Madeleine « Ti-B » Bouchard, JP « le Pad » Tremblay. François « Cobra » Gaudreault et Nick « Capitaine Cool » Laflamme forment le noyau d’aujourd’hui du Québec Redneck Bluegrass Project.

Québec Redneck Bluegrass Project: Maîtres à bord

Il n’existe pas de cadre assez grand ni assez solide pour contenir Québec Redneck Bluegrass Project (QRBP). Le phénomène musical prend ampleur et vitesse depuis quelques années, mais les membres de QRBP insistent pour dire qu’ils demeureront toujours entièrement « maîtres à bord ». Conversation avec les Saguenay-Jeannois derrière ce groupe à l’ivresse contagieuse et à la sincérité assumée.

« On n’a jamais écrit pour jouer à la radio », confie JP « le Pad » Tremblay. Lui, Nick « Capitaine Cool » Laflamme, Madeleine « Ti-B » Bouchard et François « Cobra » Gaudreault composent l’actuel noyau du groupe au son bluegrass, punk, folk et traditionnel québécois. Mais ça, ce n’est que sur papier.

« On n’est pas cadrés. Si l’idée part d’un tango, on ne se barrera pas dans le style. On va vraiment partout », avance le Pad, qui assure la voix, la guitare et l’harmonica au sein du groupe, en plus d’en être l’unique auteur-compositeur.

Sur ses paroles souvent crues se déchaînent les autres instruments signature de QRBP, soient le Violon (Ti-B), le banjo (Capitaine Cool) et la contrebasse (Cobra).

« Si on joue des instruments acoustiques, c’est vraiment parce que ça s’emporte partout. C’est parce qu’on a toujours été en voyage et en mouvement qu’on est venus à la conclusion que, câline, un ampli, ça se traîne mal », explique JP.

Le quatuor amorce une tournée de 35 dates pour un deuxième été consécutif, après son année sabbatique de 2017. Plusieurs spectacles affichent déjà complet. « Tsé, quand ça va ben », comme disent le titre et les paroles d’un de leur plus grand succès.

D’ailleurs, leurs textes semblent connaître peu de barrières avec les thèmes de beuveries, de voyages et de « machines », ni avec leur vocabulaire bien québécois et sans ménagement.

« Étonnamment, je me censure encore, remarque JP. J’essaie toujours de voir jusqu’où je peux me rendre, et je ne suis vraiment pas rendu loin encore. »

Actuellement, QRBP a quatre albums à son actif. Le dernier, Royal Réguine (2017) a été nommé dans la catégorie Album folk-bluegrass de l’année au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec en 2017 (GAMIQ).

« Avec notre parcours, on a décidé de rester indépendants, dit Capitaine Cool. On n’a pas vraiment à subir la pression d’agents ni de compagnies. On a une totale liberté. Quand on s’invite, le monde sait à quoi s’attendre, et quand le monde nous invite, il le sait aussi. »

C’est donc en empruntant fièrement une voie autre que les médias traditionnels qu’ils ont gagné en popularité.

« C’est juste à force de jouer et en restant sincère dans nos affaires », estime Madeleine.

« Casser la place »

Ce qui les surprend toujours, c’est l’exaltation du public lors des spectacles.

« On n’a jamais poussé pour qu’il y ait du bodysurfing en avant comme c’est le cas. Mais nous, on a tellement de plaisir en avant, ça doit être contagieux. La foule s’élargit chaque année. Tout le monde a envie d’oublier et de faire la fête. Quand on vient dans un show de QRBP, on sait qu’on va rire, qu’on va se lâcher lousse et oublier tous les cadres », confie Madeleine, qui qualifie leur musique de rassembleuse. « Ça touche tout le monde, de tous les âges », dit-elle.

Une sorte de « grosse bulle positive » chaque fois, dit Nick. « J’ai joué du trash métal dans le passé et dans ces shows-là, les gens sont fâchés, ils ont les poings dans les airs et ont envie de tout casser, se rappelle-t-il. Au contraire, dans nos spectacles, tout le monde a un beau gros sourire dans le visage, on a une vraiment belle relation avec le public. »

Résultat de l’énergie qu’ils tirent de leurs influences punk, croit-il.

Mais même s’il est réputé pour son amour de la fête, le groupe se fait rassurant : « On sait vivre! On n’est pas là pour casser la place, à part musicalement », avance le Pad.

Autre rébellion : dans le groupe, personne n’a terminé sa formation en musique. Sauf Nick : il n’en a tout simplement pas commencé.

« Les détails techniques m’énervaient un peu, avoue JP. Je pense qu’on a l’impression de sonner un peu trop comme le prof à la longue. Je voulais développer mon style à moi », lance celui qui a quitté le programme de musique du Collège d’Alma après un trimestre.

« On a tous un peu fait notre école de bluegrass à des époques et à des endroits différents », observe François.

« Ce qui est l’fun, c’est qu’on a quatre parcours musicaux complètement différents et ça s’entend », lance Ti-B.

Fabriqué en Chine

Seuls Nick et JP restent de la première mouture de QRBP, qui est d’ailleurs née en 2006 à... l’autre bout de la planète. C’est à croire qu’il fallait mettre la Chine dans l’équation pour que naisse un groupe formé à cent pour cent de Saguenay-Jeannois. Alors que Nick demeurait à Kunming, un des deux acolytes musiciens (Charles Hudon et Didier Dessurault) avec qui il vivait a orchestré la venue de JP, qui voyageait pour sa part un peu partout en Asie à l’époque. Finalement, son escale a duré six ans, le temps de former un groupe bien rodé et d’enregistrer un premier album (Sweet Mama Yeah!, récemment réédité).

S’est ensuivie une série de spectacles à travers l’Empire du milieu, puis d’une alternance entre les deux terres d’appartenance. D’où l’insertion de « Québec » dans le nom du groupe, à titre indicatif pour la population chinoise.

Et pourquoi « Redneck »?

« C’était tellement ironique de mettre Québec et Redneck ensemble. Deux termes qui, selon moi, sont tellement opposés », dit le Pad.

« C’est un concours de circonstances quasiment improbable qui a fait ce qu’on est en ce moment, s’étonne encore Nick. On a même tous décidé qu’on était bien chez nous, en région, et qu’on ne déménagerait pas à Montréal comme font beaucoup de bands. »

Les adeptes du groupe seront heureux d’apprendre que de nouvelles chansons ont commencé à faire leur apparition dans la tournée de cet été. « Pour l’instant, on en a monté six, dévoile Capitaine Cool. La réaction des gens est incroyable, c’est vraiment stimulant de continuer quand tu vois que les gens sont encore heureux d’avoir du nouveau stock. »

Vous voulez y aller?

Québec Redneck Bluegrass Project
Première partie : Grimskunk
Samedi 6 juillet, 21 h
Théâtre Granada
Entrée : 27 $

Jeudi 22 août, 21 h
Musi-Café, Lac-Mégantic
Entrée : 30 $

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Quand ? 4 juillet, 21h

Où ? Minotaure, (3, rue Kent, à Gatineau)

Renseignements : lepointdevente.com