.  

« Le texte est assez elliptique, dans la mesure où il est composé de courts tableaux avec très peu de mots. Il y a beaucoup d’espace entre les répliques. Cet espace, plein de poésie, m’a donné la permission d’insérer beaucoup d’humanité. Le spectateur a, à son tour, beaucoup de latitude pour se raconter sa propre histoire, mais ce qu’on observe, c’est que les enfants sont vraiment sensibles aux injustices mises en lumière dans le spectacle. Ils voient très bien la beauté du geste, ils réalisent vite que, pour les inspecteurs, c’est l’argent qui compte, et non le cœur. Ça les fâche, d’ailleurs, ils nomment le fait qu’il faut peut-être rebrasser les cartes, repenser les choses. Ils souhaitent faire une différence. La finale est d’ailleurs pensée pour passer le relais de la scène à la salle », souligne Mme Huot.

Disparaître dans l’ombre

Grâce à d’habiles jeux de lumière pensés par Dominique Gagnon, les comédiens (Maude Desrosiers, Philippe Robert et Joachim Tanguay) voient certaines parties de leur corps disparaître dans l’ombre. « Ce morcellement commande une bonne gymnastique de jeu, les comédiens doivent interagir un peu comme des marionnettes. » Parfois en n’utilisant qu’un pied, parfois en ne montrant qu’une seule main, mais toujours en y mettant beaucoup de cœur. »

Pour porter la réflexion plus loin, et d’une façon tout autre, le jeune public est par ailleurs invité à admirer, avant ou après la pièce, les clichés du cinéaste et photographe Nicolas Lévesque. Celui-ci a eu carte blanche pour monter une expo sur le thème de la différence. Composée d’images en noir et blanc qui mettent en scène enfants, adultes et personnes âgées, l’exposition a remporté l’un des grands prix de photographie lors du Concours Lux 2017.

Vous voulez y aller?

Des pieds et des mains
Dimanche 25 mars, 14 h
Théâtre Léonard-St-Laurent, Sherbrooke
Entrée : 12 $ (forfait famille : 4 billets pour 40 $)