L’exposition conçue par Véronique Béland rassemble quatre installations et permet au visiteur de « recevoir » des messages venus tout droit des étoiles.

Quand le cosmos appelle la poésie

Le cosmos vous intrigue? Filez au Musée des beaux-arts de Sherbrooke. L’établissement de la rue Dufferin présente tout l’été l’expo Les astronautes de la raison ont peuplé le ciel nocturne, un ovni artistique qui nous met en lien direct avec l’espace. Et de très originale façon.

L’exposition conçue par Véronique Béland rassemble quatre installations et permet au visiteur de « recevoir » des messages venus tout droit des étoiles. Rien de moins.  

« En fait, si on résume de façon très simple, cette machine capte les signaux émis par les objets célestes, les traite et les traduit sous forme de mots », explique l’artiste en pointant la costaude imprimante matricielle qui recrache périodiquement quelques phrases sur du papier blanc perforé. 

L’installation, intitulée This Is Major Tom to Ground Control, a été créée il y a sept ans, dans le cadre des études que poursuivait la native de Québec au Studio national des arts contemporains le Fresnoy, en France. 

Ceux qui ont reconnu le titre d’une chanson de David Bowie ont tout vrai. 

« Parce que j’écoutais ce succès sur YouTube, le site me suggérait d’aller entendre le son des lunes de Jupiter. C’est en allant prêter l’oreille à cet enregistrement que j’ai appris qu’il y avait des ondes radio dans le cosmos et qu’on pouvait les transposer en fréquences audibles. » 

C’était en 2012. Alors que planaient des discours de fin du monde à cause du calendrier maya. 

« On était dans cette mouvance particulière. J’avais envie de faire un clin d’œil à tout ça. Je me suis dit : pourquoi je n’utiliserais pas le cosmos pour faire parler une machine, un peu à la façon d’un oracle? Évidemment, j’aborde le tout avec un grain de sel et une touche d’humour », précise l’artiste détentrice d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal.   

Établie en France depuis maintenant dix ans, Véronique Béland a planché sur son atypique projet de création en comptant sur la précieuse collaboration de l’Observatoire de Paris. 

« J’ai eu accès à un radiotélescope qui capte les ondes qu’émettent les corps célestes. Un générateur de textes aléatoires "traduit" ensuite les signaux reçus en phrases anglaises ou françaises, selon la langue pour laquelle il est programmé. Tout ça en temps réel, puisque la machine est encore connectée au radiotélescope. »

Perles poétiques

Ça donne parfois du joyeux n’importe quoi. Mais ça génère aussi de jolies perles poétiques. Comme cette toute première phrase qu’a imprimée la machine lorsqu’elle a été mise en opération : Le vide de la distance n’est nulle part ailleurs.

« Quand j’ai lu ça, je me suis fait prendre à mon propre jeu. Je ne pouvais pas concevoir que les passages imprimés allaient terminer leur vie au bac de recyclage. »   

Chaque jour, les quelque 200 feuilles de papier étaient donc archivées. L’exposition traverse l’Atlantique pour une première fois cet été, mais elle a abondamment tourné en Europe ces sept dernières années. Autant dire que des phrases et des pages, il y en avait des piles et des piles. 

« J’avais accumulé près de 30 000 feuilles lorsque j’ai décidé de profiter d’une résidence artistique pour tout lire. »

Pendant 45 jours, bien installée dans une pièce vitrée semblable à un aquarium planté au cœur d’une école, Véronique Béland a parcouru tout le courrier envoyé par l’univers. Elle a retenu les passages qui résonnaient pour elle. 

« Après ça, j’ai mis deux ans à agencer les fragments de façon à ce qu’ils résonnent entre eux pour bâtir un recueil poétique et graphique qui a du sens, raconte Véronique. Je n’ai rien changé, mais je me suis permis de corriger les fautes. Parce que, je vous l’annonce, l’univers n’est pas parfait, il fait des fautes d’orthographe! »

Météorite messagère

Des parcelles du bouquin sont exposées sur les murs du MBAS. On y voit les pages noires, constellées de pigments blancs, qui rappellent un ciel étoilé. Peu à peu, les pages s’éclaircissent et évoquent l’image d’un signal qui grésille avant que n’apparaissent des mots clairs et nets qu’on peut décrypter sans forcer les yeux. 

« Je suis également auteure et cette façon de travailler ressemble à ma technique d’écriture. Je compose beaucoup par fragments, en assemblant des notes, des post-its », indique celle qui précise au passage n’avoir aucune formation en science.

« Mais j’aime l’idée de m’en inspirer, de transformer un phénomène scientifique en phénomène poétique. »

Pour l’exposition présentée à Sherbrooke jusqu’au 22 septembre, Véronique Béland pousse l’idée et le concept un pas plus loin : « On installe une quatrième station où les visiteurs pourront poser la main sur une météorite et recevoir leur message personnalisé de l’univers intersidéral. »

Ledit message sera imprimé sur ce qui s’apparente à une petite facture.   

« Les gens seront invités à faire un exercice semblable à celui que j’ai fait pour le recueil, en collant leur phrase sur le mur là où elle s’intègre le mieux au reste, là où elle trouve une résonance, un sens. » 

L’expo est présentée en collaboration avec Sporobole, dans le cadre du festival Espace [Im] Media.