Simon Bilodeau, Marcus Quirion, Tania Lapointe-Dupont et Julien Thibault, alias Édwar 7, lanceront mercredi à Sherbrooke leur premier album complet.  Le quatuor sera en spectacle à la microbrasserie Moulin 7 d'Asbestos le 2 novembre et à la Petite Boîte noire le 17 février 2018.

Quand on cherche on a souvent 20 ans

L'album s'intitule 5 villes, 2 maisons et 4 appartements plus tard, titre également de la dernière plage. On pourrait se demander quels trentenaires ou quadragénaires dressent une telle feuille de route. Mais cette enfilade de lieux de vie reflète plutôt le chemin parcouru par ceux qui signent la chanson, âgés de... 22 ans.
Effectivement, les membres d'Édwar 7, groupe lauréat du concours Sherbrooklyn en 2014, ont tous cet âge que probablement la plupart de leurs aînés leur envient. Mais le quatuor a tôt fait de leur rappeler, avec ce premier album complet, à quel point la troisième décennie d'existence peut être source de déracinements, d'adaptation, de désorientation, de tentatives ratées, de recommencements, de questionnements, de recherche incessante...
« C'est probablement la chanson qui résume le mieux l'album, explique le guitariste Marcus Quirion. Ce disque-là, c'est un bilan. On se demande ce qui reste après avoir vécu tout ça : l'arrivée dans la grande ville, les nombreux déménagements... On se questionne sur les conclusions à tirer de notre entrée dans le monde adulte, même si ça demeure en grande partie sans réponse. Ces chansons-là nous éclairent un peu. »
« Ça peut paraître gros, cinq villes et quatre appartements, renchérit le bassiste Julien Thibault, mais dans le fond, même s'il y a du vécu, ce n'est pas un immense bilan. On ne parle pas de six pays et trois continents », souligne-t-il, concédant que la chanson semble quand même exprimer une certaine lassitude.
« Avoir 20 ans, c'est souvent planter son drapeau en pensant être arrivé, puis repartir un an plus tard, parce que, finalement, ce n'était pas ça. C'est la prise de conscience que la vie adulte est faite de plusieurs nouveaux départs... et se demander si ça nous tente vraiment. »
Dans le fond, expriment les membres d'Édwar 7, les treize plages traitent surtout de l'inévitable choc lorsqu'on se rend compte que les rêves prennent beaucoup plus de temps que prévu à se réaliser. Oui, trouver l'amour exige souvent plusieurs essais et erreurs. Non, la réussite professionnelle ou le succès d'un projet de création ne se concrétisent pas en un ou deux ans. Mais, ultimement, constatent-ils, cette désorientation est normale.
« C'est dret ça! On est mélangés, mais on le sait! » résument Julien et Marcus, qui signent la majorité des textes et de la musique d'Édwar 7. « Mais on parle autant de nous que de notre génération, précisent-ils. On l'observe, on écrit comment on la perçoit, sans se prétendre modernes. On est même assez old school, mais on fait partie de notre temps. Sauf qu'il y a une lucidité qui prend le dessus. »
Péjorative pop
Également formé de Tania Lapointe-Dupont au chant et de Simon Bilodeau à la batterie, Édwar 7, dont le nom est inspiré du roi anglais francophile Edward VII (fils de Victoria), s'est aussi rendu en demi-finale des Francouvertes en 2016. Une expérience « mitigée », dit Tania, dont le bon côté a été la rencontre avec celui qui allait devenir leur réalisateur.
« Ça a été notre premier contact avec la critique, rapportent Marcus et Julien. On s'est fait dire que notre musique était pop, ce qui n'était pas faux, mais on percevait sur les blogues que c'était un commentaire négatif en soi. Ça nous a fessés, mais ça nous a rendus plus forts. »
« L'expérience nous a servi à nous réaffirmer, poursuit Tania. Au lieu d'essayer de changer la formule ou de revoir notre style, l'effet a été contraire : nous avons eu envie de pousser plus loin dans le même sens. Nous avons été capables de prendre du recul, de nous dire que ce n'était qu'un concours. Ça nous a rapprochés et nous avons commencé à travailler sur un album. »
Les jeunes musiciens ont profité des Francouvertes pour aller serrer la main de Dany Placard (il donnait une prestation aux demi-finales), sachant que le Saguenéen faisait aussi de la réalisation. Le printemps dernier, ils se sont donc retrouvés dans un chalet de Beaulac-Garthby, avec en poche leurs nouvelles compositions des 18 mois précédents et le barbu musicien.
« Nous sommes arrivés très prêts, mais il s'est passé plusieurs choses spontanées pendant l'enregistrement. Il y avait à la fois beaucoup de liberté et de discipline, racontent Julien et Tania. Ça se retrouve dans le son de l'album. Il y a quelque chose de brut. On entend plus le grain, le live. L'imperfection était permise. »
Dérocker la patente
Le pop-rock d'Édwar 7 a ainsi fait la rencontre du folk, du rock garage et des influences 1970 de Dany Placard, ce qui a inévitablement teinté le résultat.
« Dany a un côté brut mais aussi sensible. Il avait envie de dérocker un peu la patente pour mieux
rocker après. Ça s'est ajouté à notre son », explique Marcus. « Il nous a fait découvrir Wilco, poursuit Julien. Ça a influencé notre façon de jouer. »
Les membres d'Édwar 7 ont très vite décidé que leur album serait autoproduit. Le regard qu'ils jettent sur l'industrie et sur les tendances actuelles les a convaincus que ce serait la façon la plus rapide d'atteindre leur objectif. Et comme Tania travaille aussi pour la compagnie de disques La Tribu, elle a pu bénéficier de « précieux conseils gratuits » sur les rouages de la production.
« Il y avait des gens intéressés, mais l'album ne serait peut-être sorti que dans un an. Ça nous a soulagés de le faire nous-mêmes, bien que ce soit plus de travail. Nous avons beaucoup appris avec nos deux premiers microalbums. Nous sommes beaucoup plus outillés. Ça ne nous faisait pas peur du tout. C'est même devenu un plaisir », concluent Julien et Tania.
Vous voulez y aller
Lancement de 5 villes, 2 maisons et 4 appartements plus tard
Mercredi 4 octobre, 17 h
Boquébière
Entrée gratuite