Renée Martel en 2010, lors d'un spectacle à la Place des Arts à Montréal.

Quand Renée chante Marcel

Quinze ans après la mort de son père et la sortie d'un premier album hommage (À mon père), Renée Martel revient à la charge avec La fille de son père. Treize chansons que la reine du country a vu interpréter sur scène par son papa, Marcel Martel, et une chanson originale composée en hommage à cet homme qui lui a transmis sa passion pour la musique country.
«À mon père était un album à fleur de peau, marqué par une détresse aiguë. La fille de mon père a plus de recul. C'est un hommage que j'avais besoin de faire pour la personne qui a été l'instigateur de ma carrière qui dure depuis tant d'années», explique celle qui compte 62 ans de métier derrière elle.
Au-delà de l'amour de la chanson country, le legs le plus précieux que lui a laissé son paternel est le respect. «Le respect des autres, le respect du public, mais aussi l'importance de se respecter soi-même. On se ressemble énormément, mon père et moi. On a les mêmes exigences par rapport à la vie et au métier. Je fais ma part, je ne peux pas faire plus, alors je m'attends à ce que la vie fasse son bout. Mon père pensait pareil.»
«Par contre, mon père a eu de la difficulté à être un parent, à faire la part des choses, c'est-à-dire être un père à la maison et un patron au travail. Alors que de mon côté, j'étais une mère née. Quand j'arrivais à la maison, c'étaient les devoirs, les amis, l'aréna. Je ne parlais jamais de show-business», raconte la Drummondvilloise d'origine qui a commencé à chanter à l'âge de 5 ans.
Sur son dernier opus se retrouvent un duo avec Maxime Landry et un autre avec son ami Georges Hamel, dont les funérailles ont lieu cet après-midi.
«C'était un homme avec beaucoup de courage et une grande volonté de vivre. Quand j'étais en chimio, il était aussi dans une de ses multiples chimios et il m'a beaucoup encouragée. Mais la vie est fragile. Un jour, tu es vivant. Le lendemain, tu ne l'es plus. Demain, c'est peut-être moi qui serai dans la chronique nécrologique. Et je ne dis pas cela négativement. C'est la vie. Et la vie, vis-la aujourd'hui», raconte celle qui est en rémission d'un cancer du foie.
Force intérieure
Comme Georges Hamel, Renée Martel a mené plusieurs importants combats au cours de sa vie.
«J'ai d'abord gagné mon combat contre l'alcoolisme. Puis j'ai gagné celui contre le cancer, jusqu'à maintenant, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut nous arriver. Le suicide de mon conjoint, il y a six ans, n'est pas vraiment un combat perdu, car je n'ai pas de contrôle sur la vie des autres, mais je voulais tellement l'aider. Je me sens perdante dans cette histoire.»
Deuils, dépression, faillite, tentative de suicide peuvent être ajoutés à la liste de ses combats. Après autant d'épreuves, la survivante se sent-elle fatiguée ou plus forte? «Beaucoup plus forte. Mais elle voudrait aussi avoir la paix», lance-t-elle en souriant.
Renée Martel a démontré, depuis longtemps, sa combativité. Sur le plan personnel comme professionnel. «Quand on voit les autres vivre des tragédies, on se dit : je ne serais jamais capable. Mais quand l'épreuve arrive, on se rend compte qu'une force intérieure se réveille et que l'instinct de survie prend le dessus.»
«Vis-la aujourd'hui»
Comment résume-t-on plus de 60 ans de carrière? Il y a les 41 albums dont 19 albums originaux, les quelque 10 millions de disques vendus, les Félix pour l'Album de l'année country en 2009 et en 2012 et le Félix Hommage, toujours au gala de l'ADISQ 2012.
«Soixante ans de carrière, c'est une vie. Et je n'en ai pas eu connaissance. C'est comme si je m'étais endormie un soir à 5 ans et le lendemain, je me suis réveillée et ça faisait 60 ans que je faisais ça. Je n'ai rien vu passer. Ça passe tellement vite, c'est incroyable.»
Et on l'entend penser : «C'est la vie. Et la vie, vis-la aujourd'hui.»
Le spectacle Renée Martel en spectacle avec... Marcel Martel sera présenté partout au Québec dès mai 2014. La reine du country s'arrêtera à Drummondville en octobre prochain.
Dossier complet à lire dans le cahier des arts de La Tribune de samedi.