Josélito Michaud

Raconter l'enfance terrible

Josélito Michaud venait à peine de lancer son livre, Dans mes yeux à moi, que déjà, le récit inspiré de son vécu attirait l'attention de différents créateurs. Trois jours après l'arrivée de son bouquin en librairie, l'animateur et producteur avait en main cinq propositions d'adaptation à l'écran. Il aurait pu plonger tout de suite, dire oui à l'une ou l'autre des offres sur la table. Il ne l'a pas fait. Parce que le moment n'était pas le bon.
<p><em>Olivier</em>, histoire télévisée inspirée du best-seller nouvellement réédité <em>Dans mes yeux à moi</em>, arrive finalement au petit écran d'ICI Radio-Canada télé le 11 septembre.</p>
« Je m'étais dit que je ferais ce pas lorsque je serais en mesure de m'impliquer dans le projet. »
Six ans ont passé depuis. Olivier, histoire télévisée inspirée du best-seller nouvellement réédité, arrive finalement au petit écran d'ICI Radio-Canada télé le 11 septembre.
Le rendez-vous télévisuel est d'autant plus attendu qu'il porte la signature de Serge Boucher, à qui on doit Feux, Apparences et Aveux, trois séries aussi encensées par la critique qu'aimées par le public.
« Je ne le connaissais pas personnellement, mais je souhaitais que ce soit lui qui signe l'adaptation télévisée de mon livre. J'ai découvert son univers théâtral bien avant de voir les séries qu'il a signées pour la télé. J'aime le regard qu'il arrive à poser sur la famille. C'est un espèce de psychologue de l'âme. Il sait décortiquer le banal et décrire le quotidien comme aucun autre, en y amenant de la profondeur. Et c'est un génie du dialogue. Les acteurs le disent : dans les textes de Serge Boucher, on ne change aucun mot, on respecte chaque virgule. »
Encore fallait-il que le dramaturge et auteur acquiesce à l'idée d'adapter un livre pour le petit écran, ce qu'il n'avait jamais encore fait.
« Je me souviens, je me trouvais devant ma piscine lorsque j'ai reçu sa réponse. J'étais tellement heureux qu'il accepte, j'en ai pleuré. »
Réalisée par Claude Desrosiers, coproduite par André Dupuy et Josélito, la série de huit épisodes nous plonge dans le difficile quotidien d'Olivier, enfant promené d'une famille d'accueil à une autre, dans les conditions pas toujours roses qu'on imagine. La série court sur deux décennies, des années 1960 à 1980.
« On voit cet enfant-là grandir et évoluer dans différents foyers jusqu'à ses 18 ans. Le grand défi, c'était de tisser une trame solide et compréhensible parce que, puisqu'il change constamment de famille et d'environnement, d'un épisode à l'autre, les personnages qui gravitent autour de lui ne sont pas les mêmes. »
Sébastien Ricard, Évelyne Rompré, France Castel, Catherine Proulx-Lemay et Isabelle Vincent font partie de la distribution. C'est le jeune Anthony Bouchard qui incarne le personnage principal entre six et huit ans.
« Ça prenait un acteur solide et attachant, parce que c'est lui le fil conducteur des quatre premiers épisodes. Et il est tout simplement formidable. »
On le sait, cet enfant catapulté de foyer en foyer, c'est un peu beaucoup Josélito Michaud. Mais c'est aussi tous ceux qui lui ont confié la douleur de premières années marquées par l'abandon pluriel.
« Dans une certaine mesure, il y a un portrait de société qui se dessine à travers la série. On voit l'influence de la religion, le poids de certains secrets de famille. Ce n'est pas une dénonciation ou un plaidoyer contre ce qui s'est passé à une certaine époque, mais on voit comment les choses étaient menées dans les crèches. La création de la DPJ a eu le mérite de donner un statut à l'enfant, ce qui n'existait pas vraiment avant. Je pense que ça va brasser des affaires. Les gens vont sans doute être bouleversés par la violence physique, psychologique et émotive. Ça va soulever des questions, peut-être. »
Lui-même a été émotivement happé par la trame d'Olivier. Bien davantage qu'il ne l'avait imaginé.
« Tout ça m'a brassé plus que je ne l'avais prévu, plus encore que ne l'avait fait le processus d'écriture de mon récit. Ce que je croyais être loin m'a rattrapé. Je suis fier d'avoir traversé ces vagues d'émotions en confiant la tempête que je traversais à ma blonde et à un psychologue. Je devais garder le cap parce que j'étais de toutes les décisions, mais j'ai vraiment constaté que la télé était un miroir très puissant. »
Et que les entailles laissées par les blessures reçues dans l'âge tendre étaient profondes.
« J'ai été agent d'artiste pendant 15 ans, j'ai animé toutes sortes d'affaires, j'ai produit des émissions... j'ai fait un paquet de trucs et j'ai toujours diversifié mes projets parce que, lorsque tu as été un enfant balloté comme je l'ai été, tu t'arranges pour ne plus jamais être flushé. Tu as toujours un plan B, tu n'as pas envie que quelqu'un décide de ton destin à ta place. »
Josélito évoque ses premières années sans renier la souffrance dont elles ont été teintées. Mais sans cracher dessus non plus.
« Aujourd'hui, je suis très reconnaissant de mon parcours. J'embrasse la vie que j'ai eue parce qu'elle m'a forgé, en quelque sorte. Je ne serais pas qui je suis ni où je suis si je n'avais pas traversé tout ça. »
On pourrait parler de résilience, assurément. Mais c'est un mot qu'il n'aime pas. Trop galvaudé.
« Je pense que tout le ressort que j'avais venait de mon urgence de vivre. Parce que cette vie-là que j'ai eue... j'aurais pu mourir. Mais je suis là. Mon enfance ne m'a pas cassé, elle n'a pas tué ma confiance. Et dans tout ça, j'ai eu une certaine chance, j'ai quand même été aimé en chemin. »
Lorsqu'est venu le temps de fonder une famille, il a fait de la place sous son toit et dans son coeur à des enfants qui avaient, comme lui, connu l'abandon. Avec sa conjointe, la chanteuse Véronique Béliveau, il a adopté deux enfants vietnamiens.
« Ma plus grande réussite, c'est eux. »
La phrase est pesée. Ressentie. Il leur a donné les racines qu'il n'a pas eues.
« Lorsque j'ai signé les papiers d'adoption, je me souviens à quel point l'engagement que je prenais à ce moment-là était profond et ressenti. J'ai toujours eu ce souci d'être un bon parent pour mes enfants. C'est un sentiment qui lie les parents adoptants comme les parents biologiques. On devrait tous avoir cette préoccupation. »
Penser au bien-être des enfants d'abord, en quelque sorte.
« J'espère que, dans une certaine mesure, Olivier va nourrir ce genre de réflexion, j'espère que ça va changer certaines perceptions. On ne parle à peu près jamais des enfants, de ce qu'ils vivent, de ce qu'ils traversent. Placer son regard à hauteur d'enfant, ça change toute la perspective. »
L'art d'écouter
Six mille. C'est le nombre d'entrevues que Josélito Michaud estime avoir mené jusqu'ici. Entre toutes, il y a un lien commun, une constante. Chaque fois qu'il s'assoit dans sa chaise d'intervieweur, il tend l'oreille pour vrai. Avec l'intérêt véritable de celui qui est prêt à tout entendre. Avec l'ouverture de celui qui écoute vraiment parce qu'il s'intéresse à l'autre.
« Il n'y a pas d'autres secrets. Pour que la rencontre se passe, il faut être soi-même à découvert pour que l'autre accepte de se raconter. Et il faut sincèrement s'intéresser à ce qu'il nous livre, sans jugement, sans a priori. »
Dans le cocon douillet de l'Orford Express, décor en mouvement de l'émission On prend toujours un train, il a accueilli les confidences des uns et des autres. Dans ces franges de vie racontées, il y avait parfois du laid. Du pire. Du difficile à entendre.
« Je repense à cette entrevue avec Isabelle Gaston, dont les deux enfants avaient été assassinés par son ex-conjoint. C'était vraiment douloureux pour moi d'aller là avec elle, j'avais l'impression de gratter dans son immense souffrance. Ça, c'est une entrevue que j'ai trouvé extrêmement lourde à faire. »
Après plusieurs saisons passées dans le wagon, l'animateur a ressenti le besoin de faire autre chose.
« C'était toujours des histoires différentes, bien sûr, mais pour chacune d'elles je devais aller dans une zone très sensible. À un moment donné, c'est devenu plus lourd. Il y a aussi que partout où j'allais, les gens venaient me voir et me racontaient des épisodes plus sombres de leur propre vie. Émotivement, c'était parfois difficile. Et aujourd'hui, je m'ennuie de tout ça. Assez pour dire que si l'occasion se présentait, si l'intérêt était là de la part du diffuseur, je ferais volontiers une autre saison d'émissions dans le train. »
Émission ou pas, reste que Josélito remontera à bord de l'Orford Express au printemps 2018. Sans caméra, mais à micro ouvert, le temps d'une conférence.
« Elle s'intitule : Voir grand même quand on est petit. J'y aborde le dépassement de soi, mais aussi les vertus de l'échec. Ça peut être vraiment formateur de ne pas réussir. Il faut juste arriver à transformer l'expérience positivement. »
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Dans mes yeux à moi
Josélito Michaud
Récit
Libre Expression
272 pages
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Olivier
ICI Radio-Canada télé
Lundi, 21 h, dès le 11 septembre