Dans la comédie musicale Amsterdam, présentée en été 2018 au Théâtre des Grands Chênes de Kingsey Falls, onze comédiens-chanteurs donneront vie à Jacques Brel et aux personnages de ses chansons.

Quand Jef, Mathilde et Madeleine prennent vie

« Amsterdam raconte Jacques Brel alors qu’il a 18-20 ans. À cette époque, le jeune Belge ne va plus à l’école, il n’a pas du tout envie de travailler à la cartonnerie de son père et il rêve de partir vers Paris pour y faire carrière et être célèbre », explique Mélissa Cardona, qui a écrit et mis en scène la comédie musicale, d’abord parce qu’elle est une fana de l’auteur-compositeur-interprète belge francophone.

« Je suis effectivement complètement séduite par la plume de Brel, qui est parfois humoristique, parfois amoureuse, mais toujours poétique. Ces chansons font apparaître des images fortes et sa façon de les interpréter est envoûtante. Il était très théâtral lorsqu’il chantait, alors tout était déjà là », note la dramaturge.

Mme Cardona avait déjà écrit des comédies musicales par le passé, mais c’est la première fois qu’une de ses créations sort des murs du cégep où elle enseigne le théâtre, à L’Assomption. Après avoir été applaudie par l’entourage de jeunes cégépiens de 17 ans, Amsterdam a été présentée par des comédiens professionnels au Gésu à Montréal en mars dernier. Un travail de réécriture a été fait pour arriver à la version qui sera présentée cet été par onze comédiens-chanteurs.

Sur scène, Brel croisera les personnages de ces grands succès, tels Jef, Madeleine et Mathilde.

« Il me donne lui-même une distribution, alors j’ai simplement tissé une trame narrative inspirée de sa biographie, mais pas entièrement. Il y a un côté biographie fictive », lance l’auteure en riant, précisant que la portion où Brel travaille dans la fabrique de son père et rêve de chanter est vraie. Tout comme le fait qu’il écrive pour une troupe de théâtre, même si ses amis de la troupe deviennent les Jef, Mathilde, Marieke de ses chansons.

« Qui était Brel si on sait juste ses chansons? Comment peut-on l’imaginer jeune? C’est le pari que j’ai pris, c’est-à-dire découvrir l’auteur à travers son œuvre », enchaîne-t-elle, ajoutant que, pour obtenir les droits d’auteurs, l’ensemble du spectacle a été révisé et autorisé par France Brel, la fille du chanteur.

Frère des mots

C’est Jean-François Pronovost qui entrera dans la peau de Jacques Brel dans Amsterdam. « Je n’ai pas essayé de trouver quelqu’un qui lui ressemblait, mais quelqu’un qui pouvait rendre une interprétation au niveau de Brel. Jean-François ne tente pas de l’imiter. Quand je l’ai entendu, j’ai eu le même feeling que la première fois que j’ai vu des images de Brel chanter », souligne Mme Cardona.

Mélissa Cardona, auteure et metteuse en scène.

Et comment expliquer que les chansons de Brel demeurent indémodables, voire immortelles?

« La force de ses mots réside dans le besoin de les dire, de nommer ses émotions. Brel disait : lorsqu’un mot s’allume, on devient un peu son frère, on l’adopte et on a besoin de l’écrire. Cette force transcende le temps », révèle Mme Cardona.

Loin des Mary Poppins et Fame, Amsterdam n’est évidemment pas une pièce de théâtre d’été traditionnelle.

« Il y a autre chose que le mari trompé, le cocufiage, la galipette et l’amant dans le placard. Ici, on est ailleurs », explique le propriétaire et directeur artistique du Théâtre des Grands Chênes, Jean-Bernard Hébert, qui agit également à titre de producteur d’Amsterdam.

« En théâtre d’été, je n’ai jamais voulu faire ce que les autres voulaient faire. Et c’est cette envie de me renouveler qui fait que je suis toujours là après toutes ces années », ajoute celui qui a eu un coup de cœur lorsqu’il a vu la pièce au Gésu l’an dernier.

Dans Amsterdam, les spectateurs suivront Brel dans sa quête identitaire et ses revers amoureux, mais retrouveront aussi le côté très épicurien du chanteur.

« Brel, ce n’est pas juste Ne me quitte pas ou des peines d’amour en chanson. Il avait vraiment le sens de la fête et le plaisir était un aspect dominant de sa vie. Il aimait boire, manger et baiser. Et cette sensualité brute est très assumée de la part des interprètes », mentionne le producteur, qui ne tarit pas d’éloges pour les comédiens de la distribution.

Après la quinzaine de représentations au Théâtre des Grands Chênes, Amsterdam partira sur les routes du Québec lors d’une tournée prévue pour l’hiver et le printemps 2019.