Stéphane Fallu autoproduit son troisième spectacle solo, Pus d’signal, qu’il promène actuellement en rodage et qu’il présentera au Théâtre Granada le 18 janvier.

Pus d’signal : complètement Fallu

SHERBROOKE — « Pus d’signal », le troisième spectacle de Stéphane Fallu, se déploie en mode autonome. L’humoriste a choisi de tout faire lui-même dans ce nouveau tour de piste autoproduit qu’il promène dans différentes salles du Québec.

« J’avais envie de monter un show à mon image, sans compromis. Pareille autoproduction, c’est beaucoup de travail, ce n’est pas très glamour, mais ça me donne la possibilité de faire ce que je veux, comme je l’entends. Je décide de tout, je le fais à mon rythme et le résultat est vraiment satisfaisant. J’avais envie d’aller vers le stand-up, de me promener dans de plus petites salles, d’être beaucoup en interaction avec le public, de faire tout ce que tout le monde me disait de ne pas faire, finalement. Et ça fonctionne! Je suis davantage moi-même et j’ai vraiment du fun. J’ai écrit le show en grande partie dans les comedy clubs, j’aborde une cinquantaine de sujets variés », résume celui qui trouve dans l’observation des comportements humains une inspiration sans fin.

« Les cas de rage au volant, par exemple, sont fascinants. Comment et pourquoi certains deviennent furieux lorsqu’ils conduisent alors qu’ils ne se fâchent jamais à la maison? C’est le genre de trucs sur lesquels je pioche et c’est un créneau que j’aime vraiment. Ça dérange, des fois, parce que les gens se reconnaissent, mais j’adore ce genre de malaise, je joue avec ça. Je ris un peu de moi... mais je ris aussi beaucoup des autres. Et des gens qui sont dans la salle. J’ai une facilité à partir d’un sujet et à le traiter autrement, à le twister à ma façon en faisant preuve d’une certaine mauvaise foi. Dans mon show, je parle autant du fait de vieillir et de passer des examens pour une première fois que du couple, de la politique internationale et de la religion. J’évoque aussi le mouvement #moiaussi. Dans mon numéro, je me demande pourquoi il a fallu autant de temps avant qu’on réalise que les répliques de mononcle n’avaient pas leur place. Et plus j’avance dans mon texte, plus je dénonce, plus je me cale, bien sûr. »

Le terrain pourrait être glissant.  

« Mais il ne l’est pas du tout parce que tout le monde en parle, alors c’est facile d’aller là. Cela dit, je ne sais pas si on a avancé tant que ça. On en parle, mais est-ce que les comportements changent? Je n’en suis pas certain quand je vois ce qui se passe dans les rues ou dans les restaurants en fin de soirée. Il y a encore beaucoup de travail à faire », dit celui qui cause aussi environnement dans sa prestation solo.

« J’évoque le pacte pour la transition en expliquant pourquoi je ne l’ai pas signé. Je suis déjà pas mal vert, mais je suis arrivé là sans jamais prendre de décision. Je réutilise mon eau, je fais du compost, j’ai mon jardin, j’ai une auto électrique, mes enfants ont des lunchs zéro déchet. Mais on s’entend que c’est un gros travail d’équipe. Je ne ferais pas ça tout seul. Je respecte la planète... avec de l’aide! »

Sans morale

D’un sujet à un autre, il se permet différentes postures, il verse parfois dans les excès, mais il évite de basculer dans la morale. Fallu se permet aussi d’essayer de nouveaux trucs, de réinventer son art. Au fil de l’écriture de ses sketchs, par exemple, un « semi-personnage » a émergé. Un drôle d’alter ego à l’humeur acide.

« Intégrer un personnage du genre, c’est quelque chose que je n’ai jamais fait avant. Je me fâche, je décide de m’affirmer et il y a cet autre Fallu qui émerge, une espèce de colon qui se fout de tout et qui est vraiment à l’opposé de qui je suis. Au début, c’était un gag, mais il a pris du coffre pendant le processus de création. Je peux tout dire avec ce personnage-là, c’est assez réjouissant », raconte celui qui est sorti de l’École nationale de l’humour en 1994.

En près de 25 ans, le milieu de l’humour a évidemment beaucoup changé.

« C’est plus pointu et les possibilités sont plus grandes. On peut faire une capsule sur le web et être diffusé à l’international. Ce n’est pas ce que je fais, mais les nouvelles générations ont cette possibilité. »

Lui, il se concentre beaucoup sur la télé. Depuis trois saisons, il est aux commandes du docuréalité Refuge animal, à TVA.

« Avec cette émission, je réalise l’hallucinante portée qu’a la télé. Ça rejoint énormément les gens, sans doute parce que c’est un show d’animaux, oui, mais qui a un fond très human. Moi, j’ai beaucoup de plaisir à animer ça. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un chien. Et j’ai eu des chats. J’aime les animaux. Je me souviens d’avoir pris la défense d’un écureuil, lorsque j’étais enfant, alors qu’une bande de gamins voulait l’assommer. Probablement parce que je déteste l’injustice. Je n’aime pas qu’une bande se ligue contre un laissé pour compte, que celui-ci soit un humain ou un animal. » 

Pus d’signal parce que...

« Je me suis retrouvé dans un chalet sans connexion réseau pendant deux jours. J’étais tout seul avec mon ordi et j’ai trouvé ça difficile au début... Et puis je me suis mis à y prendre plaisir, à focaliser sur le fait d’allumer un feu et de marcher dehors. C’est là que cette idée du Pus d’signal s’est précisée. Aujourd’hui, on est tellement branchés, tout va tellement vite que les gens ne voient plus clair, ils pètent des crises partout, ils explosent à propos de tout et de rien. Ça, c’est le canevas de base du show. Après ça, je me suis assuré de rendre ça drôle. » 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Pus d’signal

Stéphane Fallu

Vendredi 18 janvier 2019, 20 h au Théâtre Granada

Entrée : 28 $